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L’Islam en Chine de 1911-1949

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Dans la période de la République (1911-1949)

Le Coran en Chine
Le Coran en Chine


Après la chute de l’empire chinois (1911) et dans les premières années de la République, « le gouvernement et les non-musulmans semblent apprécier le rôle des musulmans dans la construction de la République. Ceux-ci sont considérés comme une des « cinq races » de la Chine. Pour la première fois, ils sont reconnus, y compris naturellement ceux du Turkestan, comme la race ou la nationalité Hui. Pour la première fois aussi, après la chute de la dynastie mandchoue, ils peuvent jouir en Chine d’une véritable égalité. La constitution nationale comme la proclamation du Kuomintang témoignent clairement en faveur de la liberté de religion. L’islam y est reconnu de manière spécifique. La constitution chinoise prévoit aussi que les représentants musulmans à l’Assemblée nationale sont élus par les musulmans de tout le pays ».


Sur le plan politique toutefois, les musulmans du Turkestan ne sont pas satisfaits des changements. Ils s’insurgent contre le pouvoir républicain à Hami en 1912 et de nouveau en 1930. Ces mouvements s’étendent et conduisent, sous l’action de Maula Zabitida à Kashgar à la proclamation en 1933 d’une République du Turkestan, qui est toutefois soumise dès 1934.


A partir de 1912, les groupes musulmans cherchent à améliorer et à coordonner leurs relations avec leurs coreligionnaires de l’étranger. Est fondée dans ce but l' »Association musulmane pour le progrès » qui a son siège central à Pékin et des filiales dans toutes les provinces. Elle est remplacée en 1929 par « l’Association islamique chinoiseEntre temps s’est ajoutée en 1924 l' »Union culturelle musulmane chinoise » qui a pour but de publier et de promouvoir la littérature et la culture musulmanes, en coopération encore avec l’étranger. Une « société pour la prédication islamique » est créée en 1933 à Taiyuan. Pendant l’hiver de 1937, à Hankou, la « fédération islamique chinoise pour le salut national » présidée par le général Omar Pai Chung Hsi connu pour son engagement dans la résistance contre le Japon, entreprend une réorganisation au niveau national qui coiffe et coordonne les structures déjà existantes. Elle envoie deux importantes missions, l’une dans les pays du Moyen-Orient en 1937-1938, l’autre en 1940 dans ceux du sud-est asiatique.


Les musulmans s’engagent aussi de plus en plus dans le domaine de l’enseignement : modernisation des anciennes écoles de mosquée, ouverture de nouveaux établissements, écoles, collèges et centres d’étude, pour la formation des imàm et des enseignants et pour l’instruction religieuse des enfants.


La presse reçoit parallèlement une forte impulsion. Partie d’une simple revue au Yunnan en 1915 elle se dote de publications connues comme Le croissant et La lumière du croissant à Pékin, La revue islamique à Shanghai etc. Cela favorise la naissance et la formation de bons écrivains et traducteurs comme Elia Wang Ching Chai, Mohamad Yang Chong Ming, Ma Chien (Makim), etc.


Selon l’annuaire de la Chine de 1930, il y a alors 48 millions de musulmans dans le pays et environ 40 000 mosquées.


En 1943, le professeur Pai Sho Yi écrit : « D’innombrables musulmans ont donné leur vie pour la révolution républicaine et dans la guerre contre l’invasion nippone. Dans les années récentes, un grand nombre d’emplois et de charges militaires ont été occupés par des musulmans, au gouvernement central et surtout dans les provinces du nord-ouest et du sud-ouest. La mobilisation des musulmans a été totale sur le front de la lutte contre l’ennemi comme à l’arrière. Ils ont insufflé l’énergie et l’esprit combatif dans toute la Chine » (15). Dans la guerre contre le Japon, les combattants musulmans constituent cinq pour cent de l’armée chinoise et plus de trente des leurs commandent des troupes au combat avec un grade supérieur à celui de major général. « Les musulmans sont fiers qu’aucun des leurs n’ait suivi Wang Ching Wei quand il s’est réfugié de Chongqing à Nankin pour former le gouvernement fantoche aux mains des Japonais ».


A la veille de la République populaire, la situation de l’islam est ainsi décrite : « Le nombre de ses adeptes doit se situer entre 20 et 30 millions. Les Chinois se convertissent difficilement à l’islam. Dans l’armée, on ne trouve des musulmans chinois que dans les troupes dont les officiers sont musulmans. Aucune fille musulmane n’épouserait un Chinois. Une certaine croissance vient du fait que des musulmans épousent souvent des Chinoises qui embrassent leur religion.


Les musulmans de Chine se répartissent entre les deux sectes de la religion traditionnelle et du courant nouveau. La première qui appartient à l’école des hanafites se fonde sur le Coran et sur la sunna. La seconde, qui a pris naissance dans le Gansu et étend de fortes ramifications au Shaanxi, au Sichuan et au Yunnan, est plus attachée au culte de ses saints et de leurs tombes et reconnaît que ses chefs sont investis par Dieu de grâces célestes particulières qu’ils transmettent à leurs successeurs. Les deux sectes sont vivement opposées l’une à l’autre, mais toutes deux s’appuient sur de puissants chefs militaires ».

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