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Ces tulkus qui ne voulaient pas vivre reclus…

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25.08.2009

La pratique existe depuis le XIIe siècle. Quand un lama meurt, il peut se réincarner et alors, son entourage part à la recherche de ce nouveau « tulku ».
Quand il est trouvé, les moines l’emmènent pour qu’ils suivent une éducation appropriée, le séparant alors de sa famille. Même si c’est dur, pour la plupart, il s’agit d’un grand honneur. Parfois, les choses se passent différemment.

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C’est le cas, du 6ème Dalaï Lama. Il ne fut intronisé qu’à l’âge de 15 ans car les tibétains avaient décidé de cacher la mort de son prédécesseur, Lobsang Gyatso, le « Grand Cinquième ». En effet, bien que celui-ci fut désigné comme chef temporel du Tibet, en 1642, par l’Empereur Mongol Güshi Khan, son peuple fut harcelé par les Mongols qui avaient envahi l’Est du Tibet.

Le régent Sangyé Gyatso, étant donné la situation, cacha d’une part la mort du Vème Dalaï-Lama et d’autre part, la reconnaissance et l’éducation du VIème Dalaï-Lama pendant 15 ans.

Tsangyang Gyatso prononça donc ses vœux vers 1697. Mais le jeune homme resta un peu trop porté sur des considérations bassement terrestre : la musique, le chant, les femmes… Il refusa finalement une vie de reclus et décida de vivre parmi le peuple. Ses poèmes devinrent vite célèbres. D’apparence très sensuelle et légère, ces vers contiennent maints messages sur la voie bouddhique. Son style est bref et porteur de sens caché.

Adulé encore aujourd’hui, il a disparu sur la route et demeure le seul Dalaï Lama dont les cendres ne sont pas au Potala.

Un autre tulku qui a refusé sa voie est Osel Hita Torres. Né en Andalousie, ce jeune espagnol est découvert à l’âge de 6 ans et désigné par le 14e Dalaï Lama comme étant le tulku du Lama Yeshe.

Il est séparé de sa famille mais ne le vit pas bien. Après des années qu’il décrira plus tard en des termes bien sombres (« reclus dans un univers médiéval »), il décide de tout quitter à ses 18 ans. Il revient donc en Espagne et démarre des études de cinéma à Madrid. Loin de l’avoir totalement rejeté, la communauté bouddhiste garde des photos de lui, même de nos jours : barbus, caméra au poing.

Elijah Ary, reconnu comme la réincarnation d’un moine mort au milieu du XXe siècle, le tibétain Geshe Jetse, a lui aussi finalement choisi un retour à la vie civile.

Ce jeune canadien vivait au milieu d’une famille convertie au bouddhisme. A l’âge de 4 ans, il commence à se souvenir de sa vie antérieure et raconte des anecdotes à ses parents, nommant ses compagnons d’alors. Les parents rapportent, sans trop y croire, ses mots à un moine, qui finira par désigner Elijah comme tulku.

Le choc est rude pour ses parents, qui même s’ils sont très croyants refusent de voir partir un si jeune enfant. Elijah ne sera finalement envoyé en Inde qu’à 14 ans. Après des années au milieu des moines, il préfère rentrer au Occident, et… se marier avec son amour d’enfance.
Cependant, il reste très marqué par son expérience et décide que ce retour ne sera que l’occasion de transmettre tout ce qu’il a appris. Après des études à Harvard, il devient professeur de bouddhisme.

La découverte de jeunes tulkus et cette inévitable séparation d’avec leurs familles donne lieu à bien des questionnements d’ordre éthique. Un documentaire retraçant cette quête a même été tourné, sur la découverte de Tenzin Phuntsok, 3 ans et demi. (« L’enfant élu : voyage au cœur du Tibet »). Il est alors important de se rappeler ces quelques exemples : sans forcément rejeter leur foi, certains tulkus ont refusé le destin qui semblait s’imposer à eux.


Marie Koenig pour www.buddhachannel.tv

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