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Lao Tseu place le Grand Palais entre yin et yang

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l1.gifLes cérémonies taoïstes sont d’une telle complexité et d’une telle longueur que l’officiant lui-même en sort épuisé. Le canon compte quelque mille cinq cents textes aux aphorismes souvent hermétiques. Faire connaître et comprendre ce courant à la fois philosophique et religieux, à la base de la pensée chinoise au même titre que le confucianisme et le bouddhisme, ne va donc pas de soi. Pour relever le défi, le Grand Palais s’est placé sous l’autorité des spécialistes du Musée des arts asiatiques Guimet. L’institution prête la moitié des 240 objets précieux exposés, les autres venant de grands musées étrangers et notamment celui de Taïwan.

La scénographie est découpée en sept espaces thématiques. Passé un sas introductif où une carte signale les cinq montagnes sacrées qui formaient jadis les bornes du monde connu, voici donc sept clefs. Précisons tout de suite que vouloir tout digérer d’un système d’harmonisation de l’homme dans l’univers, à mille lieues de notre culture monothéiste, peut vite s’avérer fastidieux. Picorer dans les contes et légendes, s’étonner de telle ramification ésotérique, s’arrêter au gré de notre curiosité devant un de ces innombrables dieux d’un panthéon toujours en extension, contempler les vives et riches couleurs, les lignes claires et le travail mis dans un vase, un brûle-parfum une peinture ou une broderie, c’est faire preuve de sagesse. Chose à laquelle, précisément, le taoïsme nous invite.

81, nombre magique

On pénètre d’abord dans un espace bleu étoilé l2.gifqui nous plonge dans une belle cosmogénèse à laquelle chaque destin serait lié. Puis l’histoire et les représentions de Lao Tseu, le fondateur, sont évoquées. Au départ, vers le Ve siècle av. J.-C., c’est un humble vieillard cheminant sur un buffle bleu puis, assez rapidement, il prend la forme d’une divinité messianique puissante, assise sur un trône aux accoudoirs à tête de lion et tenant à la main le chasse-mouches du dignitaire. On l’a enfin reconnu dans 81 incarnations, un nombre magique. Les cartels ont également l’honnêteté de préciser qu’on ne sait pas si Lao Tseu a vraiment existé. Un peu comme Homère…

Vient ensuite la présentation des huit principaux immortels qui, dit-on, s’alimentent uniquement du vent et des nuages. Ils sont dotés de pouvoirs extraordinaires et ont le devoir de faire le bien sous peine de revenir à leur condition première de mortels. Suivent les symboles de la longue vie, la qualité première recherchée par les taoïstes, à travers une sélection de porcelaines, de jades, de calcédoine ou de stéatites de toute beauté. Crapaud à trois pattes, phénix assis tenant une branche de pêcher, champignon, coupe libatoire… Un autre espace décline l’assemblée foisonnante des dieux et de leurs fonctionnaires. Certains sont très expressifs comme Shouxing, symbole de la longévité, vieillard court sur pattes et hydrocéphale. On en remarque des calmes comme l’éternité, et d’autres agités et cruels comme le temps. L’avant-dernière section est consacrée à la méditation, la pharmacopée et la gymnastique taoïste, essentiellement centrée sur la respiration et l’ascèse du mouvement. Les rites et la liturgie, toujours très colorée, concluent le parcours.

Jaune moutarde, vert céladon, papiers d’arabesques symbolisant l’énergie : par ses ruptures, le décor crée une atmosphère stimulant la découverte, sans jamais tomber dans le kitsch. De même les salles, plus ou moins pleines et plus ou moins vastes, créent une respiration qui déjoue la lassitude. Autre bonne idée de Jean-Jacques Bravo et Sophie Roulet (agence Mostra) : les textes didactiques sont diffusés en vidéoprojection, ce qui n’encombre pas les cimaises.

A partir de mercredi jusqu’au 5 juillet au Grand Palais. Cat. RMN 360 p., 45 €. Le Taoïsme, d’Ester Bianchi, Hazan, 336 p., 27 €. Guide découverte Gallimard 128 p., 13 €. DVD d’Yves de Peretti, RMN/Arte, 22 €, diffusé sur Arte le 5 avril à 0h 05.

www.rmn.fr.

Par Eric Bietry-Rivierre

Source: www.lefigaro.fr

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