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La réincarnation dans le Christianisme

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Photo © enokch
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La réincarnation dans le Christianisme

Argument d’une « censure de la réincarnation »

pour des raisons politiques

Il existe une mouvance de groupes ésotériques et « spiritualistes » (par exemple le mouvement spirite ou la théosophie), souvent nés au XIXe siècle avec le regain d’intérêt pour l’occultisme, qui croient en la réincarnation, et la présentent comme une croyance partagée par de très nombreuses religions et spiritualités à travers les âges et les lieux.

Ils incluent dans cette liste le christianisme des origines. Selon eux, les premiers chrétiens (ou au moins une partie d’entre eux) croyaient en la réincarnation, mais cette croyance aurait été censurée et déclarée hérétique au IIe concile de Constantinople, pour des raisons politiques. Ces raisons politiques étaient d’intenses conflits de pouvoirs entre l’Empire romain d’Orient et l’Empire d’Occident (Rome et Byzance), entre les différentes églises et patriarcats de la chrétienté des premiers siècles, et surtout des conflits théologiques importants entre les différentes obédiences des premiers chrétiens, à une époque où la doctrine chrétienne faisait encore l’objet de vifs débats : origénisme, monophysisme, nestorianisme, orthodoxes, etc.

Les tenants de cette thèse s’appuient notamment sur certains passages des Évangiles, qui comporteraient selon eux des allusions voilées à la réincarnation (voir ci-dessous, Dans la Bible). Ils soulignent également que, si les Pères de l’Église ont condamné la doctrine de la métempsycose, on trouve plusieurs allusions ambiguës, qui montrent qu’elle était au minimum « dans l’air du temps ». Ainsi par exemple chez saint Augustin, sans doute le plus influent de tous les Pères de l’Église, dans ses Confessions :

  • « Dis-moi, Seigneur… dis-moi, mon enfance a-t-elle succédé à un âge que j’aurais vécu, interrompue par une mort précédente ? Était-ce celui que j’ai passé dans le sein de ma mère ?… Et avant cette vie, Ô Dieu de ma joie, me trouvais-je quelque part, ou dans un autre corps ? Pour répondre, je ne trouve personne, ni père, ni mère, ni l’expérience d’autrui, ni ma propre mémoire. »

Ou encore, dans Contra Academicos :

  • « Le message de Platon, le plus pur et le plus lumineux de toute la philosophie, a finalement dispersé l’ombre de l’erreur et il brille maintenant surtout chez Plotin, le platonicien, qui ressemble tellement à son maître que l’on pourrait penser qu’ils vécurent en même temps, ou plutôt – puisqu’une si longue période les sépare – que Platon est né à nouveau en Plotin. »

Selon eux, il y a bien un faisceau d’éléments tendant à montrer que la croyance en la réincarnation – qu’ils attribuent aux premiers chrétiens – aurait été censurée pour des raisons politiques.

Réfutation de la réincarnation

Cependant, cette approche est vigoureusement contestée par la plupart des théologiens, en particulier catholiques. C’est par exemple le cas du cardinal Schönborn, dans de nombreux articles publiés dans la Documentation Catholique.

Ces théologiens soulignent que cette vision est souvent issue d’un nouvel anti-cléricalisme (par exemple, en France, autour du philosophe Michel Onfray), qui évacuent le dogme de l’histoire de l’Église au profit du seul domaine politique.

Ils mettent en avant le fait que les premiers chrétiens étaient avant tout « croyants », et que la doctrine de la métempsycose, quand elle existait, était le fait de groupe hétérodoxes et minoritaires. Pour eux, le dogme de l’Église sur cette question a toujours été celui de la résurrection de la chair. Aucun des Pères de l’Église n’a enseigné la réincarnation, rappellent-ils. Dès Irénée de Lyon (vers 130-208), elle est réfutée sans ambiguïté. Ce sera aussi le cas de Tertullien, Hippolyte ou Jean Chrysostome. Quant à Augustin, si nous avons vu plus haut des commentaires pouvant sembler ambigus, il affirme clairement dans La Cité de Dieu :

  • « N’est-il pas beaucoup plus honorable, dis-je, de croire que les âmes retournent une fois pour toute dans leur propre corps au moment de la résurrection plutôt que de revenir maintes fois dans différents corps ? »

Lorsque les Père de l’Église mentionnent la réincarnation, c’est toujours en passant, et la plupart du temps pour la réfuter.

