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Chine — Les grottes de Dunhuang et Fées Célestes

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23.10.2010

– Durée du programme: 13’10 » download mp3

mogao-ss.jpgIl existe sur la route de la soie, au nord de la Chine, non loin du sinistre désert de Taklamakan cette terre si désolée ou rien ne pousse, il existe un trésor : les grottes au mille bouddhas. Mais vous pouvez les appeler aussi les grottes de Dunhuang ou encore Mogao Ku qui veut dire en chinois grottes de Mogao.

Sur cette terre se sont croisées pendant des millénaires les Mongols, les Tibétains, les Ouighours, et plus largement, les cultures chinoises, indiennes, grecques et islamiques.

Dès 1879, des explorateurs occidentaux s’intéressent à ces grottes, mais à compter de 1900, un taoïste chinois, Wang Yuan-lu, en devint le gardien et s’engagea à les préserver et les restaurer. C’est lui qui un peu par hasard fait une découverte majeure : la bibliothèque murée dont on parlera tout à l’heure.

Qu’est ce que c’est ?

Les Mogao Ku, ce ne sont pas moins de 800 grottes contenant 492 temples bouddhistes qui seront découvertes au fil du temps, creusées dans des falaises de grès et communiquant entre elles par des passerelles. Ces grottes contiennent des fresques qui couvrent une superficie estimée à 45000 m2. Elles sont emplies de statues en couleur : on en dénombre plus de 2000 et de 50 000 manuscrits. Certaines grottes sont toute petites : une trentaine de centimètres, d’autres peuvent atteindre près de 270 m2. Parfois, elles sont creusées les unes sur les autres pour atteindre une hauteur totale de 50 m.

L’histoire des Mogao Ku

L’histoire raconte que ce site exceptionnel est né de la vision d’un moine, Li Zun, qui en 366 après JC, se vit entouré de 1000 bouddhas. Et à partir de là, il commença à creuser les grottes. Mais d’autres ont pris la relève car la construction aurait duré du IV au XIV siècle et particulièrement durant la dynastie Tang du VII au Xème siècle.

Chaque époque apporta cependant son empreinte : les grottes de la dynastie Wei, les toutes premières jusqu’en 581, sont marquées par la culture gréco-indienne. La suivante, la dynastie Sui, représente des scènes mythologiques chinoises. C’est durant la dynastie Tang de 618 à 917 que sont bâties les plus belles grottes et les plus nombreuses, avec des sculptures et peintures de grande qualité. Pour les dynasties suivantes, il n’y avait parfois plus de place : alors elles en ont détruit pour en créer de nouvelles, ou en ont agrandi d’autres. C’est là qu’ont été bâtis des toits de grotte ou encore des sentiers.

Cet endroit accueillait des moines bouddhistes. C’était à la fois un lieu de pèlerinage mais aussi un lieu de prière pour les voyageurs qui partaient sur la route de la Soie.

Que contiennent les grottes ?

Les fresques

Comme on le disait, certaines grottes sont recouvertes de fresques richement colorées.

Les peintures décrivent principalement la vie et l’œuvre du Sakyamuni, le Bouddha historique. Ce lieu de piété montre des paradis célestes avec des Feitians, les fées célestes, et des dieux vêtus de magnifiques costumes, également des scènes où se mêlent plusieurs cultures orientales, notamment hindouistes. On y trouve aussi représentées des scènes de la vie courante des moines, des coutumes, les transports, les lois.

Sept catégories de fresque sont répertoriées :
– illustrations de sutras : un soutra peut être considéré comme un écrit, et notamment chez les bouddhistes, ce terme se rapporte à l’enseignement du Bouddha.
– histoires de sutras
– personnages bouddhistes
– personnages mythologiques
– lieux et histoires concernant le Bouddha
– portraits des donateurs pour les grottes
– motifs ornementaux

Le style des peintures change selon les époques, passant du style fortement influencé par l’Inde jusqu’à la période purement chinoise, caractérisée par des visages ronds et des corps un peu disproportionnés.

Durant 5 dynasties, en raison du manque de place, on a recouvert des fresques anciennes et ainsi il n’est pas rare de voir 2 couches de fresques d’époques différentes.

Enfin, plus de 200 grottes ont des fresques qui ont trait à la musique : 3400 musiciens représentés dans des orchestres de diverses tailles et jouant de 44 instruments de musique différents ; voici un des plus riches musées au monde sur la musique de cette époque.

Les manuscrits

A partir du 12ème siècle, de nombreux parchemins, peintures et autres manuscrits sont gardés dans le site, entourés de murs destinés les protéger. C’est dans la bibliothèque murée, découverte par l’abbé Wang que l’on en retrouvera, une grande partie.

Les manuscrits sont écrits en chinois, en tibétain, en ouïghour, en sogdien – une langue parlée en Asie centrale et qui s’est maintenant éteinte – en sanscrit.

