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La leçon de prière d’Alexandre Jollien

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alexandre_jollien1.jpgLe jeune philosophe, infirme moteur cérébral, vient de publier
Le Philosophe nu, où il explique vivre un profond retour au christianisme. Pour faire suite à l’entretien paru dans le magazine, il nous raconte l’importance de la prière personnelle et familiale dans son combat contre la souffrance.


Pour vous, prier c’est quoi ?

Se dénuder, se dévêtir de soi, quitter toute affectation et s’abandonner dans la confiance. Prier, c’est laisser tout tomber : rôles, attentes, craintes et tracas, pour être simplement présent, ouvert, pour vivre nu, sans armes, donné comme un enfant. C’est aussi en cela que je suis un « philosophe nu » !

C’est aussi abandonner nos représentations de Dieu ?

Exactement. Maître Eckart (un théologien allemand inspirateur d’un grand mouvement mystique au XIIIe siècle, Ndlr), que je redécouvre actuellement, priait ainsi : « Mon Dieu, libère-moi de Dieu ». Or un maître du bouddhisme dit de son côté : « Si tu vois Bouddha, tue-le ». Je ne l’aurais peut-être pas dit sous l’Inquisition (rires), mais voici ma prière : « Dieu, délivre-moi des fausses images de toi ».

Maître Eckart dit aussi : « Dieu, il faut le voir comme dans un vestiaire ». Ce que mon ami dominicain Pedro Meca traduit par : « Dieu, il faut le voir à poil ! » C’est-à-dire au-delà de nos projections trop humaines, au-delà de tous ces vêtements dont on le revêt pour tenter de se le représenter.

Il y a quelques mois, je suis allé prier dans un monastère et j’ai demandé à un moine : « Vous sentez Dieu ? » Il m’a répondu : « Cela fait quarante ans que je suis là et je n’ai jamais senti quoi que ce soit ». C’est bon signe. J’ai une foi presque absolue en ce Dieu qui se cache, et ne peut se réduire à ce que je crois en percevoir ou en ressentir. L ’Ancien Testament nous a prévenus : voir Dieu, c’est mourir. Il ne laisse découvrir sa présence qu’en négatif. Dans l’Annonciation faite à Marie, c’est l’« ombre » qui plane.

Quel est votre modèle de « priant » ?

La Vierge Marie. J’avais du mal à comprendre la passion que Jean-Paul II lui vouait. Et aujourd’hui, je suis encore plus « mariolâtre » que lui !

Marie est la médiatrice par excellence, pure écoute, tendresse offerte. Elle n’est pas dans le concept, elle est dans la chair, femme forte et fragile à la fois !

Marie, c’est l’adhésion totale à la vie. La contempler, c’est retrouver une virginité perdue et une fécondité tarie. Voyez comme la stérilité – par exemple, celle d’Élisabeth et de Zacharie – devient le lieu même de la fécondité – non par nos propres forces, mais par grâce.

Comment avez-vous appris à prier ?

On ne m’a pas appris à prier, et je le regrette. Si j’avais su prier vraiment de tout mon être, de tout mon corps, peut-être n’aurais-je pas eu besoin du zazen ? Mais j’avais besoin d’engager mon corps meurtri dans une voie spirituelle qui le prenne en compte. J’ai d’ailleurs été bouleversé par la prière des moines dans le film Des hommes et des dieux, car c’est une prière incarnée, avec ses hauts et ses bas.

Selon moi, s’il devait manquer quelque chose à la tradition zen, c’est la fragilité. On récupère trop souvent le zen comme une technique dans une approche volontariste – qui est son contraire.

Priez-vous avec vos enfants ?

Nous prions en famille. C’est une prière toute simple qui se résume en trois petits mots capitaux : « Pardon, merci, s’il te plaît ».

J’aime aussi prier le Je vous salue Marie, ainsi que le Notre Père que j’ai trouvé pendant longtemps un peu « bateau » et que je médite de plus en plus tant cette prière se révèle abyssale. Chacune de ses phrases est une invitation à la méditation. « Notre Père… » : je pense à tous ceux qui, dans le monde, disent cette prière, dont ma femme, ma mère, des amis. « Qui êtes aux Cieux… » : Dieu est au-delà de ce que je voudrais qu’il soit ; cela signifie aussi que le Ciel n’est pas là-haut mais dans le cœur du juste, comme le dit saint Irénée. « Que ta volonté soit faite… », c’est le détachement, etc.


Luc Adrian

Source : www.famillechretienne.fr





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1 commentaire

  1. La leçon de prière d’Alexandre Jollien
    Merci de cette explication de la prière, d’en redonner la signification immédiate et profonde

    Je redécouvre moi-même le Notre Père sur lequel je médite ou essaye de méditer longuement car je pratique la méditation quotidienne selon la voie bouddhiste mais en me référant aux prières du christianisme

    L’approche du bouddhisme et la fréquentation des sympathisants bouddhistes m’ont rendu la foi chrétienne, grâce à la pleine conscience des gestes, mots et prières qui la constituent

    Bouddhisme et christianisme s’enrichissent mutuellement et leurs points de rencontre sont de plus en plus nombreux spirituellement et matériellement

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