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Mars — La Lettre de L’Université Bouddhique Européenne

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La Lettre de l’UBE

n° 21 – mars 2010

consultez les numéros précédents


Actualité de l’UBE

Les prochains cours à Paris

Nouvelle session du Cours en Ligne

Une session du Cours en Ligne

a débuté le lundi 8 février 2010

Les inscriptions sont encore ouvertes

et peuvent être effectuées grâce au bulletin d’inscription

figurant dans nos pages de présentation.

« Méditation » et culture mentale

La pratique bouddhique est le plus souvent présentée comme celle de la « méditation » ; mais ce mot, d’origine chrétienne, ne traduit que très imparfaitement le terme bouddhique de bhavâna, la « culture mentale ». Ce cycle se propose d’en présenter les principes théoriques et d’en étudier les diverses formes.

Au-delà de la seule pratique « en assise », les divers courants du bouddhisme ont proposé de multiples moyens de progression spirituelle : outre les interprétations variables des formes de bases (samatha et vipashyana), la « méditation » peut se pratiquer dans des postures variées, comme aussi à travers préceptes, pèlerinages, rituels, récitations et psalmodies, koân, travail manuel, « arts martiaux »…

– cours de Niveau 2 – séance n° 2 : samedi 13 mars 2010

Les pratiques méditatives du Mahâyâna indo-tibétainCours de Philippe Cornu

– étude de textes – séance n° 3 : samedi 10 avril 2010

« La Liberté naturelle de l’esprit », les pratiques préliminaires du « Karling shitro »texte tibétain – Cours de Philippe Cornu

– cours de Niveau 2 – séance n° 3 : samedi 1er mai 2010

Les pratiques méditatives du Mahâyâna sino-japonais (autre que le Zen) – Cours de Paul Magnin

– cours de Niveau 2 – séance n° 4 : samedi 29 mai 2010

Les pratiques méditatives dans le ZenCours de Taïkan Jyoji

Attention ! Taïkan Jyoji ne pourra malheureusement pas assurer ce cours ; nous vous préciserons dès que possible quel sera l’intervenant…

– étude de textes – séance n° 21 : samedi 12 juin

Le Shôbôgenzô Zuimonki, de maître Dôgen – texte japonais – Cours de Kengan D. Robert

Séminaires d’études

Les inscriptions sont encore ouvertes pour les cycles 3 et 4 !…

3e cycle : Histoire(s) et légende(s) du Theravâda (5 places disponibles)

directeur d’étude : Dominique Trotignon
Bien qu’il soit l’un des courants les plus importants du bouddhisme contemporain, le Theravâda reste fort mal connu. Son ancienneté indéniable et son traditionalisme affirmé ont longtemps fait oublier que, durant ses vingt-trois siècles d’existence, il a connu une histoire mouvementée – largement réécrite… – ainsi que de nombreuses évolutions. Partant des discours et des simplifications actuellement les plus répandues, nous tenterons de découvrir et de reconstruire l’histoire et les caractéristiques réelles de cette école.

Calendrier des sessions : les mardis : 16 mars, 6 avril, 4 mai et 1er juin 2010

4e cycle : Bouddhisme et science physique (5 places disponibles)

directeur d’étude : Michel Bitbol
Il ne s’agira pas ici de développer une analogie (un peu surfaite) entre Bouddhisme et théories physiques contemporaines, mais de montrer qu’une coopération peut s’établir entre les critiques de la métaphysique qui leur sont associées. Toutes les révolutions en physique (depuis Galilée et Newton jusqu’à la gravitation quantique) ont bénéficié d’une réflexion sur les conditions mentales et instrumentales de la connaissance, et d’une mise en question des thèses métaphysiques antérieures. Ce processus critique reste cependant limité dans le temps, et cède vite la place à de nouveaux rêves de « dévoilement de la réalité » ou d’« entrée dans l’esprit de Dieu », qui mobilisent les chercheurs mais leurs rendent leurs propres théories incompréhensibles (voir le cas de la mécanique quantique). C’est sur ce terrain de la thérapeutique philosophique que la synergie entre Bouddhisme et sciences physiques sera déployée.

