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Eglise et Tourisme

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EGLISE ET TOURISME


Tourisme spirituel
Tourisme spirituel


Notre Eglise a suivi avec sollicitude pastorale le vaste processus du développement touristique, en percevant dès la première heure le fait qu’il constitue un défi important pour sa mission évangélisatrice et qu’il introduit des exigences claires de renouveau. Paul VI voulait manifester cela en 1964, lorsqu’il disait : « l’Eglise ne peut ni ne doit se désintéresser d’un phénomène aussi vaste et aussi complexe ; elle est consciente que le tourisme exige que le service pastoral ne se cantonne pas dans des attitudes traditionnelles, mais crée de nouvelles formes qui répondent au zèle apostolique que lui a communiqué le même Sauveur divin ».


Le souci pastoral de l’église s’est exprimé dans de très nombreuses interventions du Magistère Pontifical, et spécialement à travers les messages que Sa Sainteté Jean-Paul II a adressé, ces trois dernières années, à l’occasion de la Journée Mondiale du Tourisme. C’est un enseignement qui ait été recueilli dans deux documents principaux, je veux dire le « Directoire Général pour la Pastorale du Tourisme », publié en 1969 et, plus récemment, les «Orientations pour la Pastorale du Tourisme », publié par notre Conseil Pontifical en 2001.


Je désirerais résumer maintenant, sur la base de ces textes, les lignes principales d’une pastorale du tourisme, pour réaffirmer l’importance de notre rencontre. Commençons avec:

a) les valeurs humaines du tourisme

b) Vivre le tourisme en chrétien

c) Le tourisme comme instrument d’évangélisation, de pastorale

d) Les pèlerinages


Temple de la Nature
Temple de la Nature


A) LES VALEURS HUMAINES DU TOURISME

On apprécie un tel phénomène, en premier lieu, comme une manière d’occuper le temps libre. C’est surtout, ensuite, un espace de temps qui n’est sujet à aucune obligation de travail ni aux devoirs de la vie quotidienne. Et puis dans un monde où l’environnement de travail et les obligations personnelles, sont profondément dominés par la technique, l’Eglise considère le temps libre comme un moyen pour « récupérer le déficit d’humanité », une expression heureuse de Jean-Paul II. Dans ce but on y exhorte à la lecture, à la réflexion sur la vie personnelle, y compris l’exercice physique récupérateur. Le dialogue avec d’autres individus, la vie familiale, la connaissance d’autres cultures et d’autres personnes doit aussi y occuper une place importante. Le tourisme étend le cercle des relations jusqu’à inclure d’autres pays, cultures et religions, car il offre l’opportunité de mieux connaître l’origine et la manière d’être des personnes qui très souvent, avec l’émigration, font partie de la société du touriste lui-même.


Dans cette perspective, on apprécie ce phénomène comme un instrument de connaissance et de dialogue entre les civilisations et les peuples, qui ouvre et stimule la coopération et la solidarité. Pour un tourisme à visage humain, il est sans doute primordial qu’à destination il y ait une communauté, avec sa culture et avec sa réalité sociale, et que le touriste ne se contente pas de jouir du paysage et des monuments artistiques, ni non plus qu’il s’enferme dans un monde artificiel, insensible à la réalité qui l’entoure, bien que ce soit – nous devons le reconnaître – la tendance dominante aujourd’hui.


Il est important ici, d’autre part, que les pays d’accueil, les communautés locales, aient une idée de ce que suppose, de leur part, le tourisme; qu’ils apprécient bien l’apport possible à leur développement comme aussi les dangers qui peuvent menacer leur identité culturelle et sociale. Pour être précis, la communauté locale doit faire valoir ses droits pour arriver à imposer au tourisme certaines conditions et limites.


La qualité de l’accueil se fonde, de toute façon, sur la conscience de sa propre identité. Si la communauté locale, y compris les autorités, les travailleurs, la société en général, ont pleinement conscience de leur culture et patrimoine, de leurs valeurs, alors seulement elle sera en mesure d’offrir un accueil authentique, enrichissant pour tous.


B) VIVRE LE TOURISME EN CHRETIEN


Le tourisme des lieux saints
Le tourisme des lieux saints


Le phénomène que nous considérons est une activité humaine qui fait partie du monde que le chrétien doit transformer à la lumière de l’Evangile de Jésus Christ. Quelle que soit sa participation dans le domaine du tourisme, comme agent promoteur, comme travailleur, comme faisant partie de la communauté d’accueil ou comme touriste, le fidèle catholique ne doit pas seulement se comporter de façon éthique, mais il doit y voir un moyen pour vivre sa foi et offrir un témoignage évangélisateur.


