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Spiritualité — Je magasine une religion

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27.03.2009

78_213.jpgÀ force de remarquer les bracelets rouges de la kabbale au poignet de Madonna, d’entendre Tom Cruise vanter la scientologie et de voir Sharon Stone et Richard Gere aux côtés du dalaï-lama, je me suis dit que, moi aussi, je voulais une religion! Petite séance de magasinage… spirituel.

Dans le catalogue des croyances, trouver une religion adaptée à la vie moderne et pas trop farfelue n’est pas une mince affaire: j’étais prête à me convertir, mais pas à vendre mon âme au diable! Il me fallait une religion bien établie, exotique, sans être une secte et sans mettre de l’avant un dieu trop à cheval sur les principes. Je me voyais déjà dans le temple d’une contrée lointaine, au cours d’un voyage initiatique… mais certainement pas en train de prier,un dimanche matin, à genoux sur du lino! Où trouver le dieu parfait?

Inspirée par ma foi toute neuve, je me suis dit que, si Dieu me cherchait, il me trouverait. Et, par un destin divin, c’est la personne avec qui je m’imaginais le moins avoir une conversation spirituelle qui m’a mise sur la meilleure piste: mon père. C’est lui qui m’a parlé de la foi bahá’íe le premier. En pensant à l’expression «Dieu le père», je me suis dit que, si Dieu existait, il avait un sacré sens de la repartie! Ne me restait plus qu’à mener ma petite enquête sur cette religion qui me semblait tenir compte de tous mes critères.

Sur Internet, la plus jeune religion du monde me semblait parfaite: exotique (son centre est basé en Israël), underground, libérale et pacifiste. La foi bahá’íe est une des seules à accepter les autres religions: les centres sont même ouverts à toutes les confessions. Selon les bahá’ís, aucune religion ne devrait servir de prétexte pour faire la guerre.

Ils prônent également l’harmonie entre la science et les croyances religieuses. Les bahá’ís sont aussi écologistes, féministes et idéalistes. Pour eux, le travail communautaire a autant de valeur que la prière. La Communauté internationale bahá’íe est d’ailleurs reconnue par l’ONU comme un organisme d’aide internationale. J’étais conquise!

De Hollywood à Montréal

Comme plus de cinq millions de croyants vivant dans plus de 80 pays, dont plusieurs à Hollywood, le comédien Rainn Wilson (The Office, Six Feet Under…) est bahá’í. «J’aime le côté démocratique de cette religion, dit-il. Elle n’est pas rigide comme les autres. Il n’y a personne pour nous dire comment interpréter le message de Dieu. C’est important quand on voit combien les clergés sont corrompus! Ma phrase préférée est: “Si la religion est la cause de la discorde, alors l’irréligion doit lui être substituée.”» Élevé dans la foi bahá’íe, il s’en est éloigné dans la vingtaine, pour y revenir 10 ans plus tard. Il décrit cet épisode comme la quête spirituelle que les bahá’ís doivent entreprendre avant de choisir définitivement leur foi.

Au Canada, ils sont 25000 à prier Bahá’u’lláh, le fondateur, un musulman d’origine iranienne qui en avait assez des règles trop sévères et mal adaptées au contexte social. Lucie de Launière, élevée dans la religion catholique, est devenue bahá’íe pour la même raison. «J’ai lu un livre bahá’í et j’ai été éblouie par le concept d’unité de toutes les religions, indique-t-elle. J’ai enseigné à mes enfants que toutes les religions n’en sont qu’une et je leur ai appris à devenir des êtres nobles.» Pour Diya, croyante convertie de 30 ans, être bahá’í est aussi très simple: «Notre foi donne la possibilité d’être très profond, sans se perdre dans des rituels qui n’en finissent plus.» Les accommodements raisonnables sont aussi encouragés: il est notamment possible de fêter Noël le 25 décembre, puis la fête bahá’íe, deux mois plus tard.

Selon les adeptes, la vie sur Terre est une préparation. «Nous ne croyons pas aux concepts d’enfer et de paradis; ce monde-ci est l’enfer! La vie nous permet d’acquérir les outils spirituels dont nous aurons besoin après la mort», explique Keyvan Mahjoor, membre élu de l’assemblée locale de Montréal. Une question me titillait: le mariage. J’ai pensé à la robe blanche de princesse des catholiques et au sari rouge des hindous… pour apprendre ensuite que la seule tradition existante consistait à déclamer la phrase: «En vérité, nous nous soumettons à la vérité de Dieu» en même temps que son époux. Fini les symboles romantiques!