Calendrier des sessions : les lundis : 12 et 26 avril, 10 et 31 mai 2010

Autres rendez-vous…

Colloque :

« Bouddhisme et christianisme – Autorité : théories et pratiques »

samedi 20 mars 2010, de 9 h à 17 h

au Cloître ouvert du Couvent de l’Annonciation, 222 rue du Faubourg St-Honoré 75008 Paris

Proposé par le « Centre de Recherches sur le Bouddhisme Contemporain » (CRBC)

Le Centre de Recherche sur le Bouddhisme Contemporain (CRBC) est un laboratoire de l’ISTR de l’Institut catholique de Paris. En sont membres fondateurs : Philippe Cornu (UBE), Thierry-Marie Courau, Jérôme Ducor (UBE), Dennis Gira, Paul Magnin, Eric Vinson et Dominique Trotignon (UBE) ; participeront aussi à cette rencontre : Françoise Bonardel (UBE), Jean-Paul Durand, Patrick Fridlund, Raphaël Liogier et Marie-Stella Boussemart. (UBF).

colloque_CRBC_affiche.jpgCette troisième journée d’études du « Centre de recherches sur le bouddhisme contemporain », est le fruit d’un dialogue commencé voici huit ans qui permet, dans la confiance et la réciprocité, une meilleure connaissance de l’autre et de soi-même.

La notion d’autorité a évolué dans le temps, tant à l’intérieur du bouddhisme que du christianisme. Quelle place faut-il accorder au Buddha, à Jésus Christ, aux Écritures canoniques, au magistère qui en propose l’interprétation, à la tradition, à la succession apostolique dans le christianisme ou à la lignée patriarcale dans le bouddhisme ?

L’autorité divine et l’Écriture sainte d’un côté, celle du Buddha et du Dharma qui lui est associé, fondent-elles la connaissance authentique et donnent-elles à l’Église ou au Sangha une dimension universelle ? Se pose alors la question de l’unicité et du libre-arbitre. Ce colloque devrait apporter des éléments de réponse à ces diverses questions.


Rencontre – Projection vidéo :

« A propos de Milarépa »

jeudi 25 mars 2010, de 19 h 30 à 22 h

au « Forum 104 », 104 rue de Vaugirard 75006 Paris (M° Montparnasse), salle « Les Glycines »

Frais de participation : 2 €

affiche_-_A_propos_de_Milarepa_finale.jpgA l’occasion de la sortie en DVD du film « Milarépa, la Voie du bonheur », l’UBE et « Jupiter Communications » vous invite à découvrir le documentaire « A propos de Milarépa – rencontres et discussions dans les salles de cinéma ».

Ce documentaire a été réalisé lors des projections publiques du film, et regroupe les échanges ayant eu lieu entre le public et neuf intervenants : Sogyal Rinpoché, Dagpo Rinpoché, Philippe Cornu, Lama Mingyour, Lama Samten, Jampa Lengdhen Lama, Matthieu Ricard, Françoise Robin et Lama Kunsang Olivier.

A cette occasion, de nombreux thèmes ont été abordés : la persévérance, le karma, l’Eveil, la mort, la quête du bonheur, la non-violence, le compassion, le rôle du maître… En mêlant approches spirituelle et historique, ce documentaire permet de mieux comprendre la réalité du chemin bouddhique, à partir de l’exemple de Milarépa.

Vente des DVD sur place à tarifs préférentiels


Rencontre – Débat :


« Quel est le devenir de l’homme, aujourd’hui devenu chose ? »

Les bouddhistes ont des choses à dire…


avec Raphaël Liogier

vendredi 16 avril 2010, de 19 h à 22 h

à la « Maison des Associations » du XIVe arrondissement, 22 rue Deparcieux
75014 Paris

(M° Denfert-Rochereau)

Voir ci-dessous notre Dossier


Actualités du bouddhisme en Francophonie

pour connaître les principaux rendez-vous des associations
consultez notre agenda


Librairie

Le « Vessantara-jataka »

Ou l’avant dernière incarnation du Bouddha Gotama — Une épopée bouddhique

Présentation et traduction par Jean-Pierre Osier

éditions Le Cerf, coll. « Patrimoines – Bouddhisme » – 33 €

Vessantara-Osier.jpgLa tradition bouddhique de langue palie a conservé une collection de 547 « Jataka » ou récits des naissances antérieures du Bouddha de notre ère : comme animal, comme dieu, comme homme. Pour devenir un Éveillé, le Bouddha a dû acquérir des perfections au nombre de dix, et les dix derniers « Jataka » rapportent l’histoire de ces acquisitions.

