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Inde — Aider les Démunis

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AIDER LES DÉMUNIS [[Traduit de l’Anglais par Hélène LE, pour www.buddhachannel.tv ]]


MUMBAI, Inde – UN MOINE srilankais dans un train bondé faisant route de Mumbai à Ulhasnagar en Inde, en 1982. Un couple d’une caste supérieure est assis confortablement, alors que plusieurs laboureurs se tiennent debout près d’eux. Lorsque l’un d’eux frôle accidentellement les épaules de sa femme, le mari s’en offusque et bat le travailleur.

talawe1_1_.jpg<< Vén Dr Talawe Sangharatana Thera: "Nous voulons aider l'Inde car c'est la terre de Bouddha".

Personne n’intervient exceptés ses camarades laboureurs qui implorent le mari d’interrompre cette raclée. comprenant que leurs prières n’y feront rien, ces derniers entourent l’homme à terre afin de le protéger des attaques.

En 1995, le moine, Vén. Dr Talawe Sangharatana Thera, se tient sur la plateforme d’une station de train à New Delhi. « Un jeune homme qui mendiait de la nourriture fut chassé par des membres d’une classe supérieure. Lorsqu’il s’approcha de moi, je lui donnai de l’argent et je les entendis remarquer que « seuls les mendiants aident les mendiants ».

« Ces gens (condescendants) croyaient probablement que Dieu créait les mendiants pour leur enseigner le sens de la pauvreté. Pour cela, ils ne voulaient pas aider ces personnes défavorisées », explique le Vén. Sangharatana, moine supérieur du temple Pitaramba à Bentota, au Sri Lanka, lors d’une visite récente en Malaisie.

Lors d’un autre incident à l’Université de New Delhi, il voit un garçon se faire battre pour avoir fait la cour à une fille d’une caste supérieure. « Personne ne vint à son aide et quand la police arriva, elle emmena le garçon au lieu de ses assaillants », raconte le Vén. Sangharatana âgé de 60 ans.

Cette discrimination vieille de plusieurs siècles envers les Intouchables, a laissé une marque indélébile sur le moine.

En 1982, le Vén. Sangharatana a dirigé Maharashtra, en Inde occidentale car la majorité des Intouchables se trouvaient dans cet état. Maharashtra est le lieu de naissance de feu Dr B.R. Ambedkar, grand leader des Intouchables et « père du Bouddhisme moderne ». Plus tard, M. Ambedkar devint premier ministre de Loi en Inde.

« Nous voulons aider l’Inde car c’est la terre de Bouddha », explique le Vén. Sangharatana, ajoutant qu’ Ambedkar avait demandé aux moines de l’étranger, d’aider sa communauté (les Intouchables) en leur donnant accès à une éducation, en les aidant à reconstruire leur société et en leur enseignant les bases de l’hygiène.

« Aujourd’hui, le gouvernement indien accueille ceux qui veulent aider les Intouchables. Les Hindous sont heureux de nous voir comme des travailleurs sociaux. Nous n’aidons pas que les Bouddhistes mais aussi les Musulmans et Chrétiens pauvres de la communauté ».

Le Vén. Sangharatana a initié plusieurs projets d’aide aux Intouchables. En 1997, il met en route la Mahendra Welfare Foundation à Banjarpet, près de Bangalore, afin d’aider les enfants et leurs mères nécessitant une aide financière.

Chaque année, la fondation distribue des fournitures scolaires aux écoliers dans le besoin. L’année dernière, elle a lancé un programme de micro-crédit afin de proposer des prêts sans intérêt, aux femmes qui souhaitent démarrer leurs propres affaires de vente de légumes, de confection de vêtements, ou de fabrication de jouets et chaussures. Les prêts doivent être remboursés en un an, par versements échelonnés.

Des enfants dalits jouant à l’intérieur d’une maison en ruine, située aux abords de la ville de Lucknow en Inde. >>

talawe2.jpgEn Janvier de cette année, il a démarré un projet de famille d’accueil au Bangalore. Grâce à ce programme, des écoliers dans le besoin bénéficient d’une aide financière mensuelle.

En décembre dernier, le Vén. Sangharatana a visité Bidar, une région rurale habitée en grande majorité par des Intouchables bouddhistes, pour demander l’installation d’une école et d’un centre de formation pour les moines. Le voyage du Bangalore au Bidar aura mis plus de 14 heures en bus, sur un sol irrégulier.

« On m’a demandé de leur trouver un soutien financier », explique t-il, précisant qu’il a été nommé protecteur de la communauté.

Lorsqu’il était en Inde, le Vén. Sangharatana est descendu casqué et masqué, à 91 m au fond d’un puits minier, dans le but d’expérimenter les conditions de travail déplorables des mineurs. Il a aussi été témoin du mauvais traitement des Intouchables.

Certains disent que les Intouchables ou la Caste Planifiée souffrent encore d’un complexe d’infériorité du à leur passé. Des gens pouvaient savoir d’où ils venaient rien qu’à leurs noms de famille, leurs régions d’origine et leurs habitudes, explique le Vén. Sangharatana.

