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Théologie morale – Conduite morale, concentration et sagesse

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II – CONDUITE MORALE, CONCENTRATION, SAGESSE

Bouddhisme Theravada

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par S. N. Goenka, Extrait de « Pour comprendre le Bouddhisme »

Textes rassemblés par S. Bercholz et S. Chödzin Kohn, Pocket n°4794)

avec l’aimable autorisation des éditions Pocket

La pratique de la conduite morale

Notre but est de supprimer la souffrance en supprimant ses causes : l’ignorance, l’attachement et l’aversion.

Pour atteindre ce but, le Bouddha découvrit, suivit et enseigna une méthode qui conduit à la réussite.

Il la nomma le Noble Sentier Octuple.

Un jour qu’on lui demandait de l’expliquer simplement, le Bouddha dit : S’abstenir des actions préjudiciables,
Accomplir celles qui sont bénéfiques,
Purifier son esprit,
Tel est l’enseignement des Éveillés.

C’est un exposé très clair, acceptable par tous.

Chacun convient sans peine qu’il devrait éviter les actions dommageables et accomplir celles qui sont positives. Mais comment définit-on ce qui est positif ou dommageable, bénéfique ou préjudiciable ? Lorsque nous le faisons, nous nous appuyons sur nos conceptions, sur nos croyances traditionnelles, sur nos préférences et nos préjugés, et, par conséquent, nous donnons des définitions étroites et sectaires que certains peuvent accepter et d’autres non. A la place de ces interprétations étroites, le Bouddha a offert une définition universelle du sain et du malsain, de la piété et du péché. Toute action qui blesse les autres, qui trouble leur paix et leur harmonie, est une action mauvaise et préjudiciable. Toute action qui aide les autres, qui contribue à leur paix et à leur harmonie est une action pieuse et salubre. En outre, l’esprit se purifie vraiment, non pas en pratiquant des cérémonies religieuses ou des exercices intellectuels, en expérimentant directement la réalité de soi-même et en oeuvrant systématiquement pour supprimer le conditionnement qui est source de souffrance.

Le Noble Sentier Octuple peut être divisé en trois étapes qui sont

  • Shîla — la conduite éthique, l’abstention de toutes actions préjudiciables par le corps et par la parole —,
  • Samâdhi — qui est la pratique de la concentration, le développement de la capacité de diriger et contrôler consciemment son propre processus mental —
  • et Prajnâ — qui est la sagesse, le développement de l’intuition purificatrice de sa propre nature.

La valeur de la conduite éthique

Quiconque veut pratiquer le Dharma doit commencer par pratiquer Shîla. C’est le premier pas sans lequel il est impossible d’avancer. Nous devons nous abstenir de toutes les actions, tous les mots et tous les actes blessent les autres. Cela peut se comprendre : toute société requiert un tel comportement de ses membres pour éviter l’anarchie. Mais, en fait, nous nous abstenons des actions de ce type non seulement parce qu’elles blessent les autres, mais encore parce qu’elles nous atteignent nous-mêmes. On ne peut commettre une action préjudiciable — insulter, tuer, voler, violer —, sans engendrer une grande agitation de l’esprit, un grand appétit, une grande répulsion. Ce moment d’appétit et de répulsion produit du malheur sur l’instant et davantage encore dans l’avenir.

Il existe une autre raison d’entreprendre la pratique de Shîla. Nous souhaitons nous soumettre à notre propre examen, afin d’obtenir l’intuition de notre réalité profonde. Cela suppose un esprit parfaitement calme et serein. On ne peut voir dans les profondeurs d’un puits quand l’eau est trouble. L’introspection réclame une pensée tranquille, libre de toute agitation. Chaque fois que nous commettons une action préjudiciable, notre esprit est en proie au trouble. Mais, si nous nous abstenons de toute action préjudiciable, physique ou verbale, alors seulement l’esprit a la chance d’être assez apaisé pour pouvoir pratiquer l’introspection.
Il existe encore une autre raison pour laquelle Shîla est essentiel : le pratiquant du Dharma s’efforce d’atteindre le but final, la libération de toute souffrance. Tant qu’il s’y emploie, il ne saurait être impliqué dans des actions qui renforceraient précisément les habitudes mentales qu’il cherche à éradiquer. Toute action qui fait du mal aux autres est nécessairement causée et accompagnée par l’attachement, l’aversion et l’ignorance. Commettre de telles actions, c’est faire deux pas en arrière pour chaque pas en avant sur le sentier, gâcher tout progrès qui mène au but.

Shîla est donc nécessaire non seulement au bien de la société, mais aussi au bien de ses membres, et cela non seulement pour le bien terrestre de l’individu, mais aussi pour tout progrès sur le sentier du Dharma. Trois parties du Noble Sentier Octuple entrent dans la pratique de Shîla : parole juste, action juste, et vie juste.

La parole juste

La parole doit être pure et bénéfique. Or, on atteint la pureté en supprimant l’impureté, et il faut donc comprendre en quoi consistent les paroles impures. De tels actes incluent le mensonge, ce qui signifie dire plus ou moins que la vérité ; propager des rumeurs qui brouillent nos amis ; les commérages et les calomnies ; user de paroles dures qui blessent les autres sans avoir d’effets bénéfiques, les papotages oiseux, les bavardages insignifiants qui ne font que gâcher son temps et celui des autres en font également partie. S’abstenir de toutes ces paroles impures ne laisse plus rien subsister que la parole juste.

