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Eau, Symbolique et Religions : Les premiers cultes (1)

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EAU, SYMBOLISME ET RELIGIONS

Élisabeth JASKULKÉ

L’eau, matrice originelle

Mais peu étudiée par les spécialistes

Une étude attentive de la bibliographie accessible donne aujourd’hui peu de références conjointes sur ces deux thèmes. Les travaux de recherche sont souvent concentrés sur une religion ou une époque. Il ne s’agit dans le propose qui suit que de proposer un voyage dans l’histoire des religions et leur rapport avec l’eau, rapport très souvent lié aux conditions géographiques locales.

L’eau, pilier fondamental

G. Bachelard illustre l’importance de l’eau à l’aube de l’humanité en insistant sur la combinaison de l’eau et la terre, et la formation de cette pâte originale,
que l’homme malaxe et façonne pour lui donner un but, donc une vie.

La deuxième propriété de l’eau, que l’on retrouve dans les religions, est celle des lacs : Narcisse se réfléchissant et se troublant dans le miroir des eaux calmes. Le monde qui se reflète dans l’eau claire est celui de la beauté et de l’équilibre. L’eau devient alors l’instrument de cet état, que nous cherchons
tous à atteindre.

L’eau fait du bruit, et le chant des ruisseaux est souvent associé à l’insouciance enfantine, fraîche, claire et “ gazouillante ”.

La poésie, l’écriture artistique comme l’opéra (Faust par exemple) ont beaucoup utilisé les associations de beauté et de calme véhiculées par l’eau, mais en restant souvent au niveau des mythes et des symboles, que les religions ont pour la plupart intégrés dès leurs textes fondamentaux.

Enfin l’eau est un aliment, mais le seul aliment sans forme, ni odeur, ni couleur et … goût ! L’eau-aliment a une portée symbolique dès qu’elle est identifiée comme véhicule, ou diluant. Le nouveau né ne peut se nourrir que d’aliments liquides, ce qui renvoie à l’eau-lait, symbole de vie et d’affection ; l’eau « plate » s’égaye avec des bulles, des fruits, du vin pour devenir plaisir. Mais l’eau du robinet, aliment le plus contrôlé aujourd’hui en France, ne véhicule aucune image, et peut parfois faire l’objet de suspicions, du fait de sa « non-identité ».

Les premiers cultes

Thermes Gallo romain de Paris
Thermes Gallo romain de Paris

L’eau, un des 4 éléments

D’après Saintine, les celtes utilisaient différent moyens pour faire disparaître
les dépouilles humaines. Par exemple, dans certaines régions, les corps étaient enfouis dans un tronc d’arbre creusé et ce tronc était livré à la rivière. On a en effet retrouvé de tels troncs à l’embouchure du Rhin. Cette coutume mêle un culte de l’arbre, seul élément permettant de passer de la terre vers le ciel (cf. coutumes africaines autours des baobabs) et le culte de la rivière, le don du corps à l’eau. Le culte des morts tourne en permanence autour des 4 éléments, l’eau, la terre, le feu et l’air.

De même que les égyptiens font naviguer leurs morts sur le Nil pour changer de rive, les derviches indiens peuvent “ noyer ” des corps dans l’eau sacrée du Gange. Les civilisations qui se sont construites autour de fleuves ont intégré la notion de départ et de voyage à celle de la mort : partir loin sur le fleuve ou la mer, “ c’est mourir un peu ”.

L’eau apparaît donc avant tout comme un moyen de transport dangereux, maléfique, à la différence de la terre, féconde. L’enfant ou la femme sortant de l’eau est maléfique, celui qui est sauvé des eaux est miraculé. La traversée des eaux symbolise bien souvent la traversée de la mort.

Pour revenir aux 4 éléments, décrits par Sénèque dans Naturales Quaestiones , les populations primitives ont rapidement pu utiliser les propriétés dissolvantes et purifiantes de l’eau.

Les premières spéculations abstraites viennent de l’Asie, et des concepts yin/yang.

On voit donc que rapidement l’interaction entre ces éléments et les moyens de les associer pourront être traités au niveau philosophique, puis avec G Bachelard au niveau phsychanalitique.

Aujourd’hui certains courants religieux ismaéliens (d’après quelques sites Internet) se réfèrent encore à l’adoration de ces 4 éléments, base de leur enseignement initiatique.

L’épopée de Gilgamesh reste aujourd’hui un des premiers écrits sumériens qualifié de religieux et fondateur. Certains passages ont été intégralement repris dans la Bible. Par exemple dans la XIè tablette, les Dieux décident d’anéantir le genre humain, sauf un humain prévenu par Ea, et qui construit un bateau pour s’y réfugier avec des animaux. Epargné par la pluie diluvienne, il se réfugie sur une montagne et accède à l’immortalité. Gilgamesh partira à la recherche de cette montagne, situés dans un pays inaccessible, “ aux bouches de fleuves ”.

Le thermalisme romain : religion ou hygiène ?

Les thermes étaient voués à deux usages : les bains hygiéniques et les immersions dans les eaux curatives. Mais il n’en reste pas moins que la guérison thermale est due au pouvoir bénéfique de l’eau, qui provient donc du caractère sacré des divinités qui l’habitent.

Dans la plupart des sites thermaux fouillés en France et Espagne, les vœux aux nymphes (Nymphis – Nimfis – Nimpis, …) représentent jusqu’à 2/3 des inscriptions étudiées.

Les études archéologiques sont de plus en pus difficiles et doivent être complétées par des études de toponymie et d’épigraphie. C’est ainsi que par exemple on identifie un nombre considérable d’établissements thermaux en Espagne, région de Lusitanie, où le dieu thermal Bormanicus est vénéré. Ce dieu est parfois associé à Apollon, parfois identifié seul, selon un culte gaulois et hispanique. Il semble même que la plupart des villes importantes se soient créées d’abord en villes d’eau et souvent sur des sites où l’on retrouve des allusions à des civilisations préexistantes et des cultes de nymphes. Cette importance est d’ailleurs illustrés par l’existence de forteresses dédiées à la défense d’établissement thermaux.

L’eau des fontaines est sacrée

C’est ce que montre Brigitte Caulier, qui a compté plus de 6 mille fontaines répertoriées par le clergé en France, ces fontaines ne correspondent visiblement pas à des besoins particuliers en eau, mais seraient des lieux de culte celtes ou pré-chrétiens. Ces lieux sont souvent identifiés par une trilogie mégalithe (ou rocher) / chêne / source. Les fontaines ont pour vocation initiale de guérir les maladies, et par la suite ont intégré les religions officielles en conservant leur caractère sacré. On note par exemple une forte réticence encore aujourd’hui à utiliser ces fontaines pour irriguer les cultures ou nettoyer les rues.

Dans l’Yonne, les fontaines liées à des lieux de culte ont été systématiquement recensées. Le petit lavoir de Tharoiseau s’abrite au pied du chevet de l’église, celui de Brion est dominé par un immense calvaire où l’on en appelle à la bonté du Christ pour que les sources ne tarissent pas. Il y a dans ce département beaucoup de statues placées près des sources. Certaines ne semblent pas avoir d’appartenance visible au culte catholique. A l’intérieur des lavoirs, les architectes prévoient souvent des niches, réceptacles de statues. Sainte Véronique est identifiés comme la patronne des lavandières.

Eau, Symbolique et Religions

Lyonnaise des eaux

Elisabeth.jaskulke@lyonnaise-des-eaux.fr


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