Alors je m’engage ou pas?

Comme avant une décision importante, je me suis posé la question: ai-je vraiment besoin d’adhérer à une religion pour être heureuse? La réponse a été la même que pour une belle paire de souliers: oui. «C’est réconfortant de croire qu’il n’y a rien qui arrive pour rien et que quelque chose de plus grand veille à notre bien-être, affirme Louise Sigouin, directrice thérapeutique d’un atelier de croissance. Ça permet de s’abandonner et de faire confiance.

C’est le fameux lâcher prise!» Des études ont même démontré que la pratique religieuse fait diminuer le taux de suicide! «Ce qui est essentiel, c’est de donner un sens à sa vie par un engagement, estime le psychologue et docteur en histoire des religions Roger Marcaurelle. Ça peut tout aussi bien être le sport ou la politique! La religion peut aider à réduire le stress, mais ce sont surtout les pratiques et non les croyances qui ont cet effet.»

Avant d’embrasser la religion bahá’íe, j’ai parlé de mes recherches à des amies. Sentant leurs réticences, je me suis livrée à une dernière vérification: j’ai appelé Info-Sectes. Sa réponse m’a rassurée: «Les bahá’ís ne cherchent ni à manipuler ni à soutirer de l’argent.» J’étais prête pour mon baptême! Sauf que…

Oh, my God!

Je m’apprêtais à aller signer le registre officiel, une simple formalité administrative faisant office de baptême. Enfin, je n’aurais plus rien à envier à Demi Moore (à l’exception d’Ashton Kutcher!). En chemin, je m’imaginais un décor oriental baigné d’une lumière feutrée, une cérémonie sobre avec des textes ténébreux. Disons qu’en entrant dans ce qui ressemblait trop à un sous-sol d’église, j’ai réalisé que j’avais des attentes non seulement au sujet de la philo, mais aussi au sujet de la déco!

Autre bémol: j’ai découvert que, pour une religion moderne, elle commençait drôlement à faire ses 165 ans. Voici l’une des règles dont les «vendeurs» ne vous feront pas l’éloge: interdiction de consommer alcool et drogues. «C’est certain que je ne suis pas un bahá’í modèle; j’ai déjà essayé! raconte Emmanuel, 22 ans, étudiant en communication, politique et société à l’UQAM. Je me suis rendu compte que ça ne m’apportait rien. Quand je vais dans un bar, je ne bois pas. Quand j’explique pourquoi, mes amis réagissent très bien! Notre époque est cynique, mais les gens sont plus religieux qu’on le croit.»

En plus d’être contre l’homosexualité, les bahá’ís ont une autre exigence un peu rétrograde: la chasteté jusqu’au mariage! «Ça doit être une des règles les moins respectées, croit Emmanuel. Ces règles existent pour nous faire progresser. Je me dis que le message divin est plus important que les normes de comportement.» Débandade totale…

Religion à la carte

Me voici donc de retour à la case départ. Aucun dieu ne semble avoir été créé «à mon image». Mais alors, pourquoi ne pas m’en fabriquer un sur mesure? L’important n’est-il pas, au fond, de croire en quelque chose? La spiritualité n’est-elle pas bien personnelle, après tout?

«Les religions proposent de développer de belles qualités: le contrôle de soi, l’amour, la compassion, etc., observe Roger Marcaurelle. Ce qui distingue une religion de la spiritualité, c’est la notion de rituels communs. La spiritualité est une pratique individuelle. On n’a pas à suivre une ligne directrice; c’est une religion à la carte! Les gens adoptent parfois le rituel sans la croyance. Ceux qui pratiquent le yoga comme exercice ignorent souvent que yoga signifie “chemin vers Dieu”.»

Guerre de religions


Après les croisades, la charia et les guerres saintes, voici que les non-croyants veulent participer à la guerre des religions. À Barcelone et à Londres, des militants athées ont financé une campagne publicitaire, en janvier dernier, pour convaincre les gens que Dieu… n’existe pas! En Espagne, on pouvait lire sur les autobus: «Dieu n’existe probablement pas. Arrête de t’inquiéter et profite de la vie.»

J’ai donc choisi de ne pas adhérer à une Église. Je suis peut-être le seul disciple de «ma» religion, mais je ne me sens plus comme une brebis égarée. «Avoir la foi» est devenu «avoir l’espoir». Maintenant, je prie comme je m’habille: selon mon humeur, en mélangeant les styles!


Par Marie-Ève Potvin

Source : clindoeil.canoe.com

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