Le plus long de la collection (plus d’un millier de strophes, enrichies de développements en prose), raconte comment le roi Vessantara a conquis la perfection du don : non seulement en offrant de donner, comme son ancêtre Sibi, son propre corps, mais son royaume, sa femme, ses enfants. Surmontant les résistances de sa sensibilité, triomphant des épreuves du changement de conditions qui le mène du trône à la vie d’ascète forestier, d’abord accompagné de sa famille, puis bientôt privé de celle-ci par la convoitise d’un brahmane aussi couard que libidineux et avare, il sort grandi de l’épreuve qui le restitue triomphalement dans sa situation de roi et lui permettra, dans sa toute dernière existence, de parvenir à la perfection de l’Éveil comme Bouddha.

Poignant (« on lit le Vessantara pour pleurer », dit un proverbe mongol), extrêmement vivant (une succession de dix tableaux prêtant à des peintures comme à des spectacles de théâtre et de marionnettes), politique par sa mise en question de la royauté et des normes de la société hindoue, poétique par son écriture, le « Vessantara-jataka » peut être lu comme une mini-épopée bouddhiste dont l’épopée indienne du Ramayana, pourrait bien être le répondant, voire la réplique.
Traduit en français pour la première fois, ce texte est le dernier d’une collection de dix considérée en Asie du Sud-Est par les religieux ou même par les politiques (par exemple, les rois de Thaïlande) comme les « classiques de la politique et de l’éthique bouddhistes ».
On doit cette traduction et sa présentation à Jean-Pierre Osier qui avait déjà offert aux lecteurs francophones une excellente traduction du « Dhammapada – Les stances de la Loi » (éditions GF-Flammarion, 1997), assortie d’un appareil critique foisonnant et très éclairant !

à découvrir : sur le « Site des Adhérents » de l’UBE – rubrique « Cartes et iconographie »: une présentation de quelques réalisations picturales inspirées des Jâtaka (les premières représentations aniconiques du Bouddha) et, notamment, la lecture d’une célèbre frise de Sañchi consacrée à l’histoire du prince Vessantara.


Expositions

Musée d’ethnographie de Genève – Carl Vogt

du 29 janvier au 20 juin 2010

Le regard de Kannon

kannon-Geneve-2.jpgIncarnation de la compassion universelle, Kannon est la plus populaire des divinités du panthéon bouddhique. Il est vénéré dans tous les pays de l’Extrême-Orient: du Tibet au Japon, en passant par la Chine, la Corée, le Viêtnam, la Mongolie, et même jusqu’en Indonésie.

C’est ce qui explique ses nombreux noms dans les différentes langues asiatiques, tels Avalokitasvara, Guanyin, Chenrezig, Quan Âm… et même une entreprise d’appareils photo mondialement connue s’est baptisée en s’inspirant directement de son nom !

Aujourd’hui encore, on invoque Kannon et on lui consacre de grands pèlerinages pour recevoir sa protection dans les difficultés de la vie, ainsi que pour être guidé par lui au moment de la mort.
Capable de prendre de multiples formes pour se manifester en notre monde, il est l’objet d’une iconographie particulièrement riche, de type rituel ou populaire, et ses représentations peintes ou sculptées font aussi les délices des amateurs d’art asiatique.

Par delà les manifestations foisonnantes et bien visibles du culte de Kannon, il convient de dégager leur logique et leur signification, afin de mieux cerner ce phénomène et d’en dégager les valeurs, qui continuent d’animer un quart de la population mondiale.

À travers quelques-unes des pièces les plus remarquables du MEG, l’exposition offre une immersion dans la dimension spirituelle de Kannon, ce protecteur des vivants et guide des mourants.

Elle se poursuit par une initiation aux principes de l’iconographie bouddhique, notamment à travers la collection d’images pieuses japonaises du célèbre anthropologue André Leroi-Gourhan. Enfin, elle invite le visiteur à mettre ses pas dans ceux des pèlerins qui visitent en foule les temples dédiés à Kannon.

Renseignements : Musée d’ethnographie de Genève – Carl Vogt

65 Boulevard Carl-Vogt 1205 Genève (Suisse) – Tél. [00-41]-(0)22.418.45.50


Le bouddhisme sur Internet



Sur le « Site des Adhérents » de l’UBE

http://www.bouddhisme-universite.net


– rubrique « Vidéothèque »

http://www.bouddhisme-universite.net/videotheque.htm

si vous les avez manquées : un lien vers les deux émissions réalisées avec Jérôme Ducor, sur la Terre Pure et Shinran, diffusées les dimanches 7 et 14 février dernier.

