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Inde — Un village au milieu du Baghel Khand

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Bhure, environ 45 ans, est le chef d’un village de 95 familles d’agriculteurs. Il a été élu il y a un an et ce, pour un mandat de 3 ans.
Il y a plus d’une dizaine d’années, le village était organisé par Ekta Parishad à travers la présence d’activistes et contrôlé par la population locale.

545454.jpgAujourd’hui, les villageois s’autogèrent et se réunissent chaque mois pour discuter de leur vie dans le village, des différents problèmes auxquels ils doivent faire face et des solutions pour les résoudre (problèmes de terre, semence, eau, récoltes, politiques du Gouvernement,…). Ensuite, ils décident ensemble des stratégies qu’ils vont suivre pour faire valoir leurs droits.

Tous les enfants vont à l’école du village jusqu’en 8ème (12 ans), ensuite ils doivent se rendre au collège de Bahoribond à 7 km. Très peu d’entre eux vont ensuite au lycée, la plupart reste au village pour travailler avec leur famille. Les enfants restaient silencieux lorsque je leur demandais quels métiers ils voulaient exercer plus tard néanmoins, malgré l’amélioration des conditions de vie de ce village depuis ces dernières années, la majorité d’entre m’ont exprimé le souhait de vouloir aller travailler en ville.

Les agriculteurs cultivent principalement du blé, du riz, et quelques légumes pour assurer leur propre consommation. Dans cette région, le climat est très rude et il n’est pas possible d’irriguer les terres tout au long de l’année mais récemment, ils ont construit un énorme puits fonctionnant avec des pompes électrique ou diesel qui facilite l’irrigation.

Malgré cela, les récoltes ne sont pas suffisantes pour assurer la consommation du village entier et pour avoir un niveau de vie convenable, ils ont donc du trouver des techniques et des emplois supplémentaires.

Systèmes et emplois supplémentaires pour améliorer leurs conditions de vie

Pour atteindre cet objectif, le village a été soutenu par Ekta Parishad pour développer des activités économiques comme fabriquer des bâtons d’encens ou mettre en place un groupe d’entraide (MHG-Mutual Help Group).

Le MHG est un système solidaire qui consiste à créer une réserve d’argent approvisionnée par les contributions des villageois, sans aucun lien avec aucune banque. L’argent collecté est gardé dans une boîte et maintenue dans une des maisons du village tandis que les clefs se trouvent dans une autre maison. Cette boîte ne peut être ouverte qu’en présence de tous les membres du groupe. L’argent est disponible pour n’importe quel membre du MHG qui a besoin d’un prêt pour un but communautaire ou personnel. Si le prêt fait profiter toute la communauté (agriculture, magasins de produits non alimentaires,…) le taux d’intérêt sera plus bas que s’il s’agit d’un prêt à but purement personnel (mariage, traitement médical,…) mais dans chaque cas, le taux d’intérêt sera discuté par l’ensemble de la communauté.

D’autre part, un des travails supplémentaires effectués par les femmes, est la fabrication de bâtons d’encens, très utilisés dans la vie quotidienne indienne. Elles enroulent autour d’un stick de bambou, une sorte de pâte noire préalablement préparée avec différentes poudres d’écorce et de plantes mixées avec de la résine et du charbon. Une fois que les sticks sont secs, elles ont deux manières de vendre leurs produits. Premièrement, elles les vendent au kilo à différents magasins en ville qui vont ensuite les revendre. Deuxièmement, elles achètent le matériel nécessaire pour envelopper les sticks et les vendre elles-mêmes sur les marchés des petits villages.

Pour fabriquer un kilo de sticks, une femme a besoin d’une journée complète et le vendra à un magasin pour 0,35 euros. Sur le marché d’un village, elle vendra un paquet de 50 sticks pour 0,073 euros.

En outre, une autre forme de générer des revenus supplémentaires est le travail du bidi. Les arbres Tendu d’où proviennent les feuilles nécessaires, se trouvent sur des terres appartenant au Gouvernement qui a octroyé des droits aux villageois pour collecter certains produits de la forêt.

Ils collectent donc les feuilles Tendu, les sèchent et en font des paquets de 30 à 35 feuilles appelés bundle. Des agences gouvernementales achètent 0,70 euros les 100 bundles. Une fois les feuilles traitées, elles retournent entre les mains des villageois pour être roulées en bidi et en faire des paquets de 10. Les bidis sont principalement roulés par les femmes chez elle lorsqu’elles ont du temps libre après les travaux domestiques. Elles peuvent rouler 100 bidis en 20 min, qui seront vendus 0,70 euros, une fois de plus aux agences gouvernementales.

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Les habitants de ce village ont du accumuler plusieurs travails pour survivre, comme la majorité des communautés d’agriculteurs en Inde. Ils ont aussi du et doivent encore à l’heure actuelle lutter pour leurs terres et faire valoir leurs droits. Ce fut notamment le cas pour ce village en 1990…

Douze ans de lutte des femmes soutenus par Ekta Parishad

Dans ce village, la majorité des terres est ancestrale, appartient donc aux villageois et est gérée par les hommes. En 1990, 20 femmes, soutenues par Ekta Parishad, ont décidé de gérer 7 hectares de terres encroached (terres que la population s’approprie sans titre officiel) et d’y cultiver du blé et du riz pour la consommation du village. Depuis qu’elles ont commencé à travailler ce sol, le Gouvernement n’a pas cessé d’essayer de les chasser mais n’y est jamais parvenu compte tenu du fait qu’Ekta était derrière elles. Cependant, ces 20 femmes ont été poursuivies par le Gouvernement et chacune condamnées à verser 500 roupies.

En Inde, si des gens cultivent une terre depuis au moins 12 ans et rassemblent d’autres différents critères, ils gagnent le droit de réclamer un patta (titre de propriété). Un patta est octroyé par personne et pour une surface minimum de 5 acres. En conséquence, après 12 ans de lutte, 3 femmes du groupe qui ne possédaient aucune terre ancestrale se sont vues recevoir un patta et ont pu finalement cultiver des parcelles sans aucune persécution de la part du Gouvernement.
Au cours de ces 12 années de lutte, Ekta Parishad a financièrement et moralement soutenu ces femmes remarquables pendant les poursuites judiciaires et les démarches administratives mais aussi une fois qu’elles ont obtenu leur patta pour cultiver leurs terres.
Un exemple parmi les nombreuses luttes pour la terre en Inde.


Elodie Kergresse

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