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Livre — Schmitt contre Coelho, les fables des gourous

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16.04.2009

sumo_qui_ne_pouvait_pas_4_retaille_listing.jpgTant «La solitude du vainqueur» de Paolo Coelho que «Le sumo qui ne pouvait pas grossir» d’E.-E. Schmitt sont des fables où le romancier se fait maître de vie.

A ma gauche, un jeune homme révolté qui rêve de devenir sumo mais n’arrive pas à grossir. A ma droite, un millionnaire russe qui vient semer la pagaille au Festival de Cannes pour récupérer la femme qu’il aime. Le premier est le héros du nouveau livre d’Eric-Emmanuel Schmitt, Le sumo qui ne pouvait pas grossir. Le second celui du nouveau roman du brésilien Paulo Coelho, La solitude du vainqueur. Ces deux poids lourds de l’édition internationale ont ce printemps un point commun: délaissant le roman, ils investissent le champ de la fable, de la leçon de vie à vocation édifiante. Ce n’est nouveau ni chez l’un ni chez l’autre: c’est avec L’alchimiste, fable ésotérico-spirituelle, que Coelho est devenu célèbre dans le monde entier il y a vingt ans, et Le sumo qui ne pouvait pas grossir poursuit le bien nommé Cycle de l’invisible que Schmitt a entamé avec Milarepa, Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran, Oscar et la dame Rose ou encore L’enfant de Noé, autant de récits de vulgarisation et de découverte des fondements spirituels des grandes religions. Mais tous deux ont prouvé qu’ils avaient d’autres cordes à leur arc et leurs derniers ouvrages respectifs, Ulysse from Bagdad et La tectonique des sentiments pour Schmitt, La sorcière de Portobello pour Coelho, ne les rangeaient pas particulièrement dans la catégorie des maîtres à penser.

La solitude du vainqueur plonge dans le joli monde du Festival de Cannes, ses starlettes naïves, ses producteurs aux dents longues, ses rêves de gloire qui se ramassent à la pelle, sa superficialité insolente. Igor, richissime homme d’affaires russe, vient à Cannes se venger de sa femme, qui l’a quitté pour un créateur de mode. Son plan est simple: «Laisser les Furies, antiques figures de la mythologie grecque, descendre avec leurs ailes noires sur ce paysage blanc et bleu envahi par les diamants, le Botox, les voitures ultrarapides, absolument inutiles parce qu’elles ne contiennent pas plus de deux passagers.» Soit tuer quelques innocents pour que sa belle comprenne qu’Igor est prêt à tout pour la récupérer, qu’il l’aime passionnément, à la folie. Igor tue, Ewa ne revient pas, et c’est l’occasion pour Coelho de se lancer dans une description apocalyptique du monde du cinéma et de la mode, où paillettes et ambition ont anesthésié toute valeur authentique. La morale de l’histoire? Eloigne-toi de ce lieu où l’envie justifie tout. Ne laisse pas tes rêves être manipulés par les puissants. Ne pense pas que la gloire fasse ton bonheur. Amen.

Leçon zen. Le sumo qui ne pouvait pas grossir raconte, lui, comment Jun, un adolescent sauvage et révolté vivant dans les rues de Tokyo, rencontre un maître de sumo qui va changer sa vie, décelant un «gros» en lui malgré son physique efflanqué. Persuadé de n’être aimé de personne, pas même de sa mère, Jun apprend via les arts martiaux et la méditation à maîtriser ses émotions et à retrouver le «chemin de lui-même».

Leçon: «A l’envers des nuages, il y a toujours le ciel.» Ne fausse pas compagnie à ton destin. Ne te cache pas tes blessures, cela t’empêcherait de vivre. Ce qu’on refoule «pèse plus lourd que ce qu’on explore». Alléluia.

Philosophe devenu écrivain, athée devenu mystique, Eric-Emmanuel Schmitt est désormais «mythique», revisitant avec une belle créativité les fables fondatrices de notre culture, de Don Juan à Hamlet, en passant par Freud ou Jésus. Dans son genre, son Sumo est, avec ses 100 courtes pages, parfait. Coelho aurait pu s’inspirer de cette concision, au lieu de ressasser des évidences en moralisant à gros traits là où Schmitt suggère d’un zenifiant trait de plume. Inutile de préciser que Coelho est déjà annoncé à Cannes, se jetant dans la gueule du loup pour faire la promotion de son livre.

Le sumo qui ne pouvait pas grossir. D’Eric-Emmanuel Schmitt. Albin Michel, 102 p.
– La solitude du vainqueur. De Paulo Coelho. Flammarion, 376 p.


Par Isabelle Falconnier

Source : www.hebdo.ch

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