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Soeur Emmanuelle – « Au revoir, ma soeur… »

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Au revoir, ma soeur…

soeur_emmanuelle.jpgLa disparition de soeur Emmanuelle en pleine crise financière nous rappelle toute la vanité et toute la vacuité de la richesse et les montagnes que l’on peut soulever avec la seule force de l’Amour. Soeur Emmanuelle est partie, plus jamais nous n’entendrons ses cris de révolte, plus jamais nous ne regarderons avec un sourire bienveillant son espièglerie.

Soeur Emmanuelle, avec sa « goutte d’eau » et sa voix si particulière, savait nous toucher et nous rappeler combien il est important non seulement de se soucier des autres mais surtout de poser son regard sur les autres. Cette façon qu’elle avait d’alpaguer les puissants pour leur rappeler quels étaient leurs devoirs vis-à-vis des plus humbles et des plus pauvres va faire cruellement défaut.

Qu’aurait-elle dit devant ces milliards perdus par les bourses du monde entier et investis par les Etats du monde entier pour sauver un milieu financier voué à l’échec, condamné ? Quand on sait qu’il ne suffit que quelques milliards pour éradiquer la misère à long terme… On peut comprendre sa tristesse et parfois son dégoût. On pourra encore longuement et longtemps méditer sa fameuse phrase : « L’ordure, c’est l’homme ! »

Sur le plan religieux, soeur Emmanuelle, par ses prises de position audacieuses, secouait l’Eglise catholique romaine. On est bien loin de Benoît XVI et de la Restauration ratzingerienne ! Contraception autorisée dans certains cas, mariages des prêtres, ministères ordonnés pour les femmes… Soeur Emmanuelle parlait le vrai langage du Christ et avait mis en pratique l’Evangile, plus que certains prélats de notre Eglise ou du Saint-Siège…

Faut-il exiger qu’elle soit « sancto subito », comme pour Jean Paul II ? La charitable soeur ne l’aurait pas souhaité… Elle ne le sera sans doute pas. Trop anticonformiste, trop… iconoclaste. Le Vatican est plus prompt à canoniser les parents de Sainte Thérèse de Lisieux (qui n’ont jamais fait de vagues) ou Pie XII (dont on nous dit aujourd’hui qu’il a sauvé maints Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale).

Soeur Emmanuelle, tout en restant fidèle à sa foi, se moquait éperdument des dogmes éculés ! Si elle s’était interrogée, ne serait-ce qu’un seul instant, sur ce que pensait d’elle la hiérarchie catholique, elle n’aurait rien fait, elle ne se serait jamais engagée comme elle l’a fait. La brave chiffonnière avait fait sienne la phrase du Christ dans Matthieu 25, 35-36 : « J’ai eu faim et vous m’avez donné à manger, j’ai eu soif et vous m’avez donné à boire, j’étais un étranger et vous m’avez accueilli, nu et vous m’avez vêtu, malade et vous m’avez visité, prisonnier et vous êtes venus me voir… »

Elle n’a jamais cherché à convaincre que nous-mêmes, dans notre petitesse, dans nos difficultés, en essayant de nous faire comprendre que tous ensemble, nous pouvions changer la vie des plus petits. Changer le monde, elle n’y croyait pas. Mais changer les gens du monde, oui. Sa vie est un exemple, que personne ne pourra jamais oublier et qui sera un modèle pour nombre d’entre nous.

Au revoir, ma soeur. Reposez en paix, vous qui n’aviez pas peur de mourir. Vous qui aviez vécu plusieurs vies, vous allez enfin pouvoir accéder à celle qui était la plus importante à vos yeux, celle qui était le fondement de votre vie sur terre : la vie éternelle.

– Par Iconoclaste, gino-hoel

Source : Blog du Journal du Jeudi…

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