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Angkor – le Baphuon

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Angkor – Baphuon


Un puzzle de 300 000 pierres


Angkor - le Baphuon
Angkor – le Baphuon



Le Baphuon, construit au milieu du XIeme siècle est un temple-montagne à trois étages d’une hauteur de 35 m et rempli de sable. Il se trouve au sud de l’enceinte du palais royal sur l’axe nord-sud passant par le Phimeanakas.


Son bâtisseur, le Roi Udayadityavarman II, souhaitait recréer le monde des dieux sur terre, symbolisé par une montagne, le mont Meru.


Puis au XVIeme siècle, un roi-successeur, voulant à son tour réordonner l’espace autour d’un axe religieux, a fait édifier le Bouddha couché, un des plus grands de la péninsule, au second étage de la face ouest du temple.


Cette architecture répond à la fonction des temples, œuvres personnelles des rois khmers, où la masse n’est pas admise. Au début du dernier siècle, l’édifice prenait l’apparence d’une colline enfouie sous la végétation.


Jean CORMEILLES de l’EFEO a entrepris les premières opérations de débroussaillage en 1908. Ensuite, jusqu’en 1918, Henri MARCHAL, a fait réaliser d’importants travaux pour tenter de stabiliser l’ensemble du monument.


Ils seront insuffisants car des effondrements multiples se produisent. Ils sont dus en partie aux infiltrations d’eau qui emportent le sable de remplissage du temple. La face du nord-est du temple s’est effondrée en 1943.


C’est à la fin des années 1950 que débute véritablement la conservation du Baphuon. Bernard-Philippe GROSLIER choisit une technique qui se déroule en trois temps : le démontage de certaines parties du monument, la consolidation de l’édifice et le remontage de l’ensemble. Les bas-reliefs ont été transportés à la Conservation d’Angkor. Les 300 000 pierres ont été déposées et rangées tout autour du temple sur 10 ha de terrain.


En 1970, le basculement du Cambodge dans la guerre d’Indochine va interrompre les travaux de restauration. Avant de quitter Siem Reap, Bernard-Philippe GROSLIER a décidé de faire poser de la latérite pour protéger les parties du temple exposées aux intempéries et à la chaleur.


Conservées à Phnom Penh, les archives qui répertoriaient les 300 000 pierres démontées et indiquaient leur numéro et leur position sur le temple ont été depuis perdues.


Pascal ROYERE à Angkor - Baphuon
Pascal ROYERE à Angkor – Baphuon



En 1995, l’EFEO confie la direction du programme de restauration du Baphuon à Pascal ROYERE. « Lorsque nous sommes arrivés sur place, il y a dix ans, le chantier était tellement énorme que cela dépassait toutes les peurs que nous aurions pu avoir de ne pas y arriver. Les seules sources d’informations dont nous disposions sur la constitution de ce temple était un petit millier de photographies prises entre 1910 et 1971 ainsi que la mémoire des anciens employés de la Conservation d’Angkor », déclare Pascal ROYERE au journal Cambodge Soir.


Aujourd’hui, il est à la tête d’une équipe des 200 personnes du principal et bientôt unique chantier français. Il est aussi l’auteur d’une thèse « sur l’histoire de l’architecture du Baphuon et des environs immédiats de ce temple qui, en associant l’analyse archéologique stratigraphique à l’étude des techniques de construction, permet d’apporter des éléments de compréhension pertinents sur les processus d’urbanisation du centre d’Angkor Thom ».


Angkor - le Baphuon
Angkor – le Baphuon
« L’un des principes de la restauration consiste à restituer le monument dans tout son contexte historique : il faut respecter la confrontation du XIeme et du XVIeme siècles, telle qu’elle a été voulue à l’époque. » avait dit Pascal ROYERE en 2000. Le Bouddha couché sera conservé.


Sur le chantier, les Cambodgiens pratiquent plusieurs activités : la pose, la taille des pierres, le génie civil et l’archéologie. Les tailleurs ne travaillent que sur les pierres manquantes ou trop faibles. Les pierres originales, elles, doivent être replacées dans leur contexte sans modification. Les ouvriers de pose, eux, remontent les pièces du puzzle, lorsqu’elles sont identifiées. Mais une fois assemblées, la reconstruction s’avère plus compliquée qu’elle ne le paraît.


En août 2000, trois Cambodgiens œuvrant à la réhabilitation du temple avaient fait part de leur travail.


RIN Koup est le plus ancien des ouvriers du chantier et le plus concentré sur son ouvrage. « J’avais 15 ans quand j’avais commencé sur le Baphuon. Les Français ont vu que je travaillais bien, que je ne m’arrêtais jamais, alors j’ai appris à conduire la grue. En 1995, quand le chantier a rouvert, Pascal ROYERE a rappelé les anciens. Aujourd’hui, j’ai 63 ans et je continuerai tant que je pourrai. »


CHEA Pisey, jeune archéologue, est la seule femme du chantier en cette année 2000. « Les ouvriers cherchent des yeux les pièces de ce puzzle géant à assembler. Une fois les premiers rapprochements établis, les dimensions précises des pierres, les moulures et les traces de frottement constituent autant d’indices pour que les archéologues et les architectes puissent conclure à leur compatibilité. »


Le Baphuon est le premier chantier de KIM Sothin, l’autre archéologue de l’équipe. « En l’an 2000, nous avons trouvé une partie de la galerie du troisième étage que nous cherchions depuis cinq ans. Pour former des angles, les ouvriers de l’époque frottaient les pierres les unes contre les autres. Grâce aux traces, on peut repérer les pierres qui s’assemblent. En principe, elles ont été regroupées par zones au moment du démontage, mais, depuis, plusieurs conservateurs se sont succédés et, comme nous l’ont confirmé les ouvriers de l’époque ancienne, tous n’avaient pas la même façon de trier ! »


A LIRE AUSSI


– « La lente résurrection d’un temple cambodgien », Céline LISON, National Geographic, août 2000


– « Putting the World’s Biggest Jigsaw Puzzle-Angkor’s Baphuon Temple-Back Together Again », Michelle VACHON, The Cambodia Daily, July 13-14, 2002


– « En travaux depuis dix ans, le Baphuon s’ouvre enfin au public », Frédéric AMAT, Cambodge Soir, 7 décembre 2005



Photographies de Jean-Claude COUTAUSSE


Source : Journal CHATOMUKH, n° 170, Décembre 2005


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