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Le patriarcat de Constantinople (1/4) – par Olivier Clément

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LE PARTIARCAT DE CONSTANTINOPLE

par Olivier Clément

Le grand historien de l’Eglise ancienne, Eusèbe de Césarée, note que l’apôtre André, frère de Pierre et « premier appelé », évangélisa les rives européennes du Pont-Euxin (c’est-à-dire de la Mer Noire).C’est lui qui selon une tradition symbolique, aurait fondé l’église de Byzance. Saint Jean Chrysostome qui fut, au début du 5ème siècle, archevêque de Constantinople, célèbre en celle-ci « la ville des apôtres », ajoutant : « voilà ce que fait celle qui reçut un tel fondateur ». Le prestige de la cité cependant survint avec la transformation de Byzance en Constantinople, la ville de l’empereur Constantin qui fixa dans cette « nouvelle Rome » la capitale de l’empire. L’inauguration officielle eut lieu le 11 mai 330. Un des successeurs de Constantin, Théodose, qui assura la victoire de la foi de Nicée et permit la réunion du deuxième Concile Œcuménique, fixa définitivement sa résidence à Constantinople, déjà dotée de toutes les institutions civiles de l’ancienne Rome. L’évêque de la capitale détenait alors de fait une autorité exceptionnelle. Le 3ème Canon du Concile de 381 affirma que cet « évêque doit avoir un honneur privilégié après l’évêque de Rome, parce que cette ville est une nouvelle Rome ». Autorité morale sans limites géographiques, de même qu’il n’y en avait pas à celle de l’ancienne Rome. Constantinople n’était-elle pas, comme l’écrivait saint Grégoire de Nazianze, qui vint y prêcher contre les ariens le mystère trinitaire et fut un moment son archevêque, « la première ville après la première de toutes » ?

Le concile de Calcédoine, en 453, précise le parallélisme des structures impériales et de celles de l’Eglise. Il pose les fondements du grand édifice byzantin, « symphonie de l’Etat et de l’Eglise, celle-ci représentée par ce qu’on appellera plus tard la « Pentarchie », l’accord des cinq grands patriarcats (Rome, Constantinople, Alexandrie, Antioche, Jérusalem) considérés comme les cinq sens de l’Eglise. Les « privilèges d’honneur » de Constantinople sont transformés en droit d’appel (canons 9 et 17). Le 28ème canon reprend la définition de 382 : « La ville honorée par la présence de l’empereur et du sénat jouissant de prérogatives égales à celle de l’ancienne Rome impériale, doit être magnifiée dans les affaires ecclésiastiques, tenant le deuxième rang après elle ». Mais, cette fois, le ressort propre du futur patriarcat est clairement précisé : il englobe les métropoles du nord-ouest de l’Asie Mineure et Sud-Est des Balkans, dont les métropolites « seront ordonnés » par l’archevêque de Constantinople ; il en sera de même pour « les évêques qui se trouvent dans les régions barbares rattachés à ces diocèses ».

Rome refusa d’abord de reconnaître ce 28ème canon, en donnant une interprétation restrictive aux décisions de Nicée qui n’attribuaient de « privilèges d’honneur » qu’aux trois sièges de Rome, Alexandrie et Antioche, trois fondations « pétriniennes » disait le Pape saint Léon. Celui-ci estimait aussi qu’on ne pouvait remplacer le critère « apostolique » par un critère « politique ». C’était d’ailleurs oublier que, pour les orientaux, la capitale de l’empire n’était pas d’abord un centre politique, mais bien sacral, une image de la Jérusalem nouvelle : « Je t’ai vaincu, Salomon », dira au siècle suivant l’empereur Justinien en entrant dans Sainte-Sophie. De même l’empereur récapitulait en quelque sorte le « sacerdoce royal » du laïcat. Du reste, peu à peu, Constantinople répondra à l’argument romain par le rappel de l’apostolicité de Byzance…

Devant l’opposition du Pape, le 28ème canon fut omis des listes canoniques immédiatement postérieures au concile. Mais la situation qu’il consacrait subsista. Et il parut dans le Syntagma, au 6ème siècle,puis dans les collections byzantines plus tardives ; et on le trouve dès ce même 6ème siècle, dans la plus ancienne collection canonique latine, la Prisca.

A la fin du 6ème siècle, l’Empire « œcuménique » ayant disparu en Occident mais subsistant en Orient, le patriarche de Constantinople prit le nom de « patriarche œcuménique ». On ne saurait évoquer ici le rôle immense des patriarches de ce siège en « symphonie » souvent fort difficile avec les empereurs, mais le caractère « bipolaire » du système étant toujours rétabli par les moines, parmi lesquels se recrutent les patriarches. Nommons au moins Grégoire de Nazianze, Jean Chrysostome, Flavien, Taraise, Photius, et les grands patriarches « hésychastes » du 14ème siècle, surtout Athanase 1er. Rappelons aussi les conciles œcuméniques réunis à Constantinople ou dans sa banlieue, le 2ème en 381, le 4ème en 451, le 5ème en 553, le 6ème en 680 ; ainsi que le seul concile d’union avec Rome jusqu’ici réussi, celui de 880, et les conciles palamites du 14ème siècle.

Lorsque l’empire, vers la fin du Moyen-Age, se rétrécit jusqu’à ne plus englober que la banlieue européenne de sa capitale et une partie du Péloponnèse, le Patriarcat se prépare à lui survivre et administre de vastes territoires contrôlés par l’Islam ou appartenant au royaume de Pologne-Lituanie (et jusqu’en 1448, à la principauté de Moscou). Le patriarche Philotée, en 1354, écrit que l’Eglise de Constantinople « manifeste à toutes les saintes Eglises de l’univers sa sollicitude et son attention ». Au grand-duc Dimitri de Moscou, il se présente en 1370 comme « le père commun des chrétiens ». Et dans les actes patriarcaux du 14ème siècle, Constantinople est présentée comme le témoin majeur de la vraie foi.

par Olivier Clément

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