L’origénisme est parfois évoqué à l’appui de l’idée d’une croyance chrétienne antique en la réincarnation. En effet, lors du IIe concile de Constantinople en 553, évoqué plus haut, l’origénisme et Origène lui-même (mort depuis trois siècles, mais ayant conservé une grande influence), furent déclarés anathèmes. Cependant, l’origénisme constitue une doctrine vaste, et son rapport avec la réincarnation n’est pas clair. Ce qui sous-tend l’origénisme, c’est la préexistence des âmes dans le sein de Dieu, mais les exégètes divergent sur le point de savoir si Origène a enseigné la métempsycose ou non. La phrase ambiguë : « Quant à savoir pourquoi l’âme humaine obéit tantôt au mal, tantôt au bien, il faut en chercher la cause dans une naissance antérieure à la naissance corporelle actuelle. » a été interprétée par certains comme une validation de la réincarnation, mais elle pourrait renvoyer à la préexistence des âmes. L’aboutissement de la théologie d’Origène est l’apocatastase, c’est-à-dire le pardon intégral de toutes les créatures morales – les êtres humains, les anges, mais aussi les démons – et leur réconciliation finale dans le Royaume de Dieu.

En fait, dès le premier concile de Constantinople en 380-381, qui a donné le résumé dogmatique des conciles précédents, le credo chrétien est défini. C’est le symbole de Nicée-Constantinople, qui se conclut par : « nous attendons la résurrection des morts et la vie du monde à venir ».

La croyance en la réincarnation s’oppose, en effet, au dogme de la « résurrection des morts » à la fin des temps et à l’incarnation du Verbe divin en Jésus-Christ pour sauver le monde visible et invisible par une seule et unique incarnation. Dans l’Apocalypse, les âmes des saints gémissent sous l’autel de Dieu attendant que leur corps leur soit rendu. Car pour le christianisme, aussi bien l’âme que le corps sont uniques, et constituent la personne à part entière. Il y a une unité profonde des êtres vivants, qui fait que l’âme et le corps sont indissociables – argument que l’on retrouve également chez Aristote.

C’est la singularité de l’incarnation (une âme dans un corps) qui exclut la réincarnation dans le christianisme. Là est finalement le véritable divorce entre la réincarnation et la foi chrétienne « dogmatique » : alors que dans la réincarnation, le corps n’est qu’un « véhicule » ou un « vêtement » dont l’âme change à chaque nouvelle incarnation, dans le christianisme la chair est appelée elle aussi à ressusciter.

Au cours de son pontificat, le pape Jean-Paul II a réitéré l’hostilité de l’Église à la doctrine de la réincarnation.

La réincarnation dans la Bible

Certains groupes « spiritualistes » font référence à des passages des Évangiles qui, selon eux, indiqueraient une croyance du christianisme originel dans la réincarnation. Cependant, une interprétation alternative « non réincarnationniste » peut souvent être donnée desdits passages.

Ils citent, par exemple, ce passage où les prêtres et les Lévites demandent à Jean-Baptiste « Es-tu Élie? ». Il existe en effet un courant de la tradition juive qui pense que le jugement dernier sera précédé par un retour sur terre du prophète Élie11. Jean-Baptiste répond : « Je ne le suis pas » (Jean 1:21), mais la simple existence de la question est considérée par certains comme un signe de la croyance en la réincarnation.

La confusion ici est entre réincarnation et assomption. Outre la Vierge Marie (selon le dogme catholique), plusieurs personnages, historiques ou mythiques, ont connu l’assomption, donc, n’ont pas connu la mort : Enoch, Moïse, Élie. Ainsi, rien dans la Bible ne permet de dire que le prophète Elie est effectivement mort. Le texte évoque un « enlèvement » au ciel sur un char de feu (2 Rois 2:11). Les prêtres et les Levites parlaient (peut-être) d’un retour d’Elie mais en tant qu’entité vivante et n’ayant jamais connu la mort.
Par ailleurs, 2Rois 2:1512 et Luc 1:1713 permettent de préciser cette question : il est possible que Jean-Baptiste soit accompagné par « l’esprit et la puissance » d’Élie, sans que cela signifie pour autant qu’il en soit la réincarnation (cf plus haut notion d’engendrement spirituel).

Sur le même sujet, dans la péricope de la Transfiguration, on peut lire :

  • « Et les disciples lui posèrent cette question : « Que disent donc les scribes, qu’Élie doit venir d’abord ? »

Il répondit :

  • « Oui, Élie doit venir et tout remettre en ordre ;
    or, je vous le dis, Élie est déjà venu, et ils ne l’ont pas reconnu, mais l’ont traité à leur guise. De même le Fils de l’homme aura lui aussi à souffrir d’eux ».