Les diverses formes du tourisme offrent à chacun selon sa condition, des possibilités spécifiques pour vivre des aspects de la spiritualité chrétienne. Avant tout le temps libre, temps de loisir et de contact avec la nature ou avec l’art, offre l’opportunité d’une profonde méditation sur le don de la Création et d’une réponse contemplative et liturgique de la part de l’homme. Les pages initiales de la Genèse, la méditation sur la Sagesse ou la vocation pascale à l’espérance pour des cieux nouveaux et une terre nouvelle, peuvent illuminer le voyage du touriste chrétien, en l’aidant à mieux apprécier la nature et à s’engager de façon plus décidée dans la sauvegarde de la Création, dans la perspective de la Rédemption.


Il est important que, dans le tourisme, le catholique n’oublie pas ensuite l’aspect liturgique contemplatif que l’on peut inclure dans le temps du repos. C’est un aspect que souvent les conditions de travail ou l’avidité de la part du touriste, pour profiter du temps disponible, porte facilement à l’oublier. C’est pourquoi il est important que les communautés chrétiennes de destinations touristiques prennent comme un de leurs objectifs centraux d’inviter les touristes aux célébrations et à leur vie communautaire en général. Nous proposons – et il ne s’agit pas d’utopie – que le tourisme donne l’occasion d’une « visite ecclésiale », que les touristes aient le désir et l’opportunité de partager la vie de l’Eglise du lieu, d’expérimenter la catholicité de manière palpable, visible.


C) LE TOURISME COMME INSTRUMENT D’EVANGELISATION


Découvrir, c'est aimer
Découvrir, c’est aimer


Dans ces lignes, et en tenant compte des circonstances particulières des Pays que vous représentez ici, je crois important de voire le rôle que le tourisme peut jouer dans la mission évangélisatrice de l’Eglise. Aborder la Pastorale du Tourisme selon cet aspect, d’un autre côté, rend plus facile de l’insérer dans le contexte de la pastorale ordinaire du Diocèse, des Eparchies, des Paroisses. De cette manière, la Pastorale du Tourisme cessera d’être simplement marginale, un service purement extérieur de la communauté locale, comme un effort qui se réalise en lui volant des ressources et du temps dont elle a besoin pour elle-même.


Il n’y a pas de doute que le thème central qui devra inspirer la pastorale du tourisme dans vos Pays est celui de l’accueil. Dans les Orientations, l’accueil est « le noyau central de la Pastorale du Tourisme » en général. « Son expression la plus profonde » est l’accueil des touristes dans la célébration eucharistique. Je n’ai pas à rappeler ici la richesse théologique et ecclésiologique au cœur de la célébration eucharistique. Je me limite à suggérer que c’est précisément de cette richesse que doivent dériver les principes pastoraux fondamentaux pour l’accueil des touristes, et ceci est nécessaire aussi, pour l’acceptation de cette pastorale spécifique dans le contexte territorial de l’ordinaire.


Accueillir au sein de la communauté du lieu, même si c’est de façon transitoire, des frères et soeurs d’autres langues, cultures, racines sociales, mais d’une même foi, signifie pour la communauté une ouverture à l’universalité. L’effort de ses membres pour comprendre les visiteurs, – pour les comprendre non seulement malgré la différence de langues – est stimulant pour une réflexion sur sa propre foi et pour découvrir de nouvelles formes d’expression. En incorporant les touristes à la célébration, la communauté met son authenticité à l’épreuve. Ici, les ressources du « marketing » tellement utilisées dans la propagande touristique, qui cache la réalité ou l’adapte aux désirs du client, ne valent ou ne devraient pas valoir. Même dans la célébration à laquelle participent les touristes, la communauté confesse ses péchés, prie pour ses besoins, rend grâce à Dieu pour ses richesses. De cette manière, elle se découvre aussi devant le touriste dans toute son authenticité. Et en faisant cela, l’invite à la « communion », à la « charité », afin que sa visite dans le pays étranger soit vraiment une rencontre avec ses frères chrétiens et en humanité. De cette manière, au coeur de son existence croyante, à partir de l’Eucharistie, la communauté locale fait en sorte que les touristes rencontrent dans leur voyage une manière exceptionnelle de vivre la foi, sa catholicité concrète.


