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« SAINTE NUIT » EN CHINE – « Silent Night » in China



ChinaChristmas.jpgJoy to the World : China manufactures most Christmas merchandise, and the Chinese have adopted the celebration, complete with decorated trees, storefront Santas and carolers.
Joie sur le Monde : la Chine fabrique la plupart des produits de Noël, et les Chinois ont adopté la fête, avec ses sapins décorée, ses pères Noël de vitrines et ses petits chanteurs.

NEW YORK – During December, visitors to China might think they were entering a Christian country – giant Christmas trees twinkle in subtropical Guangzhou, artificial snowflakes fall on street revelers in Nanjing to the sound of “I’m Dreaming of a White Christmas” and Santa Clauses smile from storefronts on every commercial thoroughfare of every major city.
NEW YORK – En décembre, les touristes en Chine pourraient penser qu’ils entrent en terre chrétienne – des arbres de Noël gigantesques scintillant en Guangzhou subtropical, des tombées de neige artificielle sur les fêtards des rues de Nanjing, sur l’air de « I’m Dreaming of a White Christmas » et sous le sourire des Pères Noël dans les vitrines de chaque artère commerciale, dans toutes les grandes villes.

Globalization has brought all the forces of Christmas to bear on China: The country manufactures the bulk of the world’s Christmas paraphernalia, Chinese are encouraged to shop ’til they drop to help the local economy, there are those who make merry and their critics who decry holiday commercialization. China’s Christian community is steadily growing, almost as impressively as its economy, but public celebrations of the birth of Christ, like those in the western world, are more about conspicuous consumption than about religion.
La mondialisation a importé toutes les forces de Noël en Chine : le pays fabrique la plus grande partie de l’attirail de Noël dans le monde, les Chinois sont encouragés à acheter jusqu’à leur perte, dans le but d’aider l’économie locale, il y a ceux qui s’amusent et les critiques qui dénoncent la commercialisation de la fête. La communauté chrétienne de Chine grandit continuellement, de manière presque aussi impressionnante que son économie, mais les célébrations publiques de la naissance du Christ, comme celles en Occident, se font plus au travers d’une consommation ostensible, plutôt que sous une forme religieuse.

Retailers in the West rely on the holiday for profits, extending the Christmas shopping season well before Thanksgiving in the US and before Halloween in Canada and the United Kingdom. Some department stores begin the “Christmas creep” in August, and some boutiques feature Christmas themes year-round.
Les distributeurs en Occident comptent sur la fête pour faire des bénéfices, prolongeant la saison d’achat de Noël jusqu’à bien après Thanksgiving aux USA, et avant Halloween au Canada et au Royaume Uni. Quelques centres commerciaux commencent « le ratissement de Noël » en Août, et certaines boutiques présentent des thèmes de Noël durant l’année.

For Christmas shoppers of all seasons, China has the perfect answer. About 80 percent of the world’s Christmas toys and decorations – Santas, tinsel, mistletoe, artificial trees of every shape and hue – are produced by factory workers in three coastal provinces and exported through Yiwu City’s year-round International Commodities Fair in central Zhejiang. Once a sleepy town 300 kilometers southwest of Shanghai, Yiwu annually exports more than US $1 billion worth of the stuff Christmas dreams are made of.
La Chine a une réponse parfaite pour les acheteurs de Noël de toutes les saisons. Environ 80 pour cent des jouets et décorations de Noël dans le monde – Pères Noël, guirlandes, gui, sapins artificiels de toutes tailles et de toutes teintes – sont produits par les employés de trois provinces côtières et exportés via l’International Commodities Fair de la ville de Yiwu, dans le Zhejiang central. Jadis ville endormie, à 300 kilomètres au Sud Ouest de Shanghai, aujourd’hui Yiwu exporte annuellement plus d’1 billion de dollars US, qui représente le prix du rêve de Noël.