Alors les disciples comprirent que ses paroles visaient Jean le Baptiste. »
(Matthieu 17:12,13)

Certains en ont là encore conclu que Jean-Baptiste était la réincarnation d’Élie. Mais la littérature juive antique refuse l’idée de réincarnation. Il faut donc plus probablement comprendre que Jean-Baptiste est un autre Élie : ce qu’Élie était pour son temps, Jean-Baptiste l’est pour le sien (et ce d’autant plus, comme nous l’avons vu plus haut, que l’esprit d’Élie a pu inspirer Jean-Baptiste).

Il y a également cette question ambiguë que posèrent les disciples, dans l’Évangile de Jean (9:2) à Jésus-Christ, à propos d’un aveugle de naissance : « Rabbi, qui a péché ? Cet homme ou ses parents, pour qu’il soit ainsi né aveugle ? » Ce qui pourrait être interprété comme suggérant l’existence d’une autre vie (et donc de péchés) avant celle-ci.

En fait, il s’agit ici vraisemblablement d’une question rhétorique. En effet, dans la tradition biblique, il est coutume de croire qu’une maladie peut être une malédiction provenant d’un péché commis par soi-même ou un membre de sa famille.

Inversement, dans l’Épître aux Hébreux, attribué à saint Paul, il est écrit :

  • « Comme il est réservé aux hommes de mourir une seule fois, après quoi vient le jugement, de même Christ, qui s’est offert pour porter les fautes de plusieurs, apparaîtra sans pécher une seconde fois à ceux qui l’attendent pour leur salut. » (Hébreux 9:27-28)

Il s’agit d’un démenti clair de la notion de réincarnation. Cependant, les tenants de la thèse « réincarnationniste » font valoir que le mot grec hapax, traduit par « une seule fois », peut également signifier « entièrement ». Par ailleurs, il mettent en doute l’attribution de l’Épître aux Hébreux à Paul, arguant que celui-ci, dans son Épître aux Galates (2:7-8), sa Deuxième épître aux Corinthiens (10:13-16) et surtout dans son Épître aux Romains (15:20) s’était toujours défendu de vouloir évangéliser les Juifs.

Au final, il apparaît donc que le dogme des Èglises chrétiennes est bien celui de la résurrection de la chair. Cependant, il reste possible pour des groupes hétérodoxes, d’inspiration chrétienne ou non, de voir dans certaines passages de la Bible, et en particulier du Nouveau Testament, des allusions plus ou moins métaphoriques à la réincarnation, au prix d’une liberté d’interprétation des textes.

La Réincarnation et les gnostiques

Dans la mouvance chrétienne, c’est sans doute chez les gnostiques que le thème de la réincarnation est le plus explicitement présent.

Le terme « gnostiques » désigne un ensemble de « sectes » (entendu ici comme groupes minoritaires) des premiers siècles après Jésus-Christ, d’inspiration chrétienne mais aussi largement syncrétique, incorporant dans leur doctrine des mythes orientaux ainsi que des éléments provenant de la philosophie grecque, en particulier du platonisme. On les retrouve du Jourdain à l’Asie Mineure, et en particulier en Égypte. Les doctrines gnostiques étaient variées, mais elles avaient en général pour point commun de considérer que l’incarnation dans la matière était un piège tendu par un esprit malfaisant, et que seule une connaissance initiatique (la gnose, du grec « gnôsis », connaissance) peut permettre à l’âme de se libérer de ce piège et de retrouver sa pureté. Dans ce contexte, la réincarnation a une signification négative : alors que les âmes les plus évoluées, s’étant libérées grâce à la gnose, peuvent rejoindre le divin, les autres sont rejetées vers le bas, tourmentées en enfer, avant d’être soumises à l’oubli de leur vie précédente et renvoyées dans un nouveau corps. Les gnostiques nomment les réincarnations des « transvasements » (métaggismoï), des sortes de transfert de prison en prison, de corps en corps.

Au Moyen Âge, les bogomiles et les cathares ont été influencés par le gnosticisme – et également considérés hérétiques et combattus par l’Église. Les cathares croient en la réincarnation, sans doute pas en la métempsycose.

L’engendrement spirituel des Chrétiens d’Orient

Sans croire à la réincarnation, les chrétiens d’Orient sont attachés à la notion d’engendrement spirituel. Selon cette croyance, quelqu’un peut, à un moment de sa vie, intégrer en lui les qualités spirituelles d’une autre personne (généralement un saint), que cette dernière soit vivante ou morte.


Wikipedia

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