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La leçon de vie du dalaï-lama

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De bon matin, encadré par des moines et un garde du corps, le dalaï-lama arrive dans l’un des deux monastères où il dispense ses leçons de bouddhisme. A ses côtés (à g.), le Ganden Tripa, le chef de l’école des Bonnets jaunes fondée au XIVe siècle.
De bon matin, encadré par des moines et un garde du corps, le dalaï-lama arrive dans l’un des deux monastères où il dispense ses leçons de bouddhisme. A ses côtés (à g.), le Ganden Tripa, le chef de l’école des Bonnets jaunes fondée au XIVe siècle.

Lorsqu’il est monté sur scène, les hauts lamas en rouge et or se sont prosternés à ses pieds, plus humbles que des moucherons, et c’était comme si le Bouddha lui-même était descendu du ciel Tushita. Puis il s’est tourné vers les 30 000 personnes venues de l’Inde, du Tibet et des quatre coins du monde qui l’attendaient depuis l’aube dans la chaleur et la poussière, les mains jointes, et s’est excusé de les avoir conviées à l’écouter dans pareil inconfort. Les moines ont servi du thé au beurre et lancé à la volée du pain qu’ils avaient préparé la nuit dans les boulangeries géantes des ­monastères. Il a dit aux gros d’en manger deux morceaux pour devenir plus gros et aux maigres de s’empiffrer pour devenir moins maigres. Enfin, il a annoncé l’accident de voiture dont a été victime Kyabdjé Ling Rinpoché, ce jeune et très important lama, instigateur de l’événement et réincarnation de l’un des deux sévères tuteurs qui l’avaient élevé dans le sombre palais du Potala, à Lhassa, et lui faisaient si peur.

La veille, sur la route de l’aéroport de Goa où il devait l’accueillir, sa voiture s’est encastrée sous un camion, tuant sur le coup le vieux moine qui lui servait de chauffeur et blessant grièvement son secrétaire particulier. Kyabdjé Ling Rinpoché est à l’hôpital avec les deux jambes cassées. Il n’assistera pas à l’enseignement unique que le dalaï-lama donnera pour la première et sans doute la dernière fois de sa vie dans les monastères de Ganden et Drepung, à Mundgod. C’est sur ce territoire du Karnataka, concédé par l’Etat indien aux réfugiés tibétains en 1960, qu’ont été reconstruits à une échelle plus modeste les grands monastères du Tibet bombardés par les gardes rouges. Pendant treize jours, six heures par jour, le chef spirituel du Tibet, qui a renoncé à son rôle temporel pour donner à son peuple le choix de la démocratie, transmettra les dix-huit textes majeurs du Lamrim, voie progressive et complète qui offre à ceux qui savent la recevoir la possibilité d’atteindre l’état de bouddha dans le cours d’une seule vie. Révélé par le sage indien Atisha au XIe siècle, puis développé au XIVe siècle par le Tibétain Tsongkhapa, fondateur de l’école des Bonnets jaunes, le Lamrim réunit l’essence des 84 000 enseignements transmis, depuis le Bouddha ­historique Shakyamuni, par des lignées ininterrompues de maîtres.

Cinq cents Tibétains venus de la mère patrie occupée par la Chine ont bravé les gardes-frontières et l’Himalaya, vêtus de peaux de yak, afin de voir et écouter celui qu’ils considèrent toujours comme leur maître incontestable et absolu. « Vous êtes dans une situation extrêmement difficile, leur dit-il, et vous avez peu d’occasions d’étudier dans notre pays où les enseignements ne sont plus ou très peu dispensés. Alors, écoutez-moi attentivement et retirez vos peaux de bêtes, vous n’en avez pas besoin ici. Vous pensez que l’étude est réservée aux moines et aux nonnes, vous vous contentez de quelques ­rituels, mais la véritable compréhension du bouddhisme vous échappe. » Puis il s’adresse aux 30 000 pèlerins : « Je vous demande à tous d’étudier pour devenir les bouddhistes du XXIe siècle. »

Le matin, Sa Sainteté est arrivée au monastère de Ganden escortée par un commando de « black cats », redoutables soldats en noir armés jusqu’aux dents, et de militaires bardés de kalachnikovs. Depuis 2009, quand ont commencé les premières immolations, dont la Chine accuse le dalaï-lama d’être le fomentateur, sa protection sur le sous-continent a été renforcée. A la mi-­décembre, près d’une centaine de Tibétains, dont une très jeune fille, se sont brûlés vifs pour attirer l’attention du monde sur le drame qui se joue à huis clos au pays des Neiges. Les revendications territoriales de l’Arunachal Pradesh par Pékin, au nom de l’unité historique du Tibet, et de l’Aksai Chin par Delhi, au nom du Cachemire, sans compter la traditionnelle et systématique présence d’espions dans tous les lieux où se trouve le dalaï-lama, augmentent les risques d’un attentat. Les braves troufions de l’armée indienne, cramponnés à leur outillage guerrier, s’efforcent de suivre debout les paroles de sagesse prononcées en tibétain et traduites en onze langues, auxquelles ils ne comprennent strictement rien.


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