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Cinéma — Comment « Slumdog Millionaire » a-t-il été reçu en Inde ?

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L’Inde s’est félicitée des huit oscars remportés par le film de Danny Boyle, à travers un message du premier ministre Manmohan Singh : « Ils ont rendu sa fierté à l’Inde. » Le succès international du film s’est pourtant installé sur fond de polémiques, certains intellectuels et artistes indiens ou des habitants du bidonville de Dharavi où il a été tourné lui reprochant sa vision misérabiliste

Rajesh Sharma dirige la collection « Lettres indiennes » chez Actes Sud et enseigne à Sciences-Po Paris.

« Slumdog Millionaire est sorti en Inde, d’une part en version originale et, d’autre part, doublé en hindi. Dès le début, la première version a rencontré un beau succès, la seconde beaucoup moins. Elles ne s’adressent pas au même public. Celui plus populaire de la version en hindi n’est pas vraiment désireux de voir un visage peu flatteur de son pays, celui des bidonvilles, de la pauvreté, de la mafia…

D’autant que, si le film est tiré du roman d’un auteur indien (1), son réalisateur est un Occidental, un Anglais. Et le comédien qu’il a choisi pour incarner le rôle principal est lui-même un Anglais, certes d’origine indienne.

Pourtant, l’idée générale qui s’est imposée est celle non pas d’un film négatif, pessimiste, mais au contraire celle d’un récit plein d’espoir, témoignant d’une énergie incroyable et d’un véritable enthousiasme. Au plus profond de leur misère, les enfants apparaissent à l’écran comme débordants de vie, débrouillards, joyeux.

Nuancer le regard occidental sur le cinéma indien

Pour le public indien, l’Oscar remporté par le compositeur A.R. Rahman pour la musique du film est également un événement qu’on ne mesure sans doute pas tout à fait en France. Pour la première fois, une récompense prestigieuse est attribuée à un musicien indien, très populaire, et dont la partition (même si ce n’est peut-être pas sa meilleure…) contribue grandement au succès du film et à sa sympathie auprès du public.

L’attention mondiale rivée aujourd’hui sur Slumdog Millionaire peut, je l’espère, permettre de nuancer le regard occidental sur le cinéma indien. Avec 1 000 films par an, non seulement à Bombay (le fameux « Bollywood » auquel on ne doit qu’un quart de la production) mais aussi Madras, Calcutta…, il s’agit d’une cinématographie très variée, où tous les genres se déploient.

Dans un pays si multiple, avec ses différentes langues, religions, couches sociales et culturelles, le cinéma joue un rôle fédérateur essentiel : à la ville et à la campagne, au Nord et au Sud, les Indiens, éduqués ou non, partagent les mêmes films. »

(1) Les Fabuleuses Aventures d’un Indien malchanceux qui devint milliardaire, de Vikas Swarup, chez Belfond


Recueilli par Emmanuelle GIULIANI

Source : www.la-croix.com

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