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Espagne — Rue de la foi

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18.03.2009

Le quartier de Tetuán, à Madrid, abrite de nombreux immigrés sud-américains et maghrébins. Et les temples de sept communautés religieuses cohabitent – plutôt en bonne entente – côte à côte, écrit Público.

Dessin de Gillianblease, Londres
Dessin de Gillianblease, Londres
Quand Elder Goldheart, un Américain d’une vingtaine d’années, a été nommé missionnaire en Espagne, il en est resté bouche bée et a pensé aux « ténèbres ». Elder, chemise blanche impeccable, pantalon et cravate noirs, est arrivé à Madrid il y a onze mois. Jusqu’à l’année prochaine, il va devoir prêcher dans la capitale les principes de l’Eglise de Jésus-Christ des saints des derniers jours [mormons].

Elder se rend tous les jours dans un temple de la rue Pablo Iglesias, dans le quartier de Tetuán. Nous sommes un samedi matin, en plein séminaire. Lui et un autre missionnaire, également prénommé Elder, prêchent dans ce temple situé dans l’un des quartiers madrilènes qui compte une importante population immigrée (quelque 22 %) de la ville, surtout équatorienne et maghrébine. Le local est vaste, blanc, aseptisé. Une salle sert de centre de documentation historique pour ceux qui veulent « découvrir leurs origines ».

En Espagne, l’Eglise de Jésus-Christ des saints des derniers jours attire principalement des immigrés. Et elle n’est pas la seule, dans le quartier de Tetuán, à faire directement concurrence à l’Eglise catholique. Dans un rayon d’environ 500 mètres, si l’on prend comme point de référence la place de Cuatro Caminos, on trouve les temples de six religions différentes, pas moins : l’Eglise coréenne Somang de Madrid, le Salon du royaume des Témoins chrétiens de Jéhovah, des Eglises évangéliques… Il y a des protestants, des mormons, des bouddhistes. Et, un peu plus au nord, on trouve le temple de la septième confession du quartier : la plus ancienne mosquée de Madrid.

Manuel Muñoz est le curé de l’église catholique de San Antonio, dans la rue Bravo Murillo. Il résiste tant bien que mal au déferlement de nouveaux lieux de culte. Sur la façade de l’église, de grandes affiches invitent les fidèles à franchir le seuil. Muñoz n’ignore pas cette prolifération d’églises autour de la sienne, mais il ne craint pas pour autant une débandade dans sa paroisse.

Il assure que son église est fréquentée par un contingent important de jeunes Latino-Américains. « Ce qui me préoccupe davantage, c’est le fait que ce soit un quartier de transit, regrette-t-il. Si bien qu’après quelques mois beaucoup s’en vont vers d’autres zones de Madrid, quand ils ne retournent pas dans leur pays d’origine. »

Les affiches publicitaires en façade sont quelque chose d' »habituel » pour cette église, où il entre continuellement de nombreuses personnes âgées. « Mais, un jour, quelqu’un y a mis le feu et, une autre fois, on a répandu de l’huile par terre devant l’entrée pour faire glisser les gens qui voulaient entrer », avoue Muñoz d’un ton mystérieux. La concurrence est rude. De nombreux immigrés préfèrent se tourner vers des cultes chrétiens différents du catholicisme, surtout protestants.
Entre 1998 et 2008, il s’est créé 1 368 lieux de culte non catholiques, selon les chiffres du ministère de la Justice.

Comment expliquer que les cultes autres que catholique attirent autant les immigrés ? Cristian, un Argentin adepte du rite évangélique, pense qu’en temps de crise l’Eglise évangélique offre une consolation bien plus positive que le catholicisme. « Nos rites sont joyeux, nous chantons, nous rions, il n’y a pas de culpabilité », explique-t-il.

Irene Silva, une Equatorienne qui fréquente assidûment l’Eglise de Jésus-Christ des saints des derniers jours, assure que son Eglise est la seule « véritable, fondée sur Jésus-Christ et les douze apôtres », et que le reste n’est qu' »invention ». Elder Goldheart, qui se tient à côté d’elle, l’approuve de la tête. Ce garçon a ramassé des balles pendant des mois sur un terrain de golf de l’Utah pour pouvoir financer son séjour en Espagne. « L’Eglise ne nous donne pas d’argent : si nous voulons venir en Espagne comme missionnaires, nous devons payer de notre poche », explique Elder. Il a toutes les peines du monde à prêcher en espagnol, mais il essaie. Il vous regarde fixement dans les yeux et vous parle d' »expiation », de « vérité » et cite des versets de la Bible. Quand on lui demande combien de personnes sont adeptes de cette religion en Espagne, il hausse les épaules et répond : « Je ne sais pas. Beaucoup. » Et à Madrid ? « Beaucoup aussi. » Alors, Irene intervient : « Rien que dans ce temple, il vient environ 200 personnes par jour. »

Repères

Les organismes religieux répertoriés auprès du ministère de la Justice disposent d’une autonomie pleine et entière, en vertu de l’article 6 de la Loi organique sur la liberté religieuse, précise également Público. Ils peuvent définir leurs propres règles d’organisation, leur régime interne et celui de leur personnel et nommer les dirigeants religieux à leur guise. C’est à la municipalité qu’il appartient de délivrer l’autorisation pour ouvrir un local, ce qui suppose un certain nombre de conditions à remplir.
L’inscription de l’Eglise de Scientologie – qui compte quelque 10 000 fidèles en Espagne – fut très controversée. En janvier 2008, l’Eglise de Scientologie a obtenu qu’on cesse de la cataloguer comme secte. Le ministère de la Justice lui refusait depuis des années le statut de confession légale, mais il a dû finalement l’inscrire à l’Inventaire des organismes religieux sur ordre de l’Audiencia nacional, la plus haute juridiction espagnole.


Par Susana Hidalgo (Público)

Source : www.courrierinternational.com

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