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Sur la route du Tokaido, avec Jean-Paul Desroches à Monaco

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Si en 2010 tous les regards se tournent vers l’Asie et l’Exposition Universelle de Shanghai, le Grimaldi Forum Monaco s’intéresse cet été à un autre géant économique et culturel de cette région du monde : le Japon, avec l’intention avouée de vous surprendre … Nulle part ailleurs n’existe cette mixité entre des coutumes ancestrales très vivaces et une société dominée par un esprit d’avant-garde dont la modernité souvent futuriste déroute et fascine à la fois le monde occidental. A l’image de ce Japon qui réussit à marier au quotidien histoire et culture d’hier et d’aujourd’hui, le Grimaldi Forum entend bien réunir dans un discours trans-générationnel les tenants de la culture traditionnelle symbolisée par la toute-puissance du guerrier samouraï et ces consommateurs des temps modernes qui s’épanouissent dans l’expression des mangas et autres films d’animation « made in Japan ». Cette étrange cohabitation révèle ici tous les mystères de cette civilisation… aux multiples facettes.

La nouvelle fresque estivale du Grimaldi Forum Monaco vous propose donc, du 14 juillet au 12 septembre dans l’Espace Ravel, de cheminer du VIIIe siècle à nos jours, de Kyoto à Tokyo et sur la route historique du Tokaido, qui relie l’ancienne capitale à la nouvelle capitale du Japon.

Ce regard pluriel et altruiste sur le Japon a été pensé par Jean-Paul Desroches Commissaire de l’exposition : nous avons eu le plaisir d’échanger avec lui pour mieux comprendre comment il avait construit cette extraordinaire exposition estivale.

Pays de contrastes fascinants, le Japon ne cesse de surprendre ceux qui s’y aventurent depuis quelques siècles maintenant. Alliant traditions rigoureuses et modernisme exalté, la mentalité nippone plonge l’étranger dans un paradoxe de tous les instants. Vous avez souhaité pour l’exposition événement « Kyoto Tokyo » dépasser ces clivages et fait le pari de proposer des ponts révélant au contraire les facettes diverses mais fondamentalement indissociables de ce pays : comment avez-vous procédé pour lier ces paradoxes ?

C’est exactement l’esprit de l’exposition, il y a une volonté de poser des ponts et finalement ce sont des contrastes surtout parce que c’est nous qui sommes loin. Pour les japonnais cela va de soi , ils vivent tout cela très naturellement !

Chez nous en fonction des générations, il y a des coupures totales vis à vis du Japon : au départ on a abordé les Japon par les Estampes ; l’élite s’est intéressée au zen et au bouddhisme ; et puis de l’autre côté il y a aujourd’hui toute une autre clientèle de 7 ans à la trentaine qui est orientée vers le cinéma, l’animation et les mangas. Il y a ainsi plusieurs perceptions par catégories du pays et, jusqu’à présent, personne n’osait lancer des ponts. On a simplement voulu dire « au fond c’est la même civilisation » !

Il était ainsi logique de commencer par le passé, de mettre les fondations. L’exposition se déroule à la fois de manière chronologique et de manière transversale : elle est presque géographique ! La civilisation japonaise commence autour de Kyoto et au moment où les samouraïs disparaissent de l’histoire, le pouvoir passe à Edo (aujourd’hui Tokyo). Entre les deux il y a un lien permanent, un axe où vit encore à ce jour environ 75 % de la population : c’est la route Hokaido : on alterne de Kyoto à Tokyo, d’un point à un autre dans l’histoire sans cesse.

On a voulu épouser cette chronologie, cet axe et brasser toutes les expressions (tous les créateurs via la peinture bouddhique, religieuse, la peinture de cour, la peinture populaire, la création contemporaine, la culture urbaine, la technologie avec par exemple le train à grande vitesse, l’architecture, la robotique, etc.).
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Vous assurez le commissariat d’exposition en binôme avec Hiromu Ozawa : Comment avez-vous collaborer sur ce projet ? Que vous a apporté la complicité de ce co-commissariat ?

Ce co-commissariat, c’était essentiel. Je reste avec un regard occidental, bien que mon regard occidental soit attaqué par 25 ans de mariage avec ma femme japonnaise…(rires !). Pour comprendre le sens réel des choses, il ne pouvait en être autrement.

Les japonnais attanchent de l’improtance à Monaco : à chaque réuinon les japonnais sortaient un drapeau monégasque Cela a été très différent de ce qui s’était passé pour les expositions avec la Chine où le nom de Monaco est proche de celui de Maroc en chinois et où les chinois ne connaissaient pas Monaco

Pouvez vous nous parler en quelques mots de la scénographie de l’exposition proposée par Bruno Moinard ? Comment avez-vous collaboré avec le scénographe?

On a traité la scénographie comme un opéra : on a choisi des œuvres fortes, et une présentation muséographique.

On s’est entendu « comme larron en foire » : le principe du Grimaldi Forum est d’organiser des concours pour sélectionner le scénographe car ils veulent une scéno d’exception. Donc il y a eu 5 candidats et Bruno Moinard m’a raconté exactement ce que je voulais voir : c’est absolument spectaculaire !

On a eu surtout envie que chacun retrouve ce qui l’intéresse et qu’il y découvre des choses qu’il ne connait pas : Si on est intéressé par un point je pense qu’on peut agrandir le cercle et approfondir et relier tous les éléments qui ne sont pas évident, car on les reçoit habituellement de façon séquentielle.

Un comité scientifique réunissant des experts du Japon dans divers domaines (animation, mangas, photos) fait partie de l’aventure de l’exposition : quel a été le rôle de ces experts dans la préparation de l’exposition ?

J’ai besoin d’être entouré de plein de gens : on s’est appuyé pour cette exposition sur des experts de renommée internationale dans chaque discipline (les armes, les estampes, le cinéma japonais, l’animation, les mangas..), car je ne connaissais pas les choses suffisamment profondément. Nous avons souhaité apporter le même niveau exigence au catalogue de l’exposition de 500 pages : on a fait attention à ce qu’il soit très didactique, justement documenté, à un prix très abordable à moins de 40 euros grâce aux efforts du Grimaldi Forum et du Gouvernement.

Pensez-vous que le Japon va préserver sa spécificité au moment de la mondialisation ?

Le japon butine, et s’adapte rapidement : il y a eu des temps de guerre et de dictature, des crises économiques, la plus récente en 1990 : aujourd’hui l’économie japonais est repartie. Le japon a une facilité d’adaptation : c’est un pays qui n’a pas de matière première : tout son génie c’est la matière grise et le Japon, c’est la promotion de l’intelligence, la vie n’est pas pour autant toujours facile. Mais l’intelligence gagne et cela c’est assez extraordinaire ! Au Japon il y a cette sagesse car c’est un pays à catastrophe permanente mais on a cette idée de la vie qui n’est qu’un passage (symbole de la fleur de cerisier qui apparait et disparait aussitôt) donc cela donne une saveur, une intensité que l’on ne trouve nulle part ailleurs !

Comment vous sentez-vous à quelques jours de l’ouverture de cette exposition ?

Bien ! J’avoue que le moment que j’attends, c’est quand on a terminé le montage – le dernier moment- je veux toujours avoir cette demi-heure où je suis seul dans l’exposition, je suis seul avec l’œuvre.. après je la donne et la partage avec le public qui doit venir dévorer l’exposition !!!

Exposition Kyoto-Tokyo

Du 14 Juillet au 12 Septembre 2010

Au Grimaldi Forum

10, avenue Princesse Grace

MC 98000 Monaco

www.grimaldiforum.mc


Source: Art Côte d’Azur

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