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Le Parti communiste chinois renforce sa réglementation sur les « pratiques superstitieuses »

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Fin décembre, le secrétaire du Parti communiste de la ville de Wuzhong, dans le Ningxia (centre), a été démis de ses fonctions et exclu du Parti. Son tort : une ferveur un peu trop appuyée pour le fengshui et les croyances traditionnelles chinoises. D’après la presse chinoise, il avait envisagé d’étendre sa ville sur l’autre rive du Fleuve jaune, dans le but annoncé de lui apporter bonne fortune selon les règles du fengshui, la géomancie chinoise qui régit l’organisation harmonieuse de l’espace.

Depuis le début de cette année 2016, les membres du Parti sont soumis à des règles plus strictes concernant les « superstitions féodales », a indiqué l’agence de presse d’Etat Chine nouvelle. Ces mesures s’inscrivent dans le cadre de la reprise en main généralisée du Parti orchestrée par Xi Jinping, reprise en main menée à la faveur d’une vaste campagne anti-corruption, notent les observateurs.

Bai Xueshan, secrétaire du Parti de Wuzhong, est accusé d’avoir « violé la discipline politique » et d’être un membre « peu engagé » du Parti, d’avoir refusé de coopérer lors d’inspections, mais, surtout, d’avoir « mené des activités superstitieuses pendant une longue période ».

C’est la première fois que la Commission centrale pour l’inspection de la discipline du Parti, en charge de la campagne anticorruption lancée par Xi Jinping peu après son arrivée au pouvoir, mentionne les « activités superstitieuses » comme principal chef d’accusation d’un haut responsable. La commission précise que ces activités pourraient avoir coûté des sommes importantes d’argent public. Bai Xueshan aurait fait détruire et reconstruire à plusieurs reprises des bâtiments parce qu’ils « obstruaient le fengshui ».

Depuis toujours, l’adhésion aux croyances populaires chinoises est vue comme une infidélité au Parti, dont la doctrine repose officiellement sur le « marxisme scientifique ». Selon la nouvelle règlementation, les membres du Parti qui pratiquent des « activités superstitieuses » seront avertis, tandis que ceux qui organisent de telles activités risquent l’exclusion, explique l’agence Chine nouvelle.

Un langage plus ferme que dans la dernière mouture des règles du Parti, en 2003, qui rangeait la « superstition » parmi les pratiques qui « dérangent la productivité, le travail, et l’ordre social ». Les « superstitions féodales » entrent désormais dans la catégorie des violations de la discipline du Parti.

« Pour un fonctionnaire, ne plus croire au marxisme-léninisme mais au fengshui reflète son manque de foi et ses problèmes de valeurs », estime Zhuang Deshui, vice-directeur du Centre de recherche sur l’intégrité gouvernementale à l’Université de Pékin, cité par l’agence Chine nouvelle.

Le fengshui est cet ensemble de règles qui régissent l’organisation harmonieuse de l’intérieur d’une maison, ou par extension d’une ville, selon la circulation du vent (feng), et de l’eau (shui). C’est une des croyance traditionnelles fondée sur le Qi, le souffle ou énergie, au cœur d’un ensemble de pratiques plus ou moins superstitieuses, allant des oracles au fengshui, et par extension à la médecine chinoise.

Ces croyances sont pourtant liées au taoïsme, une des cinq religions officiellement reconnues en Chine. L’opposition entre religions et superstitions a donc varié dans l’histoire récente de la Chine. Après l’arrivée des communistes au pouvoir, la mise en place de structures officielles encadrant strictement les cinq religions reconnues (à savoir l’islam, le bouddhisme, le taoïsme, le protestantisme et le catholicisme) a amené les autorités à rejeter tout ce qui n’entrait pas précisément dans ce cadre au rang de « superstitions féodales », ou carrément de sectes combattues avec fermeté.

Pendant la période de la Révolution culturelle (1966-1976), toutes les croyances, quelles qu’elles soient, furent dénoncées et combattues. Après la mort de Mao Zedong en 1976 et l’ouverture politique et économique menée par Deng Xiaoping, les religions reconnues ont pu reprendre leurs activités, bien que sous un strict contrôle des institutions d’Etat. Mais les membres du Parti et les fonctionnaires ont toujours officiellement continué à être interdits de toute pratique religieuse, même si beaucoup, dans leur vie privée, ont noué ou renoué avec la religion.

La lutte contre les superstitions, pour les membres du Parti ou pour la population, revient donc régulièrement dans la bouche de hauts responsables, soucieux de voir s’effriter l’adhésion de la société chinoise aux valeurs du communisme. En 2013, Wang Zuo’an, président de l’Administration d’Etat pour les Affaires religieuses, avait regretté publiquement le retour en force des croyances et pratiques superstitieuses. Un phénomène qu’il attribuait à un besoin d’être rassuré dans un pays évoluant rapidement, et face à un monde de plus en plus complexe.

« Pour un parti qui suit le marxisme, nous devons aider les gens à établir une vision du monde correcte, et à faire face à la naissance, au vieillissement et à la mort, aussi bien qu’à la chance ou à la malchance en popularisant la connaissance scientifique », avait-il développé. Il reconnaissait pourtant que la tâche était ardue : « La religion est présente depuis très longtemps. Si nous poussons trop pour obtenir des résultats rapides en cherchant à « libérer » immédiatement les gens de l’influence de la religion, cela aura l’effet inverse et poussera les gens dans la direction opposée. »

D’autres membres éminents du Parti frappés par la campagne anti-corruption ont été accusés de « superstitions », parmi des crimes plus graves. Cela a été le cas de Zhou Yongkang, l’ancien ministre de la Sécurité publique et membre du Comité permanent du Bureau politique, purgé l’année dernière. Lors de son procès, un voyant et maître de qigong, pratique méditative, qu’il consultait régulièrement, avait témoigné de ses « pratiques superstitieuses ».

Source: Eglises d’Asie

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