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Soulèvement ouïghour — Comprendre les enjeux

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07.07.2009

Les émeutes se déroulant à l’heure actuelle au Xinjiang ont un certain nombre de similitudes avec celles observées à Lhassa l’an dernier et sont donc en partie liées à la politique de « hanisation » de Pékin dans la région. Toutefois d’autres facteurs entrent également en jeu, et cette région est vitale pour Pékin.

Les ouïghours vivent mal la domination chinoise

56 nationalités différentes cohabitent au sein de la République Socialiste Chinoise, les ouïghours sont l’une d’elles et sont une minorité très présente dans l’état du Xinjiang au Nord-Est du pays.

Les Ouïghours ont mauvaise réputation en Chine et sont victimes d’une certaine xénophobie, pour les Han, ils sont associés à des criminels. Il semble d’ailleurs que c’est de ce préjugé que partent les émeutes actuelles à Urumqi. Avant les émeutes, de violents affrontements ont eu lieu entre ouvriers ouïghours et han à Canton au sein d’une usine où des Ouïghours auraient été accusés de viol. Ces accusations ont mené à de violents affrontements entre les ouvriers faisant deux morts.

Les Ouïghours sont un peuple millénaire à l’identité culturelle marquée : turcophones et musulmans, cette ethnie est donc différente de l’ethnie majoritaire Han. La politique d’assimilation entreprise par Pékin est donc très mal vécue, les Ouïghours ayant peur de devenir minoritaires dans leur propre pays.

D’autre part si la région est autonome, les Ouïghours n’y ont que très peu de pouvoir et toutes les responsabilités échoient aux Han. Ce qui entraîne beaucoup de frustration chez les jeunes générations.

Le Xinjiang : une région stratégique pour Pékin

Du côté des autorités chinoises, la région est à plus d’un titre essentielle.

Le Xinjiang a été comme le Tibet, le lieu de l’expérimentation de la politique d’assimilation : Pékin a favorisé la migration de Han vers la province pour mieux assimiler la région au territoire chinois, les Han, attachés à Pékin, verrouillent les postes administratifs de la région, ce qui rend l’autonomie de la région limitée.

Au niveau géopolitique local, la région apparaît comme essentielle pour Pékin. Au contact de l’Asie centrale, mais aussi de l’Inde et du Pakistan, la route de la soie y passe, mais elle peut aussi constituer une porte d’entrée évidente de matières énergétiques comme le pétrole ou le gaz dont la Chine est très consommatrice.

Le Xinjiang est aussi une région riche en pétrole et en gaz, et constitue donc un enjeu majeur pour Pékin dont la consommation énergétique explose.

Le Xinjiang est également un véritable symbole de part son nom : la Nouvelle Frontière constitue un véritable Far West chinois et est donc à plus d’un titre une région à conquérir.

La guerre des images

Manifestation de femmes ouïghoures à Urumqi
Manifestation de femmes ouïghoures à Urumqi

Dégâts relevés après une journée d'émeutes à Urumqi
Dégâts relevés après une journée d’émeutes à Urumqi

Depuis le début des émeutes, une véritable guerre des images se met en place entre certains bloggueurs et activistes ouïghours d’un côté et les autorités centrales de Pékin agissant via l’agence de presse Chine Nouvelle.

Depuis les Jeux Olympiques de Pékin, un véritable filet a été mis en place par les autorités chinoises pour empêcher la population d’accéder à un certain nombre d’informations. Ce filet plus ou moins resserré selon les périodes (à l’occasion des 20 ans de Tian’anmen, les autorités ont bloqué énormément de blogs d’activistes).

Ce filet n’a pas été immédiatement resserré au moment des premières émeutes laissant filtrer certaines images que l’agence Chine Nouvelle n’a pas voulu relayer, et que Pékin ne voulait pas voir circuler.

Si l’État chinois a très vite insisté sur les victimes Han de ces émeutes, en montrant des images de civils en sang et des manifestants ouïghours renversant des voitures pour appuyer l’idée d’un soulèvement violent à l’égard de l’autorité centrale et reprenant ainsi les préjugés concernant les ouïghours qui sont perçus en Chine comme suspects, la stratégie de communication de Pékin a été mise à mal au plan international.

En effet, grâce à des caméras et à des téléphones portables, des images montrant la répression policière à l’égard des manifestants et insistant sur le caractère non-violent du mouvement initial ont permis aux médias internationaux de remettre en question la version défendue par Pékin via Chine Nouvelle.

Pékin a en effet beaucoup insisté depuis le 11 septembre 2001 sur l’aspect terroriste des organisations réclamant davantage de liberté au Turkestan Oriental. Cette stratégie est aujourd’hui mise à mal et en partie critiquée par la communauté internationale, qui y voit de plus en plus la volonté des autorités chinoises d’étouffer les revendications autonomistes des régions périphériques chinoises.

Pour le moment, la Chine accuse le Comité pour le Turkestan Oriental basé à Astana au Kazakhstan, d’être à l’origine de ces « manœuvres de déstabilisation ». Les émeutes sont en tout cas à l’heure actuelle très impressionnantes, le chiffre officiel des victimes dépassant les 150. L’évolution de ce mouvement dans les jours à venir nous dira si le Xinjiang sera le nouveau Tibet cette année.

Pour finir, deux vidéos postées sur Youtube montrant une facette différente des événements actuels au Xinjiang en anglais, la première vient de la télévision officielle chinoise (CCTV) et la seconde de France 24:


Thomas PRADO pour www.buddhachannel.tv

Pour mieux comprendre l’historique, voici un article du Monde du 19 Août 2009.

A l’usine de Shaoguan, la méfiance divise toujours ouvriers hans et ouïgours

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