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Petites histoires et autres contes : L’homme pressé d’apprendre

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Il était une fois au Japon, mais il y a très longtemps ; le fils d’un célèbre maître d’armes qui désespérait son père. Il jugeait son garçon incapable de recevoir son art : alors il le chassa.

Ce garçon, très fier d’être le fils de son père, ne comprenait pas que son orgueil avait construit une palissade entre son espérance et la réalité de son ignorance.

Il marcha longtemps jusqu’à ce qu’il entendit parler des exploits d’un grand maître invincible.

‒ Voila l’homme qu’il me faut, une belle bourse d’or le décidera de me prendre pour élève.

Tout joyeux, il gravit la montagne où était la maison de ce maître.
Le regardant arriver, le maître vit immédiatement que la suffisance de ce garçon était un obstacle pour qu’il puisse lui enseigner son art.

‒ Pourquoi as-tu marché de si loin pour venir ici ?

‒ Je voudrais recevoir vos enseignements, je vous les paye grassement.

Et il étala le contenu de sa bourse, pensant déjà que l’affaire était conclue.

‒ Tu le voudrais certainement, mais tu en es incapable.

‒ Mais je suis près à rester avec vous tout le temps qu’il faudra jusqu’à devenir un maître : votre égal.

‒ Ta vie entière n’y suffirait pas.

‒ Ah ! Mais alors, sans être votre égal, combien de temps pour savoir bien manier ce sabre ? J’accepte même de devenir votre humble serviteur.

‒ Dans ces conditions, peut-être qu’une dizaine d’années te suffiraient.

‒ Dix ans c’est trop long, et mon père vieillissant aura besoin de moi avant ce terme.

‒ Ah oui ! Trente années n’y suffiront pas.

‒ Mais, expliquez-vous, d’abord vous me dites dix ans et maintenant trente ans ?

‒ Je pense que soixante dix années c’est ce qu’il te faudra. Un homme aussi pressé que toi n’apprend que très lentement. Je n’ai pas de temps pour ânonner : trouves-toi un autre maître.

‒ J’accepte toutes vos conditions, je reste avec vous.

‒ Je te garde à une seule condition : inutile de me demander de t’enseigner quoique ce soit. A la première question, tu fais tes bagages et tu quittes ma maison.

Et trois années passèrent. Le garçon était aux cuisines, il faisait la vaisselle, le ménage, il balayait la cour sans prononcer un seul mot. Certain jour, une tristesse embuait ses yeux. Considérant son sort il se demandait si un jour il pourrait enfin toucher une épée.

Un matin, alors que consciencieusement il lavait des assiettes, le maître surgit armé d’un sabre de bois : il le frappa fort. Et le lendemain, alors qu’il surveillait la cuisson du riz, il reçu le même coup. Et depuis lors, pas un jour de répit ; nuit et jour le maître d’arme surgissait toujours à l’improviste et le frappait. Il ne dormait plus que d’un œil, toujours sur le qui-vive pour esquiver le coup qui arrivait.

Bien plus rapidement qu’il ne le pensait, son esquive devançait même son intention. Il ne vit même pas qu’il apprenait cet art qu’il avait tant désiré. Sans même s’en apercevoir, il su le maitriser et devenir ce maitre qui honorait son père.

Petite morale : ce n’est pas la valeur qui n’attend pas le nombre des années ; c’est la patience attentive qu’il est urgent d’acquérir.




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