Parmi les trésors : une version imprimée du Soutra du Diamant, un des textes fondamentaux du bouddhisme mahayana, datant de 868 (ce qui en fait un des plus anciens livres imprimés du monde), et une version de l’Évangile selon Saint-Jean.

Pourquoi tous ces manuscrits ? On dit qu’à l’apparition des livres imprimés, qui ont remplacé peu à peu les manuscrits, les moines ont voulu préserver ces précieux documents et les ont conservés dans les grottes.

Une partie des manuscrits se retrouve maintenant à Pékin et dans le monde, comme au musée Guimet ou à la Bibliothèque Nationale de France à Paris, au British Museum à Londres ou au Japon. Mais d’autres ont disparu, sans doute, volés pour être revendus.

Les statues

Elles représentent surtout des personnages du bouddhisme: les bouddhas, les boddhisattvas, les disciples et les dieux. On y trouve aussi des monstres et autres bêtes mythiques.

Les statues sont en argile peinte : la plus petite ne mesurant que 2 cm tandis que la plus grande dépasse les 34 mètres.

Les grottes

Voici la description de quelques unes Elles portent des numéros ce qui n’est peut être pas très poétique mais surement pratique vu le nombre de grottes :

La grotte 16 : c’est une très grande grotte où se trouvent le Bouddha Sakyamuni entourés de 4 arhats (des grands sages bouddhiques). A sa droite se trouve une petite grotte de 3 m sur 3 : la grotte 17.

La grotte 17 : c’est la bibliothèque murée dont la porte recouverte de plâtre, puis peinte, cacha pendant 1000 ans les50000 documents, peintures et objets.

La grosse 96 : elle est appelée la grotte à neuf étages et contient un imposant bouddha Maitreya de 35m de haut, la plus grande statue des grottes de Mogao. On dit du Bouddha Maitreya qu’il est le bouddha du futur, un bouddha bienveillant qui orientera le monde vers l’éveil. On retrouve un autre Bouddha Maitreya de 26 m dans la grotte 130.

La Grotte 148 : un très grand Bouddha y est couché, ainsi que les statues de 72 Arhats qui se tiennent derrière lui.

Grotte 158 : elle mesure 18m de long, 7m de large, et presque 7m de haut. Elle abrite un Bouddha couché, entouré à sa gauche par le Bouddha du passé, et à sa droite par le Bouddha du futur : Maitreya.

Dans les grottes 419, 427 et 492, on peut y voir clairement les vêtements des Bouddhas et des Boddhisattvas, ainsi que ceux des marchands, faits de belles soieries

Les Feitians

fee-celeste.jpgQuelques mots sur les feitians qui figurent sur les murs des grottes.

Feitian signifie fée céleste, des immortels volant dans les cieux, mais dans les arts bouddhistes, ce sont les immortels qui offrent de la musique, de la danse et des fleurs aux nombreux Bouddhas et Bodhisattvas. Feitian est la réincarnation de Gandharva et de Tight Luo.

Gandharva est la Déesse du Chant : elle était responsable de diffuser les arômes et d’apporter fleurs et trésors. Elle volait parmi les fleurs, les buissons, et les palais.

Tight Luo était lui le Dieu chargé de la musique et de la danse. Il ne savait pas voler.

Dans la mythologie indienne, tous deux forment un couple. Plus tard ils ont fait partie des gardiens célestes dans le Bouddhisme et se sont fondus en un seul pour devenir Feitian.

La caractéristique des représentations de Feitian à Dunhuang est de ne pas avoir d’ailes ou de plumes. Elles flottent sur des nuages, avec des jupes volantes et des rubans dansants.

Dans les grottes de Dunhuang , des représentations de Feitian dans leur période primitive décorent les écrins et les peintures de Jataka (sorte de contes) . Elles sont élancées, bien proportionnées et gracieuses, certaines sont à demi nues, d’autres portent de longues robes à longues manches. Certaines volent en solo, d’autres en groupes, certaines volent vers le haut, d’autres vers le bas, avec le vent ou contre le vent.

Durant la Dynastie Tang, les représentations de Feitian de Donghuang avaient leur propre style : Bouddha expliquant la Loi, Feitians volant dans l’air, se tenant sur les nuages et descendant lentement, avec la têtes droite et remuant les bras ou tenant des fleurs des deux mains, ou encore présentant des paniers de fleurs, leurs jupes tourbillonnant et leurs rubans flottant qui les faisaient paraître si gracieuses.

Les grottes représentent le plus grand trésor d’art bouddhique au monde. C’est un vrai miracle qu’elles soient parvenues jusqu’à nous. Depuis 1987, elles sont classées au patrimoine de l’Unesco.

– Image de la grotte Dunhuang ici


Source : www.sondelespoir.org

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