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Monts et Merveilles au Mont Saint Michel

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C’est un fait : quelle que soit leur culture, au-delà de leur religion, les hommes ont choisi des environnements vertigineux pour faire l’expérience de la spiritualité. « Ne t’étonne pas que ceux qui se sont élevés à ces hauteurs ne veuillent plus s’occuper des affaires humaines, et que leurs âmes aspirent sans cesse à demeurer là-haut », écrivait Platon dans l’allégorie de la caverne.

Pélerin à Hampi (Inde).

Photographies de Jean-Michel Guillaud ©

Pèlerin à Hampi, Inde.

Un pèlerinage de l’âme

Faire l’ascension d’un mont, c’est marquer la rupture avec le monde terrestre. En prenant de la hauteur, on s’éloigne des contingences humaines, tandis que l’on se rapproche des cieux. Entre terre et ciel, l’immensité du paysage nous renvoie à notre propre vulnérabilité. Est-ce pour cela que l’on y ressent plus volontiers le besoin de croire ?
Mais gravir un sommet, c’est aussi effectuer un pèlerinage de l’âme. Ainsi, dans la pensée taoïste, la grotte nichée au creux de la montagne représente symboliquement l’espace intérieur sacré du corps humain, et constitue une sorte de matrice dans laquelle l’homme peut se transformer et renaître. Les obstacles qui jonchent la marche font écho aux épreuves de la vie, appellent au dépassement de soi ; une fois franchis, ils permettent d’évoluer. Et c’est un individu grandi qui parvient à la cime.

« Ce qui rassemble »

Si le thème des montagnes sacrées du monde a été choisi, c’est parce que, explique Nicolas Simonnet, administrateur de l’abbaye », nous souhaitions évoquer ce qui rassemble plutôt que ce qui sépare, et montrer ce que la spiritualité catholique a en commun avec d’autres religions ».
De l’Australie à l’Inde, de l’Afrique à l’Irlande, l’exposition nous élève vers des sites exceptionnels – onze sont classés sur la liste du Patrimoine mondial de l’UNESCO ou en passe de l’être -, grâce aux quelque cent cinquante photographies de Jean-Michel Guillaud. Parfois de très grand format, elles investissent totalement l’abbaye de l’archange – jusqu’aux trous de boulins – pour proposer une multitude de parcours se superposant à la visite du Mont. C’est ainsi qu’au moment de son ascension du Grand Degré menant vers l’église, le visiteur-pèlerin est visuellement accompagné d’un marcheur qui gravit le Huang Shan – on se met alors à apprécier la relative facilité de notre montée, au vu des abrupts impressionnants de la montagne chinoise. La façade de l’église abbatiale, si souvent plongée dans la brume normande, se trouve recouverte d’une vue de ce même Huang Shan nimbé d’un voile opaque. Plus loin, dans la salle des hôtes qui servait autrefois à accueillir des pèlerins de haut rang, de nobles brahmanes indiens ont été invités ; l’architecture massive des églises rupestres de Lalibela, en Éthiopie, fait quant à elle écho à la robustesse de la salle des gros piliers. Les photographies de Jean-Michel Guillaud résonnent en symbiose avec le bâtiment ; entre Chine, Inde et Égypte, on ne sait plus bien où l’on est. Mais c’est tant mieux.

Le Mont-Saint-Michel ou la réunion de l’alpha et de l’oméga

Parmi ces sites merveilleusement saisis, au terme d’un long travail de patience, par le photographe, y a-t-il quelque chose qui rendrait le Mont-Saint-Michel unique ? « Absolument, répond Nicolas Simonnet, car il est porteur d’une signification symbolique que l’on ne trouve nulle part ailleurs. Il réunit l’alpha et l’oméga, le début et la fin. Le mélange du sable, de la mer et du ciel qui s’y reflète confère à la baie une image de confusion des éléments, de chaos primordial. Au contraire, au sommet du rocher, la construction achevée de l’abbaye apparaît comme la préfiguration de la cité céleste, de la Jérusalem du ciel qu’évoque le dernier chapitre de la Bible. Le Mont-Saint-Michel est la métaphore de l’opposition fondamentale entre le premier chapitre de la Bible et le dernier. »


Par Virginie Larousse

Entre terre et ciel, le Mont-Saint-Michel et les montagnes sacrées dans le monde, jusqu’au 11 novembre 2008 à l’abbaye du Mont-Saint-Michel, 50107 Le Mont-Saint-Michel, tél. 02 33 89 80 00. Ouvert tous les jours de 9h30 à 18h. Site Internet : MontStMichel.com

Catalogue : GUILLAUD J.-M., LUCET S., TAROT C., Entre terre et ciel, le Mont-Saint-Michel et les montagnes sacrées dans le monde, Paris, Éditions du Patrimoine/Artlys, 2008, 96 p., 54 ill. coul., 20 €.


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