– rubrique « Forums »

http://www.bouddhisme-universite.net/forums/index.php

un nouveau Forum de discussion vient d’être créé : « Bouddhisme et sciences »

Les rapports entre bouddhisme et sciences ont souvent été évoqués, mais un tel sujet est loin d’avoir été épuisé ! Plusieurs étudiants de l’UBE souhaitent entamer une réflexion sur ce sujet.

Toute personne intéressée (adhérente de l’UBE), notamment si elle est de formation scientifique, sera la bienvenue au sein de ce « groupe de réflexion ».


Découvert entre les fils de la toile…



« Bouddhisme et environnement, ancienne sagesse pour une question contemporaine »

Comment le Bouddhisme envisage t-il le rapport entre l’homme et son environnement ? Cette tradition permet-elle d’apporter un éclairage nouveau sur une question si contemporaine ? Reportage de Mehdi Benchelah à Lérab Ling, centre bouddhiste tibétain de tradition Niyngmapa, fondé par Sogyal Rinpoché, situé au nord de Montpellier.
– un reportage radiophonique de RFI, de 24 mn, à écouter ou à télécharger en ligne :

http://www.rfi.fr/contenu/20100211-2-union-internationale-conservation-nature

« Dakinis, le féminin de la sagesse »

Un documentaire écrit et réalisé par Véronique Jannot, qui sera diffusé le vendredi 8 mars 2010 à 20 h 40, sur la chaîne « Planète »

En Inde et au Népal, la comédienne Véronique Jannot est allée à la rencontre de Dakinis, « celles qui dansent dans l’espace », six femmes d’exception qui œuvrent pour la préservation de la culture tibétaine, et plus largement, pour la paix et l’épanouissement de l’humanité.
– la bande-annonce est visible sur Dailymotion :

http://www.dailymotion.com/video/xao8ck_dakinis-le-feminin-de-la-sagesse-ba_shortfilms


« Quel est le devenir de l’homme,
aujourd’hui devenu chose ? »

Les bouddhistes ont des choses à dire…

Rencontre – Débat

vendredi 16 avril 2010, de 19 h à 22 h

à la « Maison des Associations » du XIVe arrondissement

22 rue Deparcieux 75014 Paris (M° Denfert-Rochereau)

CouvPdM30.jpgA l’occasion de la parution du n° 30 de la revue « La pensée de midi », sur le thème « De l’humain – Nature et artifices », l’UBE propose une rencontre-débat avec Raphaël Liogier (*), coordonateur de ce numéro.

Livré à l’industrie médicale, aux biotechnologies, au génie génétique, à l’eugénisme systématique bientôt peut-être, éventuellement au clonage thérapeutique et reproductif… quel est le devenir de l’homme, aujourd’hui devenu chose ?

Comment penser, désormais, l’humanité et ses caractéristiques ? Quelle pertinence ont encore les définitions qu’en ont donné les philosophies et les religions des siècles passés, ou encore les discours scientifiques anciens et modernes, voire de ces dernières décennies ?…

Autant de questions sur lesquelles les bouddhistes peuvent avoir des choses à dire et sur lesquelles, d’ailleurs, un bouddhiste – l’américain Tenzin Robert Thurman – s’est exprimé dans ce numéro, dans une interview accordée à Raphaël Liogier.

« La pensée de midi » n°30
éditions « Actes Sud » – prix de vente : 18,50 €


Sociologue et philosophe, il est professeur des universités à Science Po Aix-en-Provence où il dirige l’Observatoire du religieux (CHERPA). Il a récemment publié Une laïcité “légitime”, la France et ses religions d’Etat (Entrelas, 2006) et A la rencontre du dalaï-lama : Mythe, vie et pensée d’un contemporain insolite (Flammarion, 2008).

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L’homme, une espèce en devenir

(extrait de l’Introduction de Raphaël Liogier)

A la fin de son célèbre ouvrage « Les Mots et les choses », Michel Foucault annonçait froidement que l’avènement et l’essor des sciences humaines devait entraîner la disparition de l’homme, d’abord sa dispersion, puis, véritablement, son effacement “comme à la limite de la mer un visage de sable”.

