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L’esprit du début

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Si shoshin, l’esprit du début, n’est pas juste, toutes les actions deviennent vaines, dépourvues de toute authenticité.

– Eihei Dogen, le Gakudoyojinshu (« L’application de l’esprit à l’étude de la Voie »)

Maître Tanken, célèbre moine tendaï (711-782), a dit cette phrase en premier. Ce point est le même dans tout le bouddhisme. L’esprit du début est très important. Si, au départ, on prend une fausse direction, si on court dans une direction opposée, cela est pareil à se tromper de train, on ne peut arriver à bon port.

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Pourquoi êtes-vous devenus moine ? Je ne peux comprendre pourquoi tout le monde veut devenir moine.

Extraits de L’enseignement oral, édition intégrale, vol. 4, le Gakudoyojinshu de Maître Dogen, commentaires de Taisen Deshimaru (Paris : AZI, 1986).

Tout de suite, ils se rasent et vite ils se laissent repousser les cheveux. Se raser devient parfois comme une mode. Se raser n’est pas une mode, c’est la décision de devenir moine et un engagement important. Se raser, revêtir le kolomo noir, le kesa, faire zazen sont trois points très importants pour devenir moine. Le crâne rasé, le kolomo et le kesa ne sont pas décorations pour le dojo. Certains pensent que kolomo et kesa sont des vêtements de travail pour zazen et les sesshin. C’est tout à fait faux.

Ce n’est pas facile de devenir un moine. « Je veux devenir maître, c’est pour cela que je suis devenu moine. » Une telle attitude est erronée. « Je veux devenir moine et continuer zazen pour trouver une belle fille dans le dojo », c’est un shoshin tout à fait faux. Alors même si vous venez matin et soir, votre zazen ne sera pas du tout efficace. L’esprit du début est plus important que ce qui vient après.

Si vous avez reçu l’ordination avec un mauvais esprit du début, vous vous tromperez par la suite. Si après vous comprenez profondément et que vous vous corrigez, c’est d’accord. À ce moment-là se manifeste le véritable esprit du début. Si vous recevez l’ordination et faites des erreurs, vous n’êtes pas un vrai moine. Vous êtes un moine à la mode, un moine d’apparence, un moine diplomatique, un moine tant pis…

Aussi shoshin est-il très important. Si shoshin est erroné, toutes les actions sont vaines, toute la vie est vaine, on est un moine vain. Cela signifie qu’il faut prendre le bon train, la route, la voie juste. Si l’on se trompe, on finit par être tout à fait en danger.

L’esprit du début lorsqu’on reçoit l’ordination, qu’on devient moine, c’est la révolution intérieure de l’esprit profond. C’est changer rapidement, soudainement du monde ordinaire au monde du zen. Dans le monde ordinaire, gagner de l’argent en spéculant sur le sucre, c’est une réussite. Mais cela n’a aucun rapport avec le monde du moine. Il vaut mieux perdre de l’argent, on devient alors pauvre et après on est un bon moine.

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Pour le monde social, on paraît complètement raté. Dans le monde du moine, il vaut mieux être pauvre. Recevoir l’ordination est l’esprit du début, alors on change rapidement du monde de la réalité au monde éternel, sans erreur. C’est la vraie révolution intérieure.

Devenir moine c’est comme être à la barre du bateau, il faut toujours surveiller la direction. Dans un navire ou dans une voiture, le conducteur doit constamment rester vigilant. Shoshin est très important. Mais ce ne sont pas seulement les premiers jours qui comptent ; il faut maintenir cet esprit du début à tout moment et au fil des mois et des années. Toujours des phénomènes apparaissent. Tout change. Tout est mujo. Aussi faut-il chaque jour veiller à maintenir l’exactitude et la justesse de shoshin.

Notre vie n’est pas matérielle. Elle n’a pas de forme. Aussi ne demeure-t-elle pas en un lieu. Elle évolue librement partout. Elle ne s’attache pas à un lieu, à une époque. C’est une existence qui est au-delà du temps et de l’espace. Cette vraie vie existe, mais parfois elle n’existe pas. Elle est au-delà de notre bon sens et de notre pensée. Le matériel, la science, l’intellect ou l’économie ne peuvent la saisir. C’est un monde de dimension différente.

Je dis toujours que hishiryo est au-delà de la pensée. C’est votre vie. C’est vous-même. C’est zazen. Votre zazen ne permet aucun langage, seulement le silence. Il ne permet aucune supposition, seulement la foi, l’étonnement. C’est vrai.

Vous pouvez retrouver de nombreux enseignements de Maître du Zen Soto Taisen Deshimaru et de son proche disciple Philippe Reyu Coupey enseignant à Seine Zen et au Dojo Zen de paris sur le site www.zen-road.org




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