« Le Bouddhisme est contre ce système de caste. Tout le monde est égal. Nous devons respecter chaque être humain et chaque religion ».

Dans son livre, Buddhists in Maharashtra (publié en 2001), le Vén. Sangharatana aborde le problème de la caste qui prévaut au Maharashtra. Le problème de l’Intouchabilité a alimenté la dépression sociale au fil des siècles, créant ainsi une oppression physique et mentale chez les opprimés.

talawe3.jpg<< Femmes dalit de Lucknow travaillant la bouse de vache.

Selon le Vén. Sangharatana, au troisième siècle avant JC, le premier système de castes se divisait entre Brahmanes, Vaisyas, Ksatriyas et Sudras. Plus tard, la société a crée une autre caste – les exclus – et les historiens pensent que cette caste est apparue avec la Renaissance de l’Hindouisme. Dans le système de castes indien, un Dalit ou Intouchable est une personne qui, conformément à la croyance hindoue traditionnelle, n’a pas de varna.

Le varna fait référence à la croyance hindoue selon laquelle les humains seraient crées à partir de différentes parties du corps appartenant à la divinité Purusha. La partie dont provient un varna définit le statut social d’une personne.

Les Dalits sont tombés hors du système du varna et ont été historiquement empêchés de faire autre chose que des travaux manuels. Parmi eux, on trouve les travailleurs du cuir (appelés chamar), les porteurs de carcasses (mahar), les fermiers et laboureurs sans terres, les ramasseurs de nuit (bhangi ou chura), les artisans, les artistes folkloriques, les nettoyeurs de rue et de dhobi.

On estime à 160 millions le nombre de Dalits en Inde. La tradition veut dans les sociétés d’Asie du Sud, qu’ils soient traités comme des parias et isolés dans leurs propres communautés. Les castes supérieures évitent jusque les ombres de ces derniers.

La discrimination envers les Dalits existe toujours dans certaines régions rurales. Dans les régions urbaines et la sphère publique, cette discrimination a largement disparu avec l’accès à une meilleure éducation.

Le Champion des Dalits

LES Intouchables dans la société hindoue étaient impuissants. L’utilisation des biens publics leur était refusée et ils étaient exclus des temples et festivités hindous. Ils étaient généralement dépourvus de terre et devaient vivre à l’extérieur des villages à cause de la menace sociale.

Ils ont heureusement trouvé un champion.

« B.R. Ambedkar est né au sein de cette communauté et a été confronté à de nombreux problèmes sociaux depuis son enfance. Toutefois, il s’est battu pour changer ces différences sociales et délivrer son peuple », raconte le Vén. Dr. Talawe Sangharatana Thera dans son livre, Buddhists in Maharashtra.

Ambedkar a beaucoup lu sur toutes les religions dans le monde avant de décider de devenir bouddhiste. Il a ouvert les yeux de son peuple sur une nouvelle religion qui pouvait les libérer.

« Ambedkar a rencontré d’autres leaders des Intouchables et ensemble, ils ont voulu changer la discrimination sociale dont ils étaient l’objet. N’ayant pas obtenu l’aide britannique, Ambedkar décida que le meilleur recours serait de changer leur religion, puisqu’on leur interdisait de pénétrer dans les temples. Les propriétaires des temples ne voulaient pas non plus que les Intouchables foulent un sol sacré et qu’ils contaminent le lieu », relate le Vén. Sangharatana.

f_2dalit.jpgUne femme dalit à Lucknow. >>

En 1956, Ambedkar et 5000 de ses fidèles, adoptèrent le Bouddhisme lors d’une conversion de masse. Cet événement qui a eu lieu à Nagpur le 14 octobre, fut un jour historique pour les Intouchables d’Inde.

« Ambedkar a expliqué qu’il n’était pas là-bas en recherche d’un quelconque gain économique, par l’adoption d’une nouvelle religion. Il voulait le bonheur avec la dignité sociale. Il a compris que la liberté, l’égalité et la fraternité étaient possibles dans le Bouddhisme », explique le Vén. Sangharatana.

Dans son ouvrage, Annihilation of Caste, M. Ambedkar raconte l’histoire des Brahmins et la manière dont ils ont construit leur citadelle dans la société indienne. Il accuse cette caste d’avoir le monopole des privilèges sociaux, de l’éducation et la religion, et de déposséder les pauvres en Inde. Il était résolu à supprimer le système des castes.

« Ambedkar est devenu le père des oppressés et a ramené le Bouddhisme à la vie, en Inde », conclut le Vén. Sangharatana.

Pour voir le Bouddhisme s’étendre en Inde, Ambedkar a travaillé sans relâche jusqu’à sa mort survenue le 6 décembre 1956, l’année de ses 65 ans. Même après sa mort, de grandes vagues de conversion déferlent encore à Maharashtra, alors que ses partisans prennent en main le travail de propagation. On estime que près de 30 000 Intouchables ont rejoint le Bouddhisme en un court laps de temps.

C’est ainsi que Maharashtra, l’état dont fut originaire Ambedkar, a aujourd’hui, la plus grande communauté bouddhiste d’Inde.


31.03.2008

Par Majorie Chiew

Source : The Star

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