Comme pour toute activité pastorale, l’Eucharistie est en effet le sommet et la source dont tout découle, et d’elle surgissent d’autres actions et initiatives que les membres de la communauté veulent réaliser dans leur propre vie. Ainsi, les travailleurs qui s’occupent des touristes, spécialement ceux qui sont en contact plus direct avec eux, pourront exprimer cette spiritualité de l’accueil dans leur attention respectueuse, leur cordialité, honnêteté et leurs invitations explicites à participer aux célébrations de la communauté, s’ils le jugent opportun.


En de nombreuses occasions, selon les structures touristiques qui ont été déployées dans un certain endroit, on offrira ou on recherchera l’occasion de célébrer l’Eucharistie, avec respect, même dans les centres touristiques. Pour faire cela, avant tout, comme c’est évident, on doit considérer très attentivement la situation de l’endroit où se déroulera la célébration. On fera cependant tout son possible pour que, dans les dite célébrations, la présence de la communauté locale ne manque jamais, dans la mesure du possible.


La pastorale de l’accueil, avec laquelle on répond à l’arrivée des touristes, suscitera sans doute beaucoup d’autres initiatives, comme celles qui, dans la réalité, existent déjà dans vos pays ; et c’est pour cela que nous voulons nous écouter les uns les autres pour apprendre davantage. Dans certains cas, il y aura un lieu spécifique idéal où les touristes pourront passer quelques jours de réflexion personnelle et où ils pourront rencontrer des opportunités de contact plus direct avec la population locale, ou simplement visiter le lieu d’un accueil plus « fraternel », « informel ».


Ainsi, si l’on veut tenir compte de la provenance majoritaire des touristes qui visitent vos pays, on est obligé de faire référence à un aspect qui, selon mon opinion, constitue un service très important de vos Eglises à l’universalité ecclésiale, et je dirais même à l’humanité. Je me réfère au fait que les touristes qui vous rendent visite, ont l’opportunité à travers vous d’avoir un contact plus direct avec l’islam. Comme on l’a dit ci-dessus, et à partir de ma propre expérience, le vivre-ensemble religieux, social et culturel avec l’islam est un des défis majeurs auxquels vos communautés font face. Et cela commence à être le cas aussi dans beaucoup de Nations européennes. Ce n’est pas une question facile à résoudre. Tout vivre-ensemble exige le dialogue et l’adaptation de la part des deux interlocuteurs. Mais la visite au pays où l’islam forme toute la culture et la vie sociale offre pour le moins l’occasion d’acquérir une information, même une vision, plus directe de tout cela. Il est vrai qu’une seule brève visite ne pourra pas permettre que cette connaissance se transmette de façon systématique ou complète, mais peut-être faut-il davantage tenir grand compte de la psychologie des touristes, de leur sensibilité, comme de leur réceptivité prononcée à ce qui peut constituer une expérience valide et novatrice. En ce sens, je suis convaincu qu’il est urgent que les Eglises locales parfois de traditions richissimes se mettent au service de cette mission qui se présente aujourd’hui comme une grande opportunité de service aux Eglises soeurs d’Europe et du monde entier.


Finalement, il convient aussi d’évaluer les possibilités qui se présentent à l’Eglise, pour développer cette pastorale de l’accueil en collaboration avec les Autorités du Pays et les responsables de l’industrie touristique. C’est une dimension qui appartient avant tout aux Laïcs. Ils doivent rechercher la manière apte à contribuer à faire en sorte que les décisions qui se prennent dans ce domaine, soient imprégnées du sens chrétien et humain que la foi leur donne. Il faudrait aussi que l’Eglise comme telle, dans la mesure où cela sera possible et opportun, manifeste son opinion, ses suggestions, ses critiques, si c’est nécessaire, afin que le développement touristique procède d’un esprit qui s’inspire des documents que j’ai mentionné au début de mon intervention.


Arrivés à ce point, nous pouvons penser plus concrètement, à la participation des jeunes en tous cela, jeunes qui, maintenant, recherchent à l’étranger la solution de leurs problèmes de vie, laissant vos communautés aussi sans le ressort vital de l’espérance que des familles chrétiennes jeunes représente. Le secteur touristique pourrait avoir, donc, selon ma vision, dans un futur de paix, un attrait possible et profitable.


