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Chine — Sur la montagne sacrée de Wutaishan, le retour du bouddhisme est visible

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09.07.2009

WUTAISHAN, Chine — Le bouddhisme fait un grand retour en Chine depuis quelques années et ce n’est nul part ailleurs plus visible qu’à Wutaishan, la première des quatre montagnes sacrées du pays, à 300 kilomètres au sud-ouest de Pékin.

Des visiteurs arrivent au temple de Wutaishan, le 24 juin 2009, à 300 km au sud-ouest de Pékin
Des visiteurs arrivent au temple de Wutaishan, le 24 juin 2009, à 300 km au sud-ouest de Pékin

« Je viens étudier sur la montagne Wutai parce que toutes les écoles du bouddhisme y sont représentées et entremêlées: bouddhisme zen, tibétain ou han (chinois) », explique Maître Shi, un moine itinérant.

« C’est la terre sainte du bouddhisme… Les moines et les nonnes viennent de tout le pays y étudier », ajoute-t-il.

Après des décennies de communisme résolument athée, et même de violente répression pendant la révolution culturelle (1966-1976), les autorités laissent désormais un espace à la religion et aux églises, toujours sous étroit contrôle politique.

Du coup, les temples revivent, dans les volutes de l’encens brûlé par les fidèles, et les moines renouent avec les traditions ancestrales de pèlerinage.

Shi, bure grise et crâne rasé, a fait de même, à la recherche du savoir, après avoir étudié le bouddhisme tibétain à Lhassa. Il a ainsi visité le temple de Hongfa, tout au sud de la Chine, dans la province du Guangdong, et celui du Cheval blanc, plus vieux lieu de prières bouddhiste de Chine, dans le Henan (centre).

Sur le mont Wutai, inscrit depuis juin au patrimoine mondial de l’humanité par l’Unesco, Shi a le choix: il y a aujourd’hui 53 temples habités de moines et de nonnes, au milieu des ruines de 150 autres disséminés dans la montagne.

Le plus vieux remonte au 1er siècle et à l’introduction en Chine du bouddhisme venu d’Inde.

Selon la presse officielle, il y aurait aujourd’hui 300 millions de Chinois adhérant à une religion alors que, longtemps, le Bureau des affaires religieuses a parlé de cent millions de croyants.

Le nombre de moines aussi a fortement progressé: « il y a vingt ans, alors qu’on se remettait juste de la Révolution culturelle » durant laquelle les temples avaient été détruits à grande échelle par les gardes rouges et les moines persécutés, « il y avait à peine quelques centaines de moines » à Wutaishan, note Yi Bo, porte-parole de l’Association Bouddhiste de la montagne.

« Depuis, le bouddhisme n’a cessé de se développer et les moines d’affluer… Il y a trois ans, leur nombre a atteint les 5.000 », dit-il.

Point trop n’en fallait: le gouvernement est alors intervenu pour restreindre le nombre de moines pouvant étudier dans les temples de la montagne sainte.

Le soutien financier vient des donations des fidèles, explique Miao Yi, une des 600 nonnes de l’Institut Bouddhiste du temple Pushou, le plus grand couvent de Chine, bénéficiaire notamment de la générosité de bouddhistes de Taiwan et de Hong Kong.

L’an dernier, la montagne a attiré 2,8 millions de visiteurs qui ont apporté 1,4 milliard de yuans (146 millions d’euros) de recettes touristiques, selon les chiffres officiels. Cette année plus de 3,1 millions de touristes sont attendus.

Ce renouveau reste toutefois dans certaines limites.

A Wutaishan, moines et nonnes ne se risquent pas à parler du dalaï lama, le chef spirituel du bouddhisme tibétain en exil, honni de Pékin qui lui prête des visées séparatistes.

« Nous devons soutenir le patriotisme et l’unité nationale (…) les dirigeants du parti communiste et du système socialiste », avait déclaré Gen Tong, un dignitaire bouddhiste fin 2007 pour les 50 ans de l’Association Bouddhiste de Wutaishan.

« Par le passé, les empereurs de différentes dynasties (…) ont été des bouddhistes fervents », relève Yi Bo.

Si aujourd’hui les dirigeants communistes pouvaient publiquement embrasser la foi « cela serait bien sûr très bénéfique pour nous ».


Source : AFP

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