Migrant workers who make the stuff don’t see Christmas as much beyond a job producing trinkets for the rest of the world. Local businessmen are often perplexed by the tastes of their foreign customers. “They like white trees,” muses one Christmas tree manufacturer, “which is a funeral color around here and doesn’t seem appropriate in this happy season.” But they try to learn quickly because, with competition from other low-wage countries, China’s Christmas exports have been declining since 2003. Another drop is expected this year because of increasing product-quality concerns. Fortunately for Yiwu, domestic demand is picking up.
Les employés migrants qui fabriquent ces choses, ne voient pas Noël autrement que comme un travail produisant des babioles pour le reste du monde. Les hommes d’affaires locaux sont souvent perplexes quant aux goûts de leurs clients étrangers. « Ils aiment les arbres blancs », songe un fabricant de sapins de Noël, « qui est une couleur funèbre par ici, ce qui n’est pas approprié en cette saison joyeuse ». Mais ils assimilent vite car, avec la compétition venant des autres pays aux salaires bas, les exportations de Noël en provenance de la Chine ralentissent depuis 2003. Une nouvelle baisse est attendue cette année à cause de l’inquiétude montante liée à la qualité des produits. Heureusement pour Yiwu, la demande locale augmente.

Since the liberalization of the 1980s, China has become the primary target for Christian missionaries backed by all manner of Western denominations. Even evangelical preachers Billy Graham and Pat Robertson visited China, intent on spreading their faith in the world’s most populated country.
Dès la libéralisation des années 1980, la Chine est devenue la première cible des missionnaires chrétiens sous couverture de toutes les appellations occidentales. Même les prêcheurs évangélistes Billy Graham et Pat Robertson se sont rendus en Chine, dans l’intention de répandre leur foi au sein du pays le plus peuplé au monde.

The government’s new religious tolerance stems from high-profile western pressure. President George W. Bush attended one of Beijing’s five officially recognized Protestant churches during his 2005 Asia tour to underscore the point. China’s relationship with Rome remains tense because the government refuses to accept Vatican-appointed bishops, and Vatican refuses to recognize bishops ordained by the independent Chinese Catholic Church. But by and large, Christian denominations that follow government registration rules are given relatively free reign denied the so-called “evil cult” Falun Gong.
La nouvelle tolérance religieuse du gouvernement résulte d’une pression occidentale évidente. Le président George W. Bush s’est rendu dans l’une des cinq Eglises protestantes reconnues, lors de sa tournée en Asie en 2005, pour souligner la question. Les relations entre la Chine et Rome demeurent tendues, puisque le gouvernement refuse d’accepter l’évêque désigné par le Vatican. Le Vatican quant à lui, refuse de reconnaître les évêques ordonnés par l’Eglise catholique chinoise indépendante. Mais dans l’ensemble, les dénominations chrétiennes qui suivent les règles d’enregistrement du gouvernement sont données dans le règne du relativement libre, ont nié le prétendu « culte du diable » Falun Gong.

In 1949, China had 2.7 million Roman Catholics and 750,000 Protestants out of the population of 540 million. Today, China has 1.3 billion people, and its Christian community has grown well over the current government figure of 16 million. Protestant groups speculate that the number of Protestant believers alone may exceed 70 million, compared with the Catholics’ 13 million. The numbers vary widely because many recently converted evangelical Chinese belong to unregistered churches.
En 1949, la Chine comptait 2,7 millions de Catholiques romains et 750 000 Protestants, sur une population totale de 540 millions. Aujourd’hui, la Chine a 1,3 billion d’habitants, et sa communauté chrétienne compte aujourd’hui, si on en croit les chiffres de l’actuel gouvernement, 16 millions de personnes. Les groupes de Protestants supposent que le nombre de croyants protestants seul, excèderait 70 millions, en comparaison des 13 millions de Catholiques. Les nombres varient de façon importante car beaucoup de Chinois évangélistes convertis appartiennent à des églises non répertoriées.

Regardless, the “Christian world view” at Christmastime is swallowed by the Jingle Bells culture in China as much as it is in the West. Christmas commercials flood China’s internet, newspapers, television and radio programs. And, though Christmas is not an official holiday, intellectuals and young hip urbanites have discovered it as an occasion to make merry. They jam the nation’s telecommunications networks with hundreds of millions of cell-phone text messages and emails as they exchange Christmas greetings and make arrangements to meet friends for what has already become a traditional Christmas Eve revel.
Quoi qu’il en soit, la “Vision chrétienne mondiale” durant Noël est engloutie par la culture du Jingle Bells en Chine, autant qu’elle l’est en Occident. Les publicités de Noël inondent l’Internet, les journaux, la télévision et les programmes radio chinois. Et, même si Noël n’est pas une fête officielle, les intellectuels et jeunes citadins hip ont découvert une occasion de s’amuser. Ces derniers bloquent le réseau de télécommunications de la nation, à grands renforts de centaines de millions de textos et d’e-mails, échangeant des vœux de Noël et organisant des réunions entre amis, pour ce qui est déjà devenu une fête traditionnelle du réveillon de Noël.

