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Rencontre avec Jakuchô Setouchi, romancière scandaleuse et nonne bouddhiste

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Jakuchô Setouchi, qui fut amie avec Mishima et Kawabata, est un quasi-«trésor vivant» de la littérature nippone. En partenariat avec «BoOks», en kiosque tout le mois de mai

Née en 1922, romancière féministe et nonne bouddhiste, Jakuchô Setouchi est l’une des personnalités les plus célèbres du Japon. Lauréate de nombreux prix littéraires, elle écrit depuis plus de soixante ans. Un seul de ses romans a été traduit en français:
Née en 1922, romancière féministe et nonne bouddhiste, Jakuchô Setouchi est l’une des personnalités les plus célèbres du Japon. Lauréate de nombreux prix littéraires, elle écrit depuis plus de soixante ans. Un seul de ses romans a été traduit en français:

Comment êtes-vous devenue écrivain?

Je me suis mariée très jeune, à 20 ans. C’était en 1942. J’ai suivi mon mari à Pékin, où il enseignait. À notre retour au Japon après la guerre, je suis tombée amoureuse de l’un de ses étudiants, puis d’un écrivain marié. La vie littéraire me fascinait. J’ai divorcé en 1950. La place de la femme dans la société japonaise de l’époque ne me laissait pas d’autre choix que de laisser ma famille derrière moi pour pouvoir me consacrer à l’écriture.

Vos premiers romans ont fait scandale. Pourquoi?

Mon premier livre, «Kashin» («Pistil», non traduit), paru en 1958, abordait le sujet du plaisir et de l’adultère au féminin. Cela m’a valu d’être qualifiée de «romancière pornographique» par le critique le plus en vue de l’époque. Il s’est ensuivi plusieurs années d’ostracisme dans un monde littéraire dominé par les hommes.

Mon roman «La Fin de l’été», paru en 1963, a lui aussi fait scandale, parce qu’il racontait la relation à trois que j’avais vécue, ou plutôt à quatre: ma liaison avec un étudiant plus jeune que moi et, simultanément, avec un homme marié. Ces livres n’ont plus rien de choquant aujourd’hui, mais, dans les années 1960, il n’était pas facile pour une Japonaise de s’exprimer librement. De fait, j’ai commencé à écrire des biographies de femmes célèbres, parce que ces textes étaient plus facilement acceptés que les récits de ma propre vie !

Au terme de quelle évolution êtes-vous devenue une nonne bouddhiste?

Au début des années 1970, j’étais à l’apogée de ma carrière et j’avais tout ce qu’on peut désirer: célébrité, amour, argent, voyages… J’ai alors pris conscience de l’inanité de cette existence et j’ai commencé d’éprouver un sentiment de vide. La vocation religieuse est une sorte d’appel, difficilement explicable mais auquel on ne peut résister. Je suis entrée dans les ordres en 1973, à 51 ans. J’avais été très marquée par les suicides successifs de deux grands auteurs dont j’étais l’amie, Mishima en 1970 et Kawabata en 1972, et cela a sans doute joué un rôle. Me faire nonne était une façon de mourir au monde pour renaître à une autre vie.


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