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Une blouse blanche dans le désert médical centrafricain

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Jean Chrysostome Gody, médecin, à la tête de l’hôpital pour enfants de Bangui, est l’un des deux pédiatres du pays.

Le docteur Jean Chrysostome Gody continue à soigner, sept jours sur sept, envers et contre tout. Depuis le coup d’État, les enfants malnutris submergent le seul hôpital pédiatrique de Centrafrique (OLIVIER TALLES).
Le docteur Jean Chrysostome Gody continue à soigner, sept jours sur sept, envers et contre tout. Depuis le coup d’État, les enfants malnutris submergent le seul hôpital pédiatrique de Centrafrique (OLIVIER TALLES).

Inlassablement, le docteur Jean Chrysostome Gody promène son doux regard entre les lits et les dortoirs encombrés. Ici, il se penche avec tendresse sur un bébé malnutri. Là, il interroge un interne sur l’état de santé d’une victime du paludisme. L’homme en blouse blanche dirige l’hôpital pour enfants de Bangui. Il en est l’unique pédiatre.

C’est un travail sans repos, sept jours sur sept, ponctué de réveils aux aurores et de nuits sans sommeil. Le texte de Gandhi « Au service des autres » est sa devise, affichée à la porte de son bureau.

Un système de santé à l’agonie

Jean Chrysostome Gody peut mesurer la santé du pays à la lecture du cahier des admissions. Quand la Centrafrique traverse une crise politique, la courbe des nouveaux patients grimpe en flèche, les lits se remplissent, les couloirs sont occupés. L’instabilité née du coup d’État du 24 mars a fragilisé les familles. Les prix des denrées alimentaires explosent. La faim grandit. Les enfants aux regards vides et aux joues creuses envahissent les matelas. Bientôt, des tentes seront montées dans la cour pour accueillir le flot de malnutris.

Où les enfants pourraient-ils aller ? Il n’y a pas d’autres hôpitaux pédiatriques en Centrafrique. Les centres de soins des quartiers excentrés ont été dévastés. Les cliniques privées sont fermées. Le système de santé, qui était déjà l’un des moins développés du continent avant la prise du pouvoir par la rébellion Séléka, est à l’agonie. « Le paludisme a changé de visage, s’inquiète le directeur. Depuis six mois, la prise en charge des cas simples ne se fait plus dans les structures de santé à la périphérie de Bangui. C’est pourquoi nous avons une recrudescence des cas graves. »

« Ici, on redonne la vie »

L’hôpital pédiatrique ressemble à une oasis dans le désert médical. Son directeur l’a sauvé des pillages, de façon non-violente, empreinte de la sagesse bouddhique dont il se réclame. Même aux pires heures du coup d’État, l’homme n’a jamais abandonné sa blouse blanche. Au lendemain du 24 mars, il a soigné le flot de blessés. Seul le portier était à ses côtés. « Ici, on redonne la vie à tous ceux qui sont blessés, les enfants ou les hommes », a-t-il martelé à tous les rebelles de passage. Le message a été entendu.

À 54 ans, Jean Chrysostome Gody connaît les hommes en treillis et les crépitements des mitrailleuses. Il ne compte plus les dictatures et les coups d’État qui ont jalonné sa carrière, ou celle de son père, premier pédiatre centrafricain. Il n’y en a pas eu beaucoup d’autres formés au cours des trente dernières années. Le pays compte seulement 104 médecins, dont 32 spécialistes qui travaillent tous dans la capitale. « Et nous ne sommes plus que deux pédiatres pour 4,5 millions d’habitants », résume le directeur de l’hôpital.


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