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Bouddhisme et Christianisme : Question de Méthode

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REFLEXIONS DE LAURENT GAGNEBIN

SUR LA METHODE DU DALAI-LAMA

Numéro 206 de Evangile et Liberté

À l’écoute du Dalaï-Lama interprétant quelques pages des évangiles, Laurent Gagnebin trouve dans son approche une manière très suggestive d’exprimer ses convictions : il s’agit là davantage de questions de méthode, que de questions de doctrines en tant que telles.

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Bouddhisme et christianisme : questions de méthode

Méfions-nous de ces interprétations trop occidentales du bouddhisme ; on le comprendra peut-être d’autant mieux que l’on acceptera la part, parfois essentielle, qui nous en échappe. Méfions-nous aussi de ces « bouddhistes » qui se disent tels sans avoir jamais accédé à cette donnée fondamentale de la conversion caractérisant une sagesse qui, pour être véritablement vécue, exige un retournement coûteux et total : dans notre existence, notre esprit, notre pensée, nos conduites.

J’ai lu, offert par une amie, le livre intitulé Le Dalaï-Lama parle de Jésus, titre inexact, puisqu’il s’agit là de pages des évangiles que le Dalaï-Lama explique à sa manière sans jamais prétendre qu’il pourrait parler de Jésus lui-même. Et cette manière, elle, est décisive ; elle pose en effet des questions de méthode de la plus haute importance pour un authentique dialogue interreligieux. C’est à elles seules que je veux m’attacher ici ; j’en relève quatre.

Le lieu d’où l’on parle

Ce qui me frappe, c’est que le Dalaï-Lama commente les textes évangéliques à partir d’un éclairage intégralement bouddhiste. Il reste là où il est. Il ne fait pas comme s’il pouvait prétendument accéder à une compréhension chrétienne ou abstraite et universelle des choses. Peut-on d’ailleurs vraiment faire différemment ? Le chrétien peut-il comprendre l’Ancien Testament en oubliant sa tradition et peut-il faire, lui, une lecture juive de ces pages ? Que dire de nos approches œcuméniques de la Bible, alors que catholique, orthodoxes et protestants sont si différemment situés ! La meilleure façon de se comprendre et de s’enrichir mutuellement sera peut-être de rester tout simplement soi-même, c’est-à-dire à sa place. Les différences assumées inclineront davantage à des proximités que de trop rapides et superficielles ressemblances.

Un pluralisme assumé

J’ai admiré avec quel calme le Dalaï-Lama donne ses interprétations en insistant sur le côté partiel de son approche et en rappelant alors que le bouddhisme n’est pas unanime, est caractérisé par des écoles de pensée différentes et parfois même opposées. Cela lui paraît tout à fait normal et il ne cherche pas à imposer son point de vue comme le seul autorisé et valable. Quelle belle leçon pour un christianisme si peu enclin, dans son histoire, à accepter le pluralisme, la diversité, et toujours tenté par un doctrinarisme (comme disait Wilfred Monod) monolithique et par un autoritarisme totalitaire !

Une lecture symbolique

Comme il est réjouissant aussi de voir le Dalaï-Lama lire tel récit évangélique de démons et de guérisons en adoptant tout naturellement une approche historico-critique, déprise de tout fondamentalisme : « Je pense que ce sont là des termes et des façons de parler en usage à une époque donnée, dans un environnement donné […] La mention de la guérison des malades ne doit pas être prise au sens littéral. »

Foi et raison

Exemplaire enfin, cette volonté du Dalaï-Lama de montrer que « le bouddhisme souligne sans cesse le besoin d’allier la foi et la raison pour avancer sur la voie spirituelle ». Rien de cette vaine et nuisible opposition entre théologie et philosophie : « La foi doit être fondée sur la raison et la compréhension. » On croirait entendre Albert Schweitzer. Dans cette perspective, la conviction trouve sa solidité et son ancrage dans le raisonnement. Il cite une sentence tibétaine : « Une personne dont la foi n’est pas enracinée dans la raison ressemble à un torrent que l’on peut diriger n’importe où. » On ne saurait mieux dire.

Gagnebin, Laurent

Professeur honoraire de la Faculté libre de théologie protestante

Rédacteur en chef d’Évangile et liberté

Président du Christianisme Social

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Evangile et Liberté

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