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Invitation vernissage expo Inde

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La kumbha (coupe, cruche) mela (rassemblement, fête) tire son origine du mythe du barattage de la mer de lait ou océan primordial Kshirsagar, relaté dans les anciens textes (notamment l’Atharva Veda, le Râmâyana, le Mahabarata et les Purana). Ce mythe fait partie du cycle du dieu Vishnu qui a pour mission principale de protéger le cosmos et de le restaurer lors
d’éventuelles destructions.

Il y a bien longtemps Indra, le roi des dieux, fut maudit par le sage Durwas. A cette époque, tous mortels, les dieux perdirent de plus leur vigueur et furent dominés par les démons. Vishnu leur conseilla de baratter la mer de lait afin d’en extraire la liqueur d’immortalié amrita et de retrouver ainsi leur puissance. Pour ce faire, ils devaient cependant s’allier aux démons. Après 1000 ans d’efforts, ils furent récompensés: de la mer de lait surgirent toutes sortes d’entités. Dernier à paraître, le médecin des dieux tenait la coupe emplie du précieux nectar. Pendant douze jours et douze nuits cosmiques égales à douze de nos années, dieux et démons luttèrent pour la posséder. Enfin, les démons furieux et déchaînés s’en emparèrent. Vishnu détourna leur attention en se transformant en la plus belle femme du monde, Mohini, saisit la coupe et l’offrit aux dieux.

Mais dans leur précipitation pour s’en accaparer, ils en renversèrent quatre gouttes qui tombèrent sur Praya (Uttar Pradesh), ville actuelle d’Allahabad, au confluent du Gange, de la Yamuna et de la rivière mythique Sarasvari, Nasik (Maharashtra), Ujain (Madhya Pradesh) et Hardwar (Uttaranchal), situés le long des eaux sacrées de la Godavari, du Sipra et du Gange. C’est pourquoi la fête se déroule dans ces quatre villes, devenues des lieux de pélerinage, et elles attirent à cette occasion une foule considérable convergeant de toutes les régions de l’Inde. Elle est célébrée tous les 12 ans depuis le IIe siècle, à des dates choisies selon une conjonction propice des planètes, censée régénérer le corps et l’esprit des hommes et restaurer l’ordre du monde. Elle suit un cycle propre à chacun de ces lieux.

Les saints hommes sadhus arrivent par milliers les jours précédents, salués sur leur passage par des dévôts innombrables. Cette foule nue ou chamarrée s’installe sur les bords du fleuve parce que le rite commence par une baignade collective dont les fidèles sortiront purifiés des péchés commis durant leurs vies antérieures. En vertu de leur statut, les sadhus se baignent en premier, puis se recouvrent le corps de cendre. Ensuite, c’est le tour des fidèles. Le bain est sacré car il revient à consommer l’amrita. Partout on peut voir les pélerins quérir la bénédiction des sages, effectuer le rituel darshan, source d’énergie spirituelle ou prier. Les plus riches comblent les sadhus de cadeaux et organisent des banquets en leur honneur et pour les pauvres. Les autres font des offrandes plus modestes. Ces saints sont en effet vénérés par tous comme l’émanation des dieux. Leurs journées sont très occupées. Ils prient, méditent, lisent les textes sacrés et en discutent avec d’autres sages. La kumbh est en effet un prétexte aux débats doctrinaires et philosophiques. Cette coutume reviendrait au guru Adi Shankarâchârya qui contribua au renouveau et à la réforme de l’hindouisme mis à mal par le bouddhisme et le jaïnisme (VIIIe s.). Le commun des fidèles peut s’y joindre et questionner les sages.

Le rite se termine par l’offrande du feu arathi supposée brûler les karma et les énergies néfastes. L’eau et le feu sont les éléments purificateurs indissociables de la kumbh mela qui invite les hommes rassemblés à partager le nectar des dieux, leur conférant santé, force et rédemption.

– Catherine Delpuech


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