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Les bouddhas de Bâmiyân, 10 ans après

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02.03.2011

Tall-Buddha-Bamiyan_F_Riviere.jpgDétruits par les Taliban il y a 10 ans, les bouddhas géants de Bâmiyân, en Afghanistan, n’en ont pas pour autant cessé d’être étudiés. Plus encore, on pourrait, en théorie, reconstruire le plus petit des deux. Panorama des derniers travaux.

Le 26 février 2001, il y a 10 ans, le mollah Omar, le chef du régime taliban alors au pouvoir en Afghanistan, lançait une fatwa ordonnant la destruction de toutes les statues du pays. Et au mois de mars, le monde assista, consterné et impuissant, malgré quelques tentatives diplomatiques désespérées, notamment de la part du Japon, à la disparition des deux bouddhas géants de Bâmiyân, à 230 kilomètres au Nord-Ouest de Kaboul. Ces deux hauts-reliefs (38 et 55 mètres de hauteur), sculptés dans deux niches creusées à même une falaise de grès ont été mis à terre à coups d’explosifs.

Malgré le désastre archéologique et culturel, les travaux sur ces sculptures monumentales ont continué. Et de fait, on savait peu de chose sur elles. À partir de l’étude de plusieurs centaines de fragments, Erwin Emmerling, de l’Université technique de Munich, en Allemagne, et ses collègues ont reconstitué les couleurs dont elles étaient parées, et surtout, réussi à dater avec précision leur construction.

Les deux bouddhas géants, situés sur la route de la soie, étaient les fleurons du style Gandhara (on parle aussi d’art greco-bouddhique), au carrefour d’influences, d’une part, indo-grecques et, d’autre part, du bouddhisme indien. Les sculptures étaient au centre d’un complexe monastique où plusieurs milliers de moines vivaient dans des grottes creusées elles aussi dans la falaise.

D’abord, les analyses des débris entreprises par l’équipe bavaroise ont montré que les statues ont été peintes à plusieurs reprises, sans doute pour compenser leur affadissement. De quelles couleurs étaient les bouddhas ? Les robes, nommées sangati, étaient bleues sur leur envers et rose ou orange sur leur endroit. Plus tard, l’extérieur des vêtements a été peint en rouge pour le plus grand des bouddhas et en blanc pour l’autre.

Autre résultat, les plis des habits étaient non pas directement sculptés dans la pierre de la falaise, mais constitués de deux voire trois couches d’argile lissées de façon étonnamment fine. Dans ce revêtement, de la paille et du fourrage absorbaient l’humidité, tandis que des poils d’animaux stabilisaient l’ensemble. En outre, différentes substances, et notamment du quartz, empêchaient l’enduit de se rétracter en séchant. Les premières couches d’argile étaient fixées par des cordes reliées à des petits pieux en bois.

Enfin, grâce à un spectromètre de masse, une datation des couches d’argiles a pu être effectuée, levant le voile sur une zone d’ombre : l’époque où ont été édifiés les bouddhas géants. Auparavant, les archéologues ne se risquaient guère et évoquaient une construction entre le début du IVe et la fin du VIe siècle. Les instruments ont parlé. Le petit bouddha aurait été taillé entre 544 et 595 et le grand entre 591 et 644.

L’équipe d’E. Emmerling s’intéresse dorénavant à l’élaboration d’un modèle tridimensionnel de la falaise du petit bouddha où s’insèrent tous les fragments recueillis. Avec des matériaux fondés sur du silicium organique, adaptés au climat de la région de Bâmiyân, on pourrait donc reconstruire la statue. Toutefois, dans un premier temps, l’idée est bâtir une usine sur place pour veiller à la bonne conservation des vestiges. Le devenir des bouddhas est discuté du 3 au 4 mars, à l’UNESCO, à Paris.


Loïc Mangin

Source : www.pourlascience.fr

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