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Des moines tibétains créent des sculptures avec du beurre

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Jusqu’au 20 août, ils travaillent devant le public de la fondation Alexandra-David-Néel


Thubten Kalsang et Yeshé Dorjéla sont deux amis qui ont étudié dans le même monastère. Ils résident en ce moment à la fondation David-Néel pour réaliser ces magnifiques sculptures.


sculture-beurre.jpgC’est une vision aussi resplendissante qu’insolite que nous offrent en ce moment deux moines tibétains au musée Alexandra-David-Néel. Jusqu’au samedi 20 août, ces deux orfèvres de la sculpture travaillent leur art devant le public du musée. Leur particularité? Ils ont pour seuls outils: leur main et… du beurre! Deux ingrédients indispensables à la réalisation de somptueuses sculptures qui résistent à la chaleur.


« Le beurre est une matière très utilisée au Tibet mais pas en Inde, un pays qui bénéficie d’un climat tropical, expliquent les deux moines. Nous nous servons donc du beurre de palme, qui est lui, très utilisé par les Indiens. Ce beurre est une sorte de margarine qui ne rancit pas et qui ne fond pas. Nous le mélangeons à de la paraffine -employée dans la fabrication de bougies- pour que le beurre puisse durer plus longtemps. » De la peinture à l’huile et du colorant sont aussi ajoutés à cette mixture pour obtenir une palette de couleurs variées.


Des réalisations magiques


Une potion pour le moins magique qui a déjà fait ses preuves à Digne puisqu’en 1996, le moine Thubten Kalsang, qui réside habituellement chez le Dalaï-Lama, était venu à la fondation David-Néel dans le but de réaliser des sculptures de beurre qui sont depuis exposés dans l’espace Lama Yongden, du nom du fils adoptif de la grande exploratrice. »En 14 ans, les couleurs se sont délavées. Il y a également eu quelques incidents avec certains visiteurs qui avaient touché les sculptures. Il était donc grand temps de les faire refaire. Nous avons à nouveau sollicité Thubten Kalsang qui a d’ailleurs réalisé tous les mandalas qui sont exposés ici, au musée, explique Frank Tréguier, responsable culturel du musée David-Néel. C’est aussi lui a sollicité l’arrivée du moine Yeshé Dorjéla. Venu de Californie, ce docteur en philosophie est le plus grand spécialiste du collège tantrique pour ce genre de réalisations. »


Dans le Tibet ancien, ces sculptures de beurre peuvent atteindre des tailles gigantesques et étaient montrées à la population à l’occasion du nouvel an. « Depuis le XVe siècle, époque du moine réformateur du bouddhisme tibétain, Tsong Kha-Pa, on commence l’année avec ce qu’on appelle « la grande prière ». Elle dure 21 jours et au moment de la montée de la pleine lune, les moines qui ont travaillé pendant trois mois sortent de leurs ateliers des sculptures de trois mètres pour le plaisir des yeux de la population. C’est une période que l’on appelait « le mois des réalisations magiques, » raconte Frank Tréguier.


Depuis quelques jours, les deux moines se livrent à un travail d’artisanat particulièrement minutieux. Pas de moule, pas de matrice… seule l’habilité des petites mains du duo permet ce résultat spectaculaire. Dès le 20 août, ces sculptures remplaceront les anciennes au musée. En attendant, le public est invité à rencontrer les moines à la fondation David-Néel.


Visites guidées gratuites tous les jours à 10h, 14h et 15h30.



« Un hommage à la pionnière Alexandra David-Néel »


Pour les moines Thubten Kalsang et Yeshé Dorjéla, venir travailler à la fondation, c’est surtout rendre un hommage à l’exploratrice Alexandra David-Néel. « La fonction d’Alexandra a été de ramener la pensée du Bouddha en occident. À cette époque, elle joue un rôle de pionnière. D’ailleurs dans ses écrits, elle se qualifie «d’éclaireur»,  » raconte Frank Tréguier.


Alexandra David-Néel a découvert la pensée du bouddha en 1889 au musée Guimet, à Paris. « À cette époque, David-Néel estime que la pensée du Bouddha est très actuelle et tout à fait adaptable à l’occident. Cette analyse est récurrente dans ses écrits, qui sont d’ailleurs assez nombreux puisque nous comptons à peu près 27 ouvrages. En venant ici, les moines se rendent compte du travail qu’Alexandra a pu réaliser en anticipant sur le mouvement qui allait suivre et qui est assez fort aujourd’hui, notamment aux États-Unis. Il y a même des mots qui sont rentrés dans le vocabulaire de tous les Français tels que: Nirvana, samsara ou zen… Le fait que les moines viennent ici tous les deux ans atteste bien que la fondation a un intérêt pour eux. Elle est en quelque une sorte une fenêtre de la culture tibétaine. »


Alexandra David-Néel connaissait d’ailleurs bien les sculptures de beurre qui sont réalisées en ce moment à la fondation. « Alexandra a résidé deux ans à la frontière tibéto-chinoise, dans le grand monastère de Kum Bum qui signifie «les cent mille images». Elle écrivait à son mari Philippe Néel dans les années 1920: «Je vois des échafaudages énormes de ces sculptures de beurre» ».


Mounia BACHTARZI



Source : La provence.com

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