Cela n’est pas seulement un concept négatif. Le Bouddha a ainsi décrit celui qui pratique la parole juste : « Il dit la vérité, il est inébranlable en véracité, digne de confiance, fiable, franc avec les autres. Il apaise les querelles et encourage la bonne entente. Il se délecte de l’harmonie, recherche l’harmonie, se réjouit de l’harmonie, et crée l’harmonie par ses paroles. Son discours est courtois, agréable à entendre, plaisant, il réchauffe les cœurs, est noble, agréable, et apporte le réconfort à beaucoup. Il parle au moment juste, conformément au fait, suivant ce qui est bon, suivant le Dharma et le code de conduite. Ses paroles sont dignes d’êtres retenues, elles viennent au bon moment, suivent un bon raisonnement, elles sont bien choisies et propices. »

L’action juste

L’action doit également être pure. Comme pour la parole, nous devons comprendre en quoi consiste l’action impure pour l’éviter. De tels actes comportent : le meurtre, le vol, l’inconduite sexuelle, par exemple le viol ou l’adultère, et l’intoxication, c’est-à-dire le fait de perdre ses sens au point de ne plus savoir ce que l’on fait ou ce que l’on dit. Éviter ces quatre actions impures ne laisse subsister que l’action juste, l’action bénéfique.

De nouveau, nous voilà en présence d’un concept n’est pas uniquement négatif. Décrivant celui qui pratique l’action physique juste, le Bouddha dit : « N’utilisant ni le bâton ni l’épée, il prend soin de ne blesser personne, est plein de bonté et cherche le bien toutes les créatures vivantes. Il ne vit pas à la dérobée mais comme un être pur. »

Les préceptes

Pour les gens engagés dans la vie terrestre, la voie pour mettre en œuvre la rectitude de parole et la rectitude d’action consiste à suivre les cinq préceptes qui sont :

  • 1) s’abstenir de tuer toute créature vivante ;
  • 2) s’abstenir de voler ;
  • 3) s’abstenir d’inconduite sexuelle ;
  • 4) s’abstenir de paroles fausses ;
  • 5) s’abstenir d’user de drogues.

Ces cinq préceptes sont le minimum essentiel nécessaire à la règle morale. Celui qui veut pratiquer le Dharma doit les suivre.

La vie juste

Chacun doit assurer ses ressources de façon juste. Il existe deux critères du mode de vie juste. En premier lieu, il ne faut pas que l’on soit obligé d’enfreindre les cinq préceptes dans son travail, puisque à l’évidence cela serait préjudiciable aux autres. Ensuite, il ne faut rien faire qui encourage les autres à enfreindre les cinq préceptes, puisque cela produirait également du mal. Nos moyens d’existence ne doivent ni directement ni indirectement impliquer quelque mal pour un autre. Ainsi, tout moyen d’existence qui suppose que l’on tue, un homme ou un animal, n’est à l’évidence pas un mode de vie convenable. Mais, même si le meurtre est accompli par d’autres ou si le travail suppose l’usage de morceaux d’animaux abattus, leur peau, leur chair, leurs os, etc., ce n’est pas un moyen d’existence acceptable car il repose sur les mauvaises actions des autres. Vendre de l’alcool ou d’autres drogues peut être très profitable mais, même si l’on s’abstient d’en consommer, le fait de les vendre encourage les autres à faire usage de produits toxiques et donc à se faire du mal à eux-mêmes. Tenir une maison de jeu peut rapporter gros, mais tous ceux qui viennent y parier se font du mal à eux-mêmes. Vendre des poisons ou des armes, des munitions, des fusils, des missiles peut être une bonne affaire, mais cela menace la paix et l’harmonie des foules. Rien de tout cela ne constitue un moyen d’existence juste.

Il en va de même dans le cas d’un travail qui, même s’il ne blesse pas effectivement les autres, est accompli dans l’intention de faire souffrir les autres. Tel est le cas du médecin qui espère qu’il y aura une épidémie ou du négociant qui attend une famine.

Chaque être humain est membre d’une société, nous accomplissons nos obligations envers cette société par le travail que nous faisons et en étant utiles à nos semblables de diverses manières. En retour, nous en recevons les moyens de subsister. Même un moine, un reclus, a son propre travail par lequel il gagne les aumônes qu’il reçoit. Ce travail est de purifier son esprit pour le bien de tous. S’il commence à exploiter les autres en les trompant, en faisant des tours de magie, ou en se vantant faussement de réalisation spirituelle, alors ce moine n’a pas des moyens d’existence juste.

Quel que soit le salaire que nous recevons pour notre travail, nous devons l’utiliser pour assurer notre subsistance et celle des personnes qui dépendent de nous. S’il y a un surplus, au moins une partie de celui-ci doit être rendue à la société et affectée au bien des autres. Si notre intention est de jouer un rôle social utile d’assurer notre subsistance et d’aider les autres, alors notre travail constitue un moyen d’existence juste.

Voir aussi 1° Les dix préceptes qui réfrènent les passions

source ledroitcriminel.free.fr

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