D) LES PELERINAGES


Pélerinages
Pélerinages


Nous allons aussi, durant cette rencontre, nous occuper enfin des pèlerinages. A ce propos, permettez-moi de rappeler les documents que notre Conseil Pontifical a publié, c’est à dire « Le Pèlerinage », qui est complété par un autre dont le titre est: « Le Sanctuaire ». Je ne veux pas m’étendre sur le pèlerinage comme pratique religieuse, ou sur son importance dans l’histoire de l’Eglise. Vous connaissez tout cela très bien, et vous possédez surtout en général une riche expérience qui peut témoigner de la grâce que reçoivent ceux qui visitent les Lieux Saints ou autres Sanctuaires de vos pays. A partir de nos travaux au Conseil Pontifical, je crois pouvoir affirmer qu’un nouveau printemps du Pèlerinage se manifeste dans le monde entier. C’est peut-être l’expression d’un trait qui imprègne chaque fois davantage notre monde, c’est-à-dire la mobilité, Mais c’est aussi, par-dessus tout, la manifestation du désir profond de tout homme de rencontrer Dieu: « Fecisti nos Domine pro Te et inquietum est cor nostrum donec requiescat in Te » (S. Augustin, Conf.).


Pour accueillir les pèlerins qui visitent vos sanctuaires, en particulier ceux qui viennent d’autres pays, il serait opportun de garder présent cette dimension que nous pourrions définir « anthropologique-théologique », qui caractérise beaucoup de pèlerins de nos jours. C’est un discernement nécessaire, étant donné que, dans un groupe, certains vivent l’expérience d’un voyage religieux dans son sens plein, alors que pour d’autres l’intérêt pour l’histoire, pour la culture ou pour la beauté du paysage semble être plus important. La sagesse pastorale consistera à dispenser à tous un accueil adéquat, adapté, toujours cordial et respectueux, afin que tous puissent accéder peu à peu à la richesse salvatrice qu’offrent les Lieux Saints et les Sanctuaires, comme médiation. Ce thème fut précisément l’objet de la réflexion du III° Congrès Européen sur les Sanctuaires et les Pèlerinages, qui s’est tenu en mars 2002, à Montserrat (Espagne), exactement sur le thème « le Sanctuaire, espace pour un accueil fraternel et universel ».


Je crois en particulier que l’on peut très bien appliquer, ici aussi, ce qui a déjà été dit de l’accueil, c’est à dire qu’il doit toujours être l’attitude de la communauté locale et pas seulement de personnes individuelles. Dans le cas des Sanctuaires, la communauté locale n’en est pas simplement le gardien, car elle est davantage son interprète, son expert en herméneutique. Ceci constitue une responsabilité et une mission qui doit certainement être exercée bien sûr sans instrumentaliser les sanctuaires, mais dans une attitude aussi qui doit imposer certaines “conditions” aux pèlerins, pour les aider davantage.


CONCLUSION


Dans un contexte islamique qui considère hautement cette valeur spécifique du tourisme, l’accueil détermine enfin le sens de la Pastorale du Tourisme, spécialement dans les pays ici représentés. Un accueil de l’Eglise, avant tout, qui s’ouvre à tous les visiteurs, à partir de leur histoire de foi concrète, conditionné aussi par leurs circonstances sociales et culturelles. Un accueil qui offre, en premier lieu, avec la visite des monuments et des sanctuaires, ce qui constitue le trésor de ces Sanctuaires, c’est-à-dire la célébration de la foi, la participation à l’Eucharistie, la communion de la charité, dans un contexte culturel et liturgique particulier. Un accueil qui doit se faire évangélisateur et humanisateur, pour aider les visiteurs à vivre la richesse et la beauté de leur temps libre, mais aussi pour les ouvrir à un vivre-ensemble culturel et religieux, pour les introduire à la compréhension de l’histoire et de la tradition des autres pays, pour les ouvrir davantage à la conviction que les peuples forment une unique et universelle famille.


Dans le document « Orientation pour la Pastorale du Tourisme », celui-ci est indiqué comme un des nouveaux aréopages de l’évangélisation du monde contemporain. En vérité, le tourisme apparaît comme un espace ouvert à beaucoup de possibilités évangélisatrices dans un monde global où, pour certains – au contraire – il n’y aurait de « place » ni pour la foi, ni même pour la “religion”. Dans vos pays, que tant de monde critique pour trop de religion, le tourisme peut donc offrir, au contraire, l’ouverture à l’universalité et au vivre-ensemble, que nous devons mettre au service de la construction du Royaume de Dieu.


Le tourisme a une vocation à la liberté et à la paix! La Pastorale du Tourisme travaille pour la liberté vraie et pour la paix dans la justice et l’amour. Et dans cette perspective nous aussi, ici à Beyrouth, au Moyen Orient, célébrons aujourd’hui le 40eme anniversaire de “Pacem in Terris”.


Depuis le Vatican


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