Le paradoxe n’est qu’apparent. Penser l’homme objectivement, guetter et analyser ses sentiments, ses actions, ses comportements comme des réactions psychiques, sociales, économiques, autrement dit appréhender rationnellement sa subjectivité, c’est, insensiblement, mais sûrement, transformer le sujet humain en objet de sa propre objectivité scientifque et de ses propres stratégies économiques. La réification de l’homme à l’état de consommateur écervelé ne serait pas, dès lors, le seul produit du capitalisme mais le résultat d’une plus vaste entreprise fomentée par l’humanisme européen dans son ensemble.

Les anciens théologiens cherchant à démontrer logiquement l’existence de Dieu – à en persuader le reste du monde et à s’en persuader eux-mêmes – ont fni par rendre suspecte la réalité même de Dieu. Ainsi en est-il des humanistes qui cherchèrent soudain à démontrer l’existence de l’homme, comme si la réalité même d’une nature humaine n’allait plus de soi, ne relevait plus de l’évidence. A leur suite, les biologistes et les anthropologues naturalistes du xviiie et du xixe siècle rendirent suspecte, par leurs travaux de classification et de description physiologique, la réalité d’une essence humaine. Les sciences humaines et sociales, de l’anthropologie culturelle jusqu’à la sociologie en passant par les sciences psychologiques et cognitives, continuèrent ce travail systématique de mesure et de classification de l’homme.

Cette attaque de l’homme contre lui-même s’effectuera sur deux fronts, les sciences sociales, nous l’avons dit, mais aussi sur le front des sciences de la nature, la physique et la biologie.

En physique, en astrophysique en particulier, l’homme deviendra une simple particule de l’Univers, une poussière dans un espace incommensurable. En biologie, il deviendra un simple moment de l’évolution des formes vivantes. Avec Darwin, en effet, l’homme est devenu un animal, certes complexe, doué et civilisé, mais tout de même un animal. Il deviendra de plus en plus diffcile, après Darwin, de soutenir qu’il puisse être autre chose qu’une bête évoluée.
Les sciences psychologiques et sociales continueront sur cette lancée, à travers leurs mots et leurs définitions, à faire de l’homme une chose, autrement dit, un corps, affirmant de plus en plus péremptoirement, contre Spinoza, que l’on peut parfaitement, systématiquement, savoir ce que peut un corps et a fortiori un corps humain, ou, plus directement, que l’on peut parfaitement savoir ce que peut cet homme qui n’est qu’un corps.

Cet homme qui n’est qu’un corps ! Un enchaînement de parties assemblées et mécanisées ! Triste savoir que celui de cet homme humilié par lui-même selon la célèbre remarque de Freud, ainsi réduit à sa composition chimique, qui n’attend plus du ciel aucun présage, de la nature aucune inspiration poétique, et de lui-même aucune vérité de l’âme. Cet homme-chose, gris comme une pierre lunaire, déraciné, solitaire dans sa multitude massive, ne mérite plus qu’une attention d’ingénieur : son malheur est une réaction mécanique à des facteurs environnementaux externes ou à des dysfonctionnements organiques internes, alors que son bonheur n’est une question de réglage. L’homme-chose n’est même plus la machine infniment machinée de Leibniz, ou la machine animée de Descartes (même si ces deux images anticipent déjà l’ultime réduction mécaniste de l’humain), parce que tout en lui est désormais finalisé, normé, limité physiologiquement, ni la machine désirante de Deleuze, car son désir n’est plus une force libre, une énergie sauvage, une source créatrice, mais un résultat superficiel et circonscrit par des lois matérielles déterminées.

C’est avant tout la question de la réification de l’homme par la technique (et le discours sur la technique, ou technologie) qui nous occupe tout au long de ce numéro. Quel est le devenir de cet homme devenu chose, livré à l’industrie médicale, aux biotechnologies, au génie génétique, à l’eugénisme systématique bientôt peut-être, éventuellement au clonage thérapeutique et reproductif. Livré même à la rectification technique de son corps naturel, jusqu’à l’accès à l’immortalité, c’est du moins ce qu’annoncent les leaders du mouvement transhumaniste.
Ces derniers ne sont pas de vulgaires illuminés, mais de très sérieux scientifiques, par exemple officiant dans le très célèbre Massachusetts Institute of Technology (MIT), qui prévoient, à force de rectifications et de perfectionnements techniques divers, de guérir l’homme de la maladie de la mort. Pour eux la mort ne semble être qu’un “léger” défaut mécanique.