A typical celebration starts with a sumptuous Christmas buffet, followed by a raffle and dancing into the wee hours. Hotels in Shanghai and Beijing offer free sparkling wine and throw in fashion shows, masquerades or even Miss Christmas contests to draw crowds. In Guiyang, the capital of China’s poorest province, the drink that flows freely is the fiery local “erguotou,” and the main attraction is the Midnight Mass at the only Catholic Church. Revelers hang out on the church steps, peeking at what goes on inside, getting drunk and then taking off for the city center, caroling and cavorting with friends. Last year’s Christmas Eve in Guangzhou “was more like a mix of Mardi Gras, New Year’s Eve and Halloween,” observed a frustrated American stuck in the jam-packed downtown. “It was a little disconcerting seeing people wearing halos and devil’s horns and waving glow sticks with the sound of ‘O Come All Ye Faithful’ in the background.”
Une célébration typique débute avec un somptueux buffet de Noël, suivi d’une tombola et de danses jusqu’au petit matin. Les hôtels à Shanghai et Beijing offrent gratuitement du vin rutilant et se lancent dans des défilés de mode, des bals masqués ou même des concours de Miss Christmas afin d’attirer les foules. A Guiyang, la capitale de la plus pauvre des provinces chinoises, la boisson coulant gratuitement à flots est le fougueux « erguotou » local, et la principale attraction est la Messe de Minuit dans l’unique église catholique. Les fêtards se retrouvent sur les marches de l’église, jetant un regard à ce qu’il se passe à l’intérieur, se saoulent puis s’en vont vers le centre-ville, en chantant et cavalant avec les amis. L’année dernière, le réveillon de Noël à Guangzhou « ressemblait plus à un mélange de Mardi Gras, de réveillon de la Nouvelle Année et d’Halloween », observe un Américain frustré, coincé dans les embouteillages du centre-ville. « C’était quelque peu déconcertant de voir les gens porter des auréoles et des cornes de diable, remuant des bâtons fluorescents sur la chanson « O Come All Ye Faithful ».

Most gleeful hipsters who celebrate the holiday in China have only a vague idea about the holiday’s religious meaning. Random canvassing by one television show last year revealed that many Beijing residents think of it as the Santa Claus Day. Most Chinese simply enjoy Christmas, with its mutual gift giving and universal message of peace, as a novelty.
La plupart des hippies joyeux qui célèbrent la fête en Chine, n’ont qu’une vague idée du sens religieux qu’elle implique. Un sondage aléatoire réalisé l’année dernière par une émission de télévision, a révélé que beaucoup de résidants de Beijing la considèrent comme le Jour du Père Noël. La plupart des Chinois profitent simplement de Noël, de ses échanges de cadeaux et du message universel de paix, comme d’une nouveauté.

By comparison, the Chinese New Year’s emphasis on family reunions requiring ritualistic displays of respect for the elders seems old-fashioned and dull. For young Chinese, Christmas is a holiday without traditional constraints, open to their own spin. “We don’t really care what Christmas means in other places,” a Beijing performing artist confided during celebrations last year. “We love Christmas because it gives us an opportunity to keep in touch with friends and relax a little.”
En comparaison, l’accent mis sur les réunions de familles durant le Nouvel An chinois, requerrant une démonstration rituelle de respect envers les plus âgés, semble dépassé et ennuyeux. Pour les jeunes Chinois, Noël est une fête sans contraintes traditionnelles, ouverte à leur propre inventivité. « Nous ne nous soucions pas vraiment de ce que signifie Noël ailleurs », confie un artiste qui s’est produit lors des célébrations de l’an passé. « Nous adorons Noël parce qu’elle nous donne l’opportunité de rester en contact avec nos amis et de nous relaxer un petit peu ».

