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L’islam, au masculin

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L’islam, divisé en deux branches, se partage entre le chiisme et le sunnisme. Alors que le premier s’organise autour d’un clergé (les ayatollahs, de «ayat Allah, « signe de Dieu » , sont les autorités suprêmes du chiisme), le sunnisme, principal courant religieux, ne tient pas vraiment compte des hiérarchies religieuses…

Au-delà de cette divergence, le muezzin est celui qui appelle à la prière, l’imam, « celui qui se met devant pour guider la prière » . En arabe, imam signifie « chef » ou « guide », et dans le sunnisme, il suffit qu’il soit musulman, sage, connaissant les piliers de l’islam ainsi qu’une grande partie du Coran par cœur pour être à la tête d’une communauté.


Mais l’autre condition, jamais évoquée tant elle doit sembler évidente, est bien celle de la masculinité. Pourtant, aux dires de certains experts, il n’y aurait pas dans le Coran de verset interdisant à une femme de diriger la prière, ni d’être imam. Mais nombreux sont les Cheiks qui récusent une telle idée : «la femme ne doit pas diriger la prière des hommes ou des femmes», « «l’imamat de la femme est nul chez nous, quiconque prie derrière elle est tenu de refaire sa prière. » (*)


Ainsi, le fait qu’une femme puisse diriger une prière serait plutôt du domaine de l’inconcevable. Et les arguments contre l’institution des femmes ulémas (docteur de la loi musulmane, interprète du Coran) s’appuient même sur la prétendue infériorité intellectuelle des femmes. En outre, des croyances confortent la tradition : par exemple, celle voulant qu’une femme ayant ses règles polluerait une mosquée.


« Il n’existe pas de clergé en islam mais force est de constater l’instauration à travers les siècles de l’histoire islamique d’une institution savante exclusivement masculine qui s’est adjugé le droit de légiférer au nom de Dieu » affirme Asma Lamrabet, spécialiste sur la question.(*) Et, d’après elle, « ce n’est pas le Coran qui est intrinsèquement incompatible avec les droits de la femme mais l’interprétation sélective et abusive des lois et textes centraux par les autorités patriarcales ».


Malheureusement, les mouvements pour faire évoluer les choses ne sont qu’infinitésimaux.




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D’après un rapport de l’université Concordia de Montréal (« Les femmes musulmanes », rapport de Sheila Me Donough du Département d’études religieuses), les organisations féministes islamiques se sont avant tout penchées sur d’autres questions comme la loi familiale et l’éducation.
Ce n’est qu’en mars 2005, aux Etats-Unis, qu’une femme (Amina Wadud, professeur d’études islamiques à l’Université de Virginie) dirige pour la première fois la prière du vendredi en présence de femmes et d’hommes. L’évènement défraye la chronique, le grand cheikh de l’Université d’Al-Azhar au Caire (une institution référence) jugeant qu’il n’était pas correct pour les hommes de regarder le corps d’une femme prosternée devant eux.
Peu après en Italie, la marocaine Naïma Gohani dirige elle aussi une prière mixte dans la mosquée de Colle Val d’Elsa (en Toscane). Finalement, les autorités religieuses de l’islam ont condamné les initiatives des deux femmes.


L’automne suivant, en octobre 2005, une autre tentative d’avancée a lieu à Barcelone, avec le premier Congrès international du féminisme islamique. Organisé par la Junta Islamica Catalana (association musulmane locale), il réunit près de 400 participantes.

Mais les progrès se font au compte-goutte : alors que l’année dernière, 50 femmes été nommées imams par le Royaume du Maroc, ces dernières n’ont pourtant pas le droit de diriger la prière.

La lutte risque donc d’être difficile pour celles qui souhaiteraient un statut plus égalitaire…


(*) propos de l’imam Al Maziri

(**) Les droits de la femme en Islam: une réflexion féministe.
Asma Lamrabet: engagée dans l’étude et la réflexion de la problématique de la femme en islam, elle est médecin biologiste à Rabat.



Clémence de la Robertie pour www.buddhachannel.tv

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