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Vietnam : Quand les religions s’emmêlent

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«Les Vietnamiens se sentent traditionnellement plus proches de leur grand voisin du nord que des autres peuples d’Asie du Sud-Est, nourrissant à l’occasion un double complexe, d’infériorité par rapport au premier et de supériorité à l’égard des seconds: on ne passe pas impunément mille ans dans le giron chinois, même si mille autres années se cont écoulées depuis…» [[DOVERT Stéphane, TREGLODE Benoît, Viet Nam Contemporain. Paris: les Indes Savantes, 2004, 570p]]


Cette analyse de Hugues Tertrais, spécialiste des conflits et de l’intégration régionale en Asie du Sud-Est, traduit la complexité de l’esprit vietnamien, tiraillé entre diverses influences.

Les Vietnamiens ont pour cela, opté pour une pratique « opportuniste » de la religion: multiplier les cultes pour s’attirer les faveurs de tous les cieux. Il est courant aujourd’hui de rencontrer un Vietnamien bouddhiste se rendre à la messe le dimanche et rendre le culte des ancêtres. A la colonisation des terres, les Vietnamiens opposent le syncrétisme des pensées.

On recense en effet pas moins de sept courants spirituels au Vietnam, qui ensemble ont permis la construction d’une véritable identité vietnamienne. Les colonisateurs, qu’ils soient chinois, français ou japonais, ont contribué malgré eux, à la constitution d’une pensée métissée aujourd’hui typique du peuple vietnamien.


Couverture
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Le Confucianisme:


Vieux de 2000 ans, le Confucianisme est la source des instructions familiales et nationale du pays. Sa morale s’adresse à tous, sans distinction de classe et nie l’existence de l’individualité.

Confucius est né en Chine en 551 av. J.C. et a travaillé au service de l’administration Lou. Pour lui, l’homme était un être ni bon, ni mauvais qui avait la capacité de tendre vers la perfection à force d’étude et d’éducation.

Sens du devoir et piété familiale étaient au centre de l’enseignement qu’il préconisait.



Le Taoïsme:


D’origine chinoise, le Taoïsme est introduit au Vietnam au Ier siècle de notre ère. Il s’agit d’une synthèse des travaux de différents penseurs chinois comme Lao Tseu, Tchouang Tseu et Lie Tseu.

Chez les Taoïstes, tout repose sur la notion du « tao » (« dao » en vietnamien, la « voie ») qui est le principe primordial d’ordre. Il existe trois ordres: le surnaturel ou céleste, le terrestre et l’humain. Le Tao se manifeste en deux aspects antagonistes mais complémentaires que sont le « yin » et le « yang ».

Simplicité, humilité et équilibre du pour et du contre sont la clef de la sagesse.



Le Bouddhisme:


Le Bouddhisme est introduit au Vietnam vers le IIème siècle de notre ère, par les Chinois et les moines indiens. C’est le Bouddhisme Mahayana (dit « du grand véhicule ») qui s’implanta au Vietnam. Contrairement au Bouddhisme Hinayana (« du petit véhicule »), ce courant plus généreux ouvre la voie au plus grand nombre d’hommes qui veulent la délivrance.

Trouver le salut, sortir du cycle des réincarnations déterminé par son karma, éteindre douleur et désir pour atteindre le nirvana sont les buts recherchés par les Bouddhistes. Parce que la voie du juste milieu mène au nirvana, il faut respecter les préceptes de compréhension, de compassion et de maîtrise de soi.

Chez les Vietnamiens, la pratique du Bouddhisme n’est pas incompatible avec d’autres cultes, notamment celui des ancêtres.



Le Christianisme:


L’Eglise chrétienne arrive au Vietnam vers le XVIème siècle, avec des missionnaires dominicains portugais. Prenant leur suite, les jésuites sont très présents au Vietnam au XVIIème siècle. Le père Alexandre de Rhodes évangélise peu à peu la Cochinchine à partir de 1625. Il met au point un système de romanisation de la langue: le Quoc Ngu, aujourd’hui le Vietnamien moderne.

