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Poï Sang Long : un rite d’initiation unique

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Le festival, qui a lieu tous les ans au début du mois d’avril, est une coutume ancestrale des Thai Yai, branche cousine des Thaïs appartenant à l’ethnie Shan, une population installée en Birmanie et dans la région de Mae Hong Son depuis le Xème siècle. Pendant trois jours, de jeunes garçons âgés de 7 à 14 ans, ornés de bijoux et de fleurs, trôneront sur les épaules des adultes sous les rythmes de la musique Shan. Cette parade magique, pleine de dignité, les mènera vers le temple où ils seront présentés comme novices. Ils participeront alors à la vie monastique durant quelques semaines pour les uns, ou durant des années pour ceux qui se destinent déjà à devenir moines. Mais le temps du festival, ces enfants seront de magnifiques princes inspirés par Rahula, le propre fils de Bouddha.

Mae Hong Son, le premier jour

Dès l’aurore, sur la place provinciale de la petite cité, les premiers groupes sont déjà à l’oeuvre. Sur le dos de leurs pères, les garçons, tête rasée, sont maquillés et coiffés de fleurs. Leurs habits scintillants et colorés éclatent dans la lumière du petit matin. La musique Shan transporte les danseurs dans une sorte de transe. Le rythme est ponctué par des longs instruments à percussions, portés par deux hommes. L’un d’entre eux fait actionner une série de bâtons, attachés le long de l’instrument, qui frappent des cymbales, inlassablement, à la même cadence. Les habitants sortent de chez eux, se mettent à battre des mains ou entament des pas de danse. Les groupes continuent à affluer. Bientôt, la place est devenue trop petite pour contenir la foule. Ce ne sont plus que danses et rythmes stridents, lancinants, envoûtants, sous les cymbales et les tambours, les garçons toujours perchés sur les épaules de leur père. Les adultes épuisés se font relever par un oncle ou un ami, car les garçons ne pourront mettre pied-à-terre de la journée, ni les jours suivants…

Même les anciens s’y mettent, levant les bras et s’arrêtant un court instant à chaque rythme, ravis de voir se perpétuer cette tradition ancestrale. Comme menée par un guide mystérieux, la foule se dirige maintenant vers une maison située à un jet de pierre, dont elle envahit le jardin et la terrasse ; des chaises ont été préparées à l’intention des garçons. C’est la demeure du gouverneur qui a organisé une réception en faveur des futurs novices. Ce soir, les garçons rentreront chez eux exténués. Mais le jour Un n’est pas encore terminé, loin de là. La famille et les amis ont été invités pour les congratuler et participer à une fête organisée dans chaque maison en leur honneur. Buffet, orchestre et danses, partout l’ambiance bat son plein, sous le son des cymbales. Ils finiront par s’endormir épuisés, en rang d’oignon sur des nattes. L’aube n’est plus très loin.

Le deuxième jour

Toute la ville est dans la rue : les Thaïs Yai, avec leurs chapeaux coniques et leur longues jupes, les tribus des collines en habits traditionnels. Sous des airs débonnaires, une immense procession se forme, pleine de couleurs, pour porter des offrandes au temple. Près de deux heures seront nécessaires pour constituer le cortège qui s’ébranle enfin, au rythme toujours lancinant des percussions, cette fois entouré de danseuses qui invitent la foule à les rejoindre. Sur le trottoir, les vieilles femmes sourient, les enfants, eux, suivent la procession en poussant des cris. En vedettes, les jeunes princes du jour ferment le cortège, toujours sur le dos des adultes qui dansent en rond, lentement, en se dandinant. Aujourd’hui encore, les festivités dureront jusque tard dans la nuit.

Le troisième jour

L’interminable cortège se reconstitue laborieusement le long du lac, en face du magnifique temple en bois, le Wat Jong Klang, de style birman. Les premiers rayons du soleil font scintiller la rosée du matin et dispensent une lumière magique. Les costumes traditionnels semblent sortir d’un film à grand spectacle. Dès les premiers coups de cymbales, la fatigue disparaît des visages et les danses reprennent, en attendant le départ de la procession. Aujourd’hui, la foule fera trois fois le tour du temple en passant par les rues du centre-ville. C’est une véritable marée humaine, colorée et bigarrée, qui se presse sur les marches de la pagode. Les garçons, toujours sur le dos des adultes, tentent de se frayer un passage dans la foule. Ils sont attendus par les moines assis en rang.

Les futurs novices s’agenouillent alors en face d’eux, en rangées, toujours dans leurs habits de fête. Progressivement, le silence s’établit. Le contraste est saisissant. L’instant est solennel. Premières prières : les garçons se prosternent. Ils demandent avec humilité la permission d’être ordonnés novices et se prosternent à nouveau. La permission accordée, ils se relèvent. C’est l’heure de quitter leurs vêtements d’apparat pour enfiler l’humble robe safrane des moines. La famille les aide, les démaquille, les encourage, les félicite. Le grand moment est arrivé : celui qu’ils attendent depuis si longtemps et qui marquera officiellement leur passage à l’âge adulte, tel un rite d’initiation. Encore quelques prières et les garçons se retrouveront avec les moines pour entamer leur enseignement. C’est le moment de se retirer sur la pointe des pieds.

En langue Shan, Poï Sang Long signifie « festival des enfants de cristal ». L’origine de cette cérémonie relève de la légende bouddhiste. Le Prince Rahula, fils de Bouddha, décida un jour de tout quitter et de suivre les traces de son père pour bénéficier de son enseignement spirituel. Il est considéré comme le premier novice.


Source: www.gavroche-thailande.com

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