The enthusiasm with which China has embraced Christmas led a group of PhD students from China’s top universities to post a petition on the internet last year, demanding boycott of this foreign import – a symbol of Western culture’s “soft power” – which could lead their fellow citizens to see “things Chinese as inferior, everything Western as excellent.”
L’enthousiasme avec lequel la Chine a adopté Noël a conduit un groupe de doctorants des meilleures universités de Chine, à publier une pétition sur Internet l’année dernière, demandant le boycott de cette importation étrangère – symbole du « pouvoir mou » de la culture occidentale – qui pourrait conduire leurs compatriotes à considérer « ce qui est chinois, comme inférieur, et tout ce qui est occidental comme excellent ».

The students’ call for restoration of traditional beliefs of Buddhism, Daoism and Confucianism could have easily been mistaken for an attack on encroaching Christian values. But it was really an assault on wasteful customs of sending Christmas cards, decorating homes and buying gifts – in line with ongoing criticism of the prevailing materialism of Christmas celebrations in the West. With their petition posted just before Christmas 2006, blaming the Chinese government for singular interest in economic growth at the expense of tradition, China’s idealists joined the international war on materialism and secularism of Christmas celebrations.
L’appel des étudiants à la restauration des croyances traditionnelles du Bouddhisme, du Taoïsme et du Confucianisme a pu facilement être considérée comme une atteinte aux valeurs chrétiennes. Mais en réalité, il s’agissait de l’attaque d’un usage gaspilleur fait d’envois de cartes de Noël, de décorations des maisons et d’achats de cadeaux – parallèle à la critique courante du matérialisme dominant des célébrations de Noël en Occident. Avec leur pétition publiée juste avant Noël 2006, blâmant le gouvernement chinois pour son intérêt singulier pour la croissance de l’économie aux dépends de la tradition, les idéalistes de Chine ont rejoint la guerre internationale au matérialisme et au sécularisme des célébrations de Noël.

Last year, in response to criticism spurred by the petition, the Chinese government ordered that newscasts include no Christmas content. Still, the Grinch could not squash enthusiasm for the holiday. Reporters resorted to substituting the word “Silent Night,” and conspicuous consumption soared. Tyra Guo, an editor at Netease, called China during the Christmas season “a retailer’s paradise.”
L’année dernière, en réponse à la critique attisée par la pétition, le gouvernement chinois a ordonné qu’aucun contenu de Noël ne soit diffusé aux informations. Mais le Grinch ne pourrait pas écraser l’enthousiasme pour la fête. Les reporters ont substitué le terme à « Sainte Nuit », et la consommation ostensible a explosé. Tyra Guo, rédactrice à Netease, a qualifié cette Chine en période de Noël de « paradis des distributeurs ».

This year too, because of slumping exports, China’s Communist Party will refrain from discouraging public celebrations as a way to increase domestic spending and keep China’s economy engine well oiled. After all, it is giddy consumerism that has made China the global powerhouse that it is and will propel it into the year of the Beijing Olympics as the envy of the world.
Cette année encore, à cause de l’effondrement des exportations, le parti communiste chinois s’abstiendra de décourager les célébrations publiques, afin d’augmenter la dépense domestique grimpante et de maintenir l’engin économique de la chine, bien huilé. Après tout, c’est le consumérisme étourdissant qui a fait de la Chine la puissance mondiale qu’elle est, et qui la propulsera pour l’année des Jeux Olympiques, au rang des jalousés du monde.

Par Peter Kwong & Dušanka Miščević

Peter Kwong is a professor in the Asian American Studies Program of Hunter College and professor of sociology with the City University of New York. Dušanka Miščević is a writer and historian of China. The two are co-authors of “Chinese America: The Untold Story of America’s Oldest New Community,” published by the New Press in 2006.
Peter Kwong est professeur à l’Asian American Studies Program de l’Université Hunter et professeur de sociologie avec la City University de New York. Dušanka Miščević est écrivain et historien de la Chine. Tout deux sont co-auteurs de « Chinese America : The Untold Story of America’s Oldest New Community », publié par New Press en 2006.

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