Le Catholicisme se répand dans tout le pays au XVIIIème siècle. Nombre de missionnaires furent l’objet de persécutions, notamment sous les règnes de Minh Mang (1820-1841), Thieu Tri (1841-1847) et Tu Duc (1847-1884).

Le Christianisme était perçu comme un grave danger car il menaçait l’équilibre religieux du pays. Le religieux étant étroitement lié au politique à cause du principe confucianiste de piété filiale (l’empereur était considéré comme le « père » de tous les sujets vietnamiens), le pouvoir de l’empereur était donc fortement mis à mal par l’autorité unique d’un Dieu-père.

Aujourd’hui, l’Eglise catholique se maintient malgré la pression exercée par l’actuel régime, et compte près de quatre millions de fidèles et 42 congrégations et ordres religieux.



Le Caodaïsme:


Officiellement, le Caodaïsme est déclaré à Saigon en 1926 après que Ngo Van Chiêu soit entré en communication avec un esprit nommé « Cao Dai ».

Pour les Caodaïstes, toutes les religions sont issues d’une même source, d’un seul même dieu. Les fidèles honorent aussi bien Jésus-Christ que Mahomet ou Churchill. Cependant, le Caodaïsme emprunte principalement les préceptes du Bouddhisme. Il croit en la transmigration des âmes et à la loi de rétribution des actions humaines durant la vie terrestre. Il adopte en outre, les cinq interdictions du Bouddhisme.

Le culte consiste essentiellement en prières, offrandes et rituels.



Le Hoa Hao:


Cette religion est apparue en 1937, et prit le nom d’un village du Sud où naquit son fondateur Hyunh Phu So, en 1919. Il étudia avec un bonze à la pagode Tra Son avant de retourner chez lui après la mort de son maître. Il reçut l’illumination très peu de temps après.

Pagode An Hoa Tu, village de Hoa Hao, province de An Giang
Pagode An Hoa Tu, village de Hoa Hao, province de An Giang


Le Hoa Hao fusionne le Bouddhisme, le Taoïsme, le Confucianisme et le culte des ancêtres mais exclut le Christianisme à la différence du Caodaïsme. Il s’inspire essentiellement du Bouddhisme et prône la simplicité et la pauvreté.

Hyunh Phu So est assassiné en 1947, par les communistes contre qui il était en lutte.

Aujourd’hui, le Hoa Hao compte près d’un million d’adeptes.



Le Culte des ancêtres:


Le culte des ancêtres est commun à un grand nombre de pays asiatiques. Au Vietnam, il est particulièrement important.

Ses origines sont incertaines mais on sait qu’il se pratiquait déjà au Vème siècle ou au VIème siècle.

Les différents rituels qui structurent ce culte visent à conserver l’esprit du défunt dans la famille, en l’incarnant sur l’autel des ancêtres afin de lui rendre un culte. Ces derniers doivent être mis au courant de tous les événements importants qui ponctuent la vie du foyer. L’anniversaire de décès du défunt est célébré sans faute, chaque année, et de façon plus intense les deux premières.

Le culte des ancêtres témoigne de l’importance qu’accordent les Vietnamiens à la piété filiale, déjà enseignée par Confucius.
Sans elle, la culture vietnamienne n’existerait pas.

Ce culte ne s’oppose en rien aux autres religions et il est fréquent que les familles bouddhistes ou catholiques rendent cet hommage.

Actuellement, il est encore très largement répandu au Vietnam.


Cette vision particulière de la religion qu’a façonné une histoire jalonnée d’occupations diverses invite à une réflexion sur le regard que portent les Vietnamiens sur l’étranger. Il semblerait que la foi vietnamienne ne soit pas intangible mais flexible pour le bien de tous, à l’image du Caodaïsme qui accepte toutes les religions du monde comme une seule.

Prendre le meilleur de la différence, voilà un bel exemple à méditer.


Hélène LE, pour www.buddhachannel.tv

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