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La face cachée de l’écologie. Un antihumanisme contemporain ?

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Laurent Larcher

La face cachée de l’écologie. Un antihumanisme contemporain ?

Fr. Jacques Arnould, o.p.
Paris, Éd. du Cerf, 2004. – (11×20), 272 p., 24,00 €.

www.ecosobe.ro
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Esprit et Vie n°117 – décembre 2004 – 1e quinzaine, p. 35-36.


Si le Guide du Routard décidait un jour de s’intéresser au vaste champ des courants et des mouvements écologistes, il pourrait en confier la rédaction à Laurent Larcher ! Ce journaliste à l’hebdomadaire Le Pèlerin se révèle, dans La Face cachée de l’écologie, un fin connaisseur et un excellent « géographe » du monde de l’écologie ou, mieux vaut dire, des écologies. La carte qu’il en dresse est claire, au tracé vigoureux, même si ses notes de bas de page rivalisent parfois avec celles des auteurs germaniques et « alourdissent » quelque peu le texte. Larcher n’y va pas par quatre chemins : l’idéologie écologiste, appelée encore écologisme, génère et alimente des courants qui, tout simplement, « travaillent à la sortie de l’humanisme.

Le glissement entre les tendances et les projets est progressif. L’hédonisme vert abandonne l’anthropocentrisme pour lui préférer les plaisirs solitaires de l’égocentrisme. Fermés à l’altérité, incapables de relever l’invitation du monde, sourds à l’appel de l’autre, les hédonistes verts se perdent dans le miroir de leurs émotions et de leurs sens » (p. 20). Mais ce n’est pas tout : les défenseurs de la cause animale vont plus loin encore dans la déconstruction de l’humanisme en effaçant toute différence entre l’homme et la bête, en s’en prenant à toute forme de « spécisme », un terme inventé pour désigner les attitudes « racistes » à l’encontre des espèces animales (mais où sont les végétaux ?). L’écologie radicale ou profonde (les Anglo-Saxons parlent de deep ecology) peut aller plus loin encore. Non seulement elle suscite les commandos d’écoguerriers (« La lutte pour l’écologie est une lutte contre le système », p. 103) ou accueille des « grands prêtres » comme James Lovelock, mais elle en vient même à promouvoir la disparition volontaire de l’espèce humaine ! « Merci de ne pas vous reproduire. Vivons vieux, puis disparaissons », prône L. U. Knight, alors que la « révérende » C. Korda préside l’Église d’euthanasia… Aussi surprenants, voire même choquants, que ces propos puissent paraître, il ne faudrait surtout pas les prendre à la légère, ni minimiser leur possible influence, au sein de certains groupes, de certaines sociétés.

Dans une deuxième partie, Larcher montre, en effet, comment les courants de l’écologisme s’inscrivent dans une quête humaine bien plus ancienne que la prise de conscience environnementaliste, qui est née au milieu du xxe siècle. « Le ressort de l’écologisme, explique-t-il, est moins la réaction contre l’état de la planète que l’expression contemporaine d’une antique et persévérante nostalgie, celle de l’âge d’or » (p. 21). Et l’auteur retrace les étapes d’une quête qui, depuis « l’âge d’or » des mythes mésopotamiens jusqu’à la recherche d’une vie extraterrestre, a mis des explorateurs, en tous genres et de toutes les époques, sur la piste d’un hypothétique paradis perdu. Larcher parle de la généalogie d’un fantasme.
Enfin, dans une troisième et dernière partie, notre « routard » se penche sur ce qu’il nomme « le bras de fer entre l’écologisme et le christianisme ». Ce dernier a été accusé, rappelle-t-il, par des penseurs mais aussi par des organisations internationales, d’être à l’origine de la crise écologique ancienne mais aussi en prônant la domination de la nature par l’homme. Et il analyse la « riposte chrétienne », en particulier celle du patriarche Bartholomée Ier et du pape Jean-Paul II, qui n’a eu de cesse de rappeler la place, le rôle, la responsabilité de l’humanité au sein de la nature. Pour autant, constate Larcher, le christianisme (et avant tout le catholicisme) a-t-il assez pris au sérieux l’écologisme, ses propos antihumanistes, ses dérives vers le paganisme ? Rien de moins sûr.

Ainsi, ce livre, en décrivant « la face cachée de l’écologie », ses racines, ses attentes, ses travers, est en même temps une invitation pressante à lui opposer un humanisme, « à visage découvert », pourrions-nous ajouter. Si Larcher ne s’attarde pas à décrire cet humanisme, la place qu’il réserve à la tradition chrétienne laisse penser qu’une réflexion sur les liens entre humanisme et christianisme serait particulièrement opportune et, sans doute incontournable, le recours à la christologie cosmique, redécouverte par le jésuite Teilhard de Chardin. Cela étant, conclut Larcher, grâce à son syncrétisme et sa polyvalence, l’écologisme a sans doute encore un bel avenir devant lui.

Laurent LARCHER, La Face cachée de l’écologie.

L’auteur se présente comme journaliste. Il en a le style ; aussi son livre se lit avec plaisir. Mais le contenu n’est en rien superficiel, au contraire : il est appuyé sur une grande érudition et une connaissance des dossiers présentés. Celle-ci est d’abord historique ; L. Larcher retrace les éléments de la naissance, du développement et de la transformation des courants d’idées présents dans l’écologie, devenu un phénomène socio-politique. La démarche est aussi philosophique, car L. Larcher sait voir dans des déclarations, programmes et projets d’action les éléments d’une vision du monde liée à des options philosophiques majeures. L’étude est aussi historique, en particulier dans la présentation de la quête du paradis perdu.

Au plan théologique, qui importe ici, il montre comment les courants écologiques actuellement dominants se sont développés dans un refus de la tradition chrétienne et de l’autorité de la Bible. La rupture se fait fondamentalement sur la reconnaissance de la place de l’homme dans l’univers. Cette vive critique faite, le lecteur comprend mieux la portée exacte des déclarations autorisées de l’Église dans le souci écologique, tel qu’il apparaît dans les congrès et dans les déclarations du pape. La doctrine de l’Église repose fondamentalement sur le respect de l’homme.

Nous sommes bien loin dans cet ouvrage des simplismes d’un certain retour à la nature et à la fraternité avec les bêtes sauvages. Le rêve cache la réalité qui demande une prise en compte plus responsable de l’avenir de l’humanité.

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