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Les Ouïghours — Histoire d’un peuple attaché à son indépendance

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07.07.2009

Les Ouïghours sont un peuple turcophone, à majorité musulmane aujourd’hui, qui vivent principalement dans le Xinjiang ou Turkestan Oriental. A l’origine nomades vivant dans les steppes mongols, les ouïghours se sont peu à peu sédentarisés. Leur sédentarisation commence en 744; lorsqu’ils se rendent maîtres de la Mongolie.

Avec leur conquête de la Mongolie, les Ouïghours se convertissent peu à peu au manichéisme qui se développe jusqu’au XIème siècle, Bogu le troisième hâkan ouïghour s’y convertit en 744. Après c’est le christianisme nestorien qui va prendre son essor au sein de la population, avec même la présence d’un évêché à Kachgar, capitale historique du Turkestan oriental, au XIVe siècle. C’est finalement l’islam qui va s’imposer au sein de la population ouïghoure par la suite.

Jeune Ouïghoure à Urumqi
Jeune Ouïghoure à Urumqi

Pendant plus d’un millénaire, de 744 jusqu’à 1759, le royaume ouïghour échappe au contrôle de l’empire mandchou. Avec la conquête mandchoue de 1759 commence une période d’occupation de 63 ans. Celle-ci sera marquée par de nombreuses révoltes, 42 en un peu plus d’un demi-siècle! Finalement, la dernière de ces révoltes en 1862, amène à l’indépendance du pays vis-à-vis de la Chine. Si le nouvel État est reconnu par certaines grandes puissances, dont le Royaume-Uni, son avenir est très vite hypothéqué.

En effet, les Anglais, craignant une poussée russe dans la région vont très vite faire pression sur Pékin pour que la Chine réannexe le Turkestan Oriental. Une attaque financée par les banques britanniques est donc lancée en 1876 par la Chine. Le Turkestan est intégré à l’Empire en 1884 sous le nom de Xinjiang (Nouvelle Frontière).

Avec la chute du dernier empereur en 1911 et l’instauration de la République, les Ouïghours tentent à nouveau de se soulever contre l’envahisseur chinois. La révolte de 1933 est toutefois écrasée dans le sang par le voisin soviétique, la région acquiert finalement une semi-autonomie en 1944 tolérée par le Guomindang.

Avec l’arrivée des communistes au pouvoir en 1949, la région perd son autonomie, et va commencer à connaître la colonisation des Han. Tous les soulèvements ont été réprimés dans le sang, en 1954, en 1990 où 7900 personnes sont arrêtées et où l’on dénombre plus de 60 morts après les tirs des policiers sur la foule.

En 1996, suite à une forte poussée de délinquance dans la province, Pékin lance l’opération Frapper Fort pour combattre cette montée de la criminalité, l’opération touche au final davantage les milieux militants, en particulier religieux et politiques, environ 10 000 personnes sont alors arrêtées.

En 1997, 30 dignitaires religieux influents sont arrêtés la veille du Ramadan dans la ville de Guldja (Yining en chinois), leur incarcération entraîne immédiatement la tenue d’un rassemblement pacifique de 600 jeunes devant le gouvernement local. Les jeunes sont alors victimes des gaz lacrymogènes et des coups de matraque de la police et des forces paramilitaires. Le lendemain, un rassemblement de nouveau pacifique est organisé. La participation y est impressionnante. La police tire alors sur les manifestants, le bilan officiel rapporte 167 morts, 5000 personnes parmi lesquelles on compte des enfants sont arrêtées.

Par la répression, Pékin veut montrer l’exemple : 7 personnes sont exécutées d’une balle dans la nuque (facturée à la famille) et sont entreposées sur un camion qui roule à travers Guldja pour faire comprendre aux Ouïghours où était leur intérêt. 9 nouvelles victimes sont à déplorer lors de l’exposition des corps : certains pleurant les martyrs se sont trop approchés du camion et se sont fait tirer dessus par la police.

De nombreuses organisations ouïghoures existent aujourd’hui pour réclamer davantage d’autonomie, les informations à leur sujet émanent principalement du gouvernement chinois et il faut donc les prendre avec précaution. Pékin accuse en effet le Mouvement Islamique du Turkestan Oriental et la Jeunesse du foyer du Turkestan Oriental (qualifié de « Hamas du Xinjiang ») d’être des organisations terroristes, l’ONU et les États-Unis les considèrent aussi comme des organisations terroristes, certains de leurs membres ayant été entraînés en Afghanistan, puis capturés et détenus à Guantanamo.

Pékin a également dans son collimateur le Comité pour le Turkménistan Oriental basé au Kazakhstan et accusé d’organiser des mouvements de soulèvement au Xinjiang. De nombreuses organisations en exil tentent de faire pression sur les gouvernements occidentaux pour que Pékin accorde plus d’autonomie à cette région.

Depuis 2004, existe à Washington un gouvernement en exil, dirigé par Anwar Yussuf de type parlementaire.


Thomas PRADO pour www.buddhachannel.tv

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