Les hérauts de la bioéthique eux-mêmes, qui cherchent à protéger l’identité humaine, réduisent souvent cette dernière au génome, qui n’est, au fond, qu’un programme morphologique. Sanctuariser le génome n’est-ce pas revenir à l’idolâtrie de la forme corporelle secrètement et magiquement lovée dans l’ADN ? De leur côté, les transhumanistes ne s’embarrassent pas de ce genre de débat éthique, mais entendent accélérer ce mouvement de transformation, comme si nous vivions à la veille d’une nouvelle étape de l’évolution, moment tant attendu où un être vivant réussira le prodige de s’améliorer lui-même sans attendre passivement, pendant des générations, les effets de l’environnement. Qu’importe, pour eux, que cet homme ressemble à une machine.

Si on ne peut plus appeler du nom d’homme un tel “être” qui ressemble si peu à ses ancêtres, tant pis ou tant mieux. Ce sera autre chose, une autre espèce.

Jusqu’où peut aller ce trafic technique, cette reconstruction/déconstruction de l’humain ? Comme il y aurait eu un premier homme, pas tout à fait homme mais hominidé, le presque-homme de la préhistoire, adviendrait le dernier homme, plus-tout-à-fait-homme de la posthistoire. S’il advenait, ressemblerait-il plus à un sous-homme, qui ne serait même plus capable de ressentiment, ou s’apparenterait-il au surhomme nietzschéen ? Ou serait-il tout autre chose ? Pouvons-nous éviter cette “évolution”… involution ?
Devons-nous, d’ailleurs, l’éviter ?

La pensée de midi, pensée du jour plein, dynamique et poétique, faite de gai savoir et de goût de la vie, devait avoir son mot à dire devant cette machinerie, qui est aussi une machination en train de se faire. La silhouette de cet autre étrange, qui nous sera peut-être étranger, se profile déjà à l’horizon, comme une ombre, rampante encore, mais qui pourrait bien présager un crépuscule définitif de l’humain. Du moins, de l’humain tel que nous l’avons connu, ou tel que nous en avons entendu parler, le guerrier héroïque, l’artiste fulgurant ou le poète habitant cette Terre si chère à Heidegger. L’homme, devenu déjà animal laborens, incapable d’ œuvrer et obsédé par le travail, ainsi que le décrit tristement Hannah Arendt, ne serait plus seulement, à l’ère biotechnologique avancée, une bête industrieuse déracinée, mais pourrait devenir – si toutefois on peut encore parler de devenir à ce stade – un animal-machine immortel, perpétuellement réparable et améliorable, une sorte de golem mécanique, un mort-vivant donc.

Il est déjà difficile aujourd’hui de déterminer l’âge de nombre de vedettes transformées, réparées, au visage tiré, aux lèvres gonflées, recolorées, aux fesses remontées. Qu’en sera-t-il demain lorsque ces techniques ne seront plus seulement esthétiques, épidermiques, bref superficielles, mais s’appliqueront au fonctionnement entier du corps humain, lorsque les prothèses de bras seront plus efficaces, plus agiles, plus rapides, plus souples, que nos membres originels faits de chair et d’os. Faudra-t-il alors préférer l’artificiel au naturel ? Et dans ce cas, il serait légitime de s’inquiéter, avec Habermas dans un de ses récents ouvrages, pour l’avenir de la nature humaine.
[…]

Pour en savoir plus :

Sur le « Site des Adhérents » de l’UBE :

=> dans la rubrique Bibliothèque virtuelle : documents PDF à télécharger

– le texte complet de l’Introduction de Raphaël Liogier : « Améliorer scintifiquement l’homme », avec la présentation des divers articles composant ce numéro

– les texte complet de l’interview de Tenzin Robert Thurman : « Une perspective bouddhiste sur l’humain », publiée dans ce numéro

– un article de Guy Bugault : « L’anthropologie bouddhiste face à la philosophie moderne et à la neurophysiologie contemporaine », publié en 1986 dans le « Revue de l’histoire des religions »

– un dossier de « La Lettre de l’UBE » n° 18 (version papier), de juin 2004, consacré à « Bouddhisme et clonage » – interviews de Françoise Bonardel, Philippe Cornu et Dominique Trotignon


www.bouddhisme-universite.org

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