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Soir de pleine lune à Kataragama

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Ce n’est pas une soirée comme les autres à Kataragama, une des villes saintes du Sri Lanka:c’est la poya, c’est-à-dire la pleine lune, période sacrée entre toutes pour les bouddhistes, puisque que c’est par une journée de pleine lune que Siddharta Gautama est né, a connu l’illumination, et est mort. Pourtant, le Maha Devale -le grand temple- de Kataragama n’est pas un temple bouddhiste. Enfin, pas tout à fait! Il est dédié au dieu hindou Skanda, fils de Shiva et frère de Ganesh, le dieu à tête d’éléphant. C’est ici que Skanda, venu combattre dans l’île les ennemis du panthéon hindouiste, aurait connu et épousé sa seconde femme.

Le «grand temple» qui lui est consacré est, en fait, une grande enceinte au coeur de laquelle on trouve trois petits oratoires. L’un est consacré à Skanda, l’autre à son frère Ganesh et le troisième…au Bouddha. Juste avant la cérémonie rituelle du soir, nous y croisons le grand prêtre de Ganesh qui, apprenant que nous sommes canadiens, nous demande si nous pouvons l’aider à immigrer à Toronto, où il a de la famille. Même s’il y ferait fureur, dans sa tenue sacerdotale, nous lui expliquons que c’est plutôt difficile et il ne semble pas nous en tenir rigueur. C’est d’ailleurs dans son petit temple que débute la cérémonie.Seuls quelques touristes ont trouvé place à l’intérieur des lieux exigus. La foule des dévots se presse sur le parvis. Près de moi, même si nous sommes dans un temple hindou, une jeune bouddhiste en sari entre en transe. Elle y va de grands moulinets saccadés avec ses bras tendus et ses voisins – dont je suis – jugent plus prudent de s’écarter, avant de recevoir un mauvais coup.

Un peu plus tard, alors que la foule s’était déplacée vers le temple voisin consacré à Skanda, un jeune homme vêtu d’un jeans de bonne coupe et d’une chemise Lacoste se déchaîne à son tour. Lui aussi fait de grands moulinets qui font le vide autour de lui. Le tout dure quelques minutes, puis le garçon semble recouvrer ses esprit et se remet à prier normalement comme si de rien n’était. La coexistence harmonieuse de pratiquants de plusieurs religions au Maha Devale est un bel exemple d’oecuménisme, dans ce pays où un conflit armé vient d’opposer pendant une trentaine d’années Tamouls hindouistes et Cinghalais bouddhistes!

Un conflit qui, il est vrai, transcendait le religieux. C’est l’imposition du cinghalais comme seule langue officielle par un gouvernement nationaliste qui a allumé le foyer de la discorde, à la fin des années 50. Et c’est bien plus tard, dans les années 80, lorsqu’un autre gouvernement issu du même parti a voulu instaurer le bouddhisme comme seule religion officielle du pays, que le conflit a dégénéré. Les Cinghalais bouddhistes, qui sont originaires du nord de l’Inde, composent les trois quarts de la population, qui compte 20 millions d’habitants. Les Tamouls hindouistes, des Dravidiens venus du sud de l’Inde il y a plus de 2000 ans, en constituent près de 20%.

La guerre civile a pris fin avec la défaite des séparatistes tamouls, en mai 2009. Même si les Cinghalais sont largement majoritaires, les temples hindouistes sont aussi omniprésents dans le paysage que les «dagobas», ces pagodes bouddhistes, ou (du moins sur les côtes) que les églises catholiques et les mosquées. Bouddhistes et hindouistes semblent aujourd’hui cohabiter en harmonie, comme dans l’enceinte du grand temple de Kataragama.

Par: André Désiront

Source: www.cyberpresse.ca

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