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Ogyen Trinley Dorje: le prochain Dalaï Lama?

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OGYEN TRINLEY DORJE : LE PROCHAIN DALAÏ LAMA ? [[Traduit de l’Anglais par Hélène LE, pour www.buddhachannel.tv ]]


29.05.2008

On avait soufflé à son arrivé qu’il était brillant mais austère. « Il n’est pas enjoué comme le Dalai Lama », prévient un fidèle américain. « Il est un peu rigide ».

Mais le jeune homme de 22 ans, au visage enfantin qui pourrait bien être le prochain grand espoir du Tibet, semblait parfaitement détendu dans sa chambre de l’hôtel new-yorkais Waldorf Towers, pas le plus désagréable pour son premier vol intercontinental. Tombé sur un reporter équipé d’un ordinateur portable, Ogyen Trinley Dorje s’enquiert passionnément de l’appareil ; tout comme son mentor, il est apparemment un fan de Mac. Quand on lui demande s’il est parvenu à dormir à bord de l’avion, il répond : « J’ai dormi, mais pas bien. Beaucoup de… » Sa robe bordeaux flottant, la 17ème réincarnation à la tête de la secte Kagyu du Bouddhisme tibétain mime avec enthousiasme, un vol transocéanique cahoteux.

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Le 17ème Karmapa Ogyen Trinley Dorje.

Emmanuel Dunand / AFP / Getty

Il semble bien que Dorje soit capable de faire la lumière sur certains troubles. En tant que Karmapa, la troisième plus importante figure du Bouddhisme tibétain, il a porté le poids immense des attentes de son peuple, surnaturel et temporel, depuis qu’il a été reconnu à l’âge de 7 ans par un groupe de recherche religieux. La délégation suivait les directives d’une « lettre de prédiction » laissée dans un médaillon, par le précédent Karmapa à sa mort en 1981 ; celle-ci révélait l’année de naissance de Dorje, les noms de ses parents (Dondrub et Loga) ainsi qu’un lieu. Selon les fidèles de la branche Kagyu du Bouddhisme, l’enfant aurait persuadé ses parents nomades de lever le camp en avance, afin de se trouver au bon endroit lorsque les chercheurs sont arrivés. En quelques mois, il est installé dans le Monastère Tsurphu du Karmapa, comme bodhisattva presque divin – ou être illuminé – et, par extension, comme acteur dans le monde périlleux de la politique sino-tibétaine.

Le danger qui incombe à cette charge trouve sa confirmation en 1995, lorsque le gouvernement chinois remplace la deuxième figure importante, le Panchen Lama, par son propre élu. La majorité des Tibétains rejette le choix de Pékin, et beaucoup craignent que le Karmapa puisse subir le même sort. Mais en 1999, le garçon alors âgé de 14 ans, déguisé, s’échappe par une fenêtre du monastère et se rend à pieds, à cheval et en hélicoptère jusqu’en Inde, devenant le héros adolescent en formation, de la diaspora tibétaine. Le gouvernement indien anxieux l’interdit de voyage à l’étranger pendant 8 ans.

Pendant ce temps, le Dalai Lama s’occupe personnellement de préparer le garçon à son rôle de dirigeant, bien loin de la lignée Kagyu des Karmapa. Bien qu’ encore actif à 72 ans, le moine âgé sait qu’après sa mort, il pourrait bien s’écouler des années avant que sa réincarnation soit identifiée, puis guidée vers l’âge adulte. Jusque là, le manteau du dirigeant pourrait bien revenir au Karmapa.

On entrevoit un quelque chose du Dalai Lama dans son élève. Le Karmapa est un jeune homme robuste, équipé de lunettes rondes suspendues à sa tête rasée, et de bottes semi montantes marrons et arrondies s’esquissant hors de sa robe. Il est souriant en réalité, et plaisante même, en décrivant de manière espiègle le processus saccadé du trafic new-yorkais : stop-reprise-stop. Il se révèle être d’une rare combinaison : une oreille attentive s’exprimant avec une assurance presque complète, même sur des sujets controversés. Avant sa visite, son escorte américaine souligne que la lignée Kagyu est historiquement apolitique, mais en personne il est moins circonspect, confiant au Times : « Pour ce qui me concerne, la situation au Tibet, en particulier la situation politique, a atteint un niveau d’urgence ». En tant qu’élève du Dalai Lama, Dorje a le sentiment qu’il doit « continuer à soutenir [le rôle politique de son mentor] autant que je le pourrai dans le futur ».

Les USA sont naturellement sa première destination ; son prédécesseur, le 16ème Karmapa, aimait ce pays et est mort dans un hôpital en dehors de Chicago. Mais Dorje semble intéressé par une connexion politique. Dans une vidéo faite avant son voyage, il décrit ses objectifs religieux mais exprime aussi l’espoir qu’ « en se liant avec un pays aussi puissant que les États-Unis… ma propre capacité à apporter la paix dans le monde… sera décuplée ». Il confie vouloir passer deux mois par an aux USA.

Ses projets religieux sont également ambitieux. Il veut être un “dirigeant religieux du 21ème siècle”, allant plus loin que ceux de sa foi. « Mon travail ne sera pas seulement mené parmi les autres Bouddhistes », expliquent-il, « mais pour aider tout le monde ». Il expose cette accessibilité lors d’un enseignement donné dans une maison bondée en la salle de bal Hammerstein à Manhattan le 17 mai. Le discours est riche de métaphores simples à saisir : Si le monde et ses soucis pèsent 100kg, a-t-il dit, l’esprit peut être un miroir reflétant son poids sans le porter. Son public, occidental et tibétain, est sous le charme. Kunchok Dolma, 25 ans, étudiant issu d’une famille tibétaine de New York s’exclame : « Je ressens une sorte de bonheur transcendant ».

Quelques sympathisants ont des réservations. Robert Thurman, expert du Bouddhisme tibétain et ami de longue date du Dalai Lama, explique que Dorje pourrait en effet devenir la prochaine « figure » de son peuple. Mais il prévient des conséquences néfastes que pourrait engendrer une pression sur le jeune moine pour qu’il voyage à l’excès et enseigne beaucoup trop tôt. « Il a besoin d’une période de pratique et d’études avant de manifester toute sa force », analyse M. Thurman. « Lorsque j’ai rencontré le Dalaï Lama alors qu’il n’avait que 28 ans, il n’avait pas le niveau de pouvoir charismatique qu’on lui connaît maintenant ». Certains de ses partisans s’inquiètent aussi, de ce que l’attrait du voyage puisse détourner Dorje de son peuple en Chine et en Inde. Mais comme il l’a démontré au cours de son premier voyage aux USA, le jeune moine sait où il veut aller. Et il est préparé à quelques turbulences le long de cette route.


Par David Van Biema

Source : www.Time.com

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