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Biocarburants – Concurrence avec la Production alimentaire

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BIOCARBURANTS

Concurrence avec la production alimentaire

biocarburant_4.jpgFace aux changements climatiques et à la flambée des prix du pétrole, les biocarburants sont envisagés comme un élément d’alternative énergétique durable. Mais la production d’agrocarburants favorise la déforestation et l’érosion des sols, et font concurrence à l’alimentation. Leur production uniquement guidée par des impératifs économiques pourrait conduire à de graves conséquences sociales et/ou environnementales.

Réduction globale des surfaces arables disponibles

Les surfaces arables du globe sont en réduction depuis plusieurs dizaines d’années sous l’effet de plusieurs facteurs : urbanisation des meilleurs terres (notamment en Asie), processus de désertification (notamment dans les régions du Sahel et en Australie, mais aussi en Espagne), impact du réchauffement climatique (augmentation du stress hydrique en Europe selon un rapport publié par le Parc Naturel du Morvan en 200654) et érosion des terres arables fragiles causée par la mécanisation, la déforestation, ou l’abus d’engrais.

A l’échelle du globe, les pertes de surfaces arables sont estimées à une fourchette comprise entre 70 000 et 140 000 km256 par an (soit -à titre de comparaison entre 12 et 25% du territoire français). Ce chiffre est estimé à plus de 100 000 km2 par B. Sundquist de l’Université du Minnesota dans son étude synthétique publiée en 2000, Topsoil loss – Causes, effects and implications: a global perspective.

Les agrocarburants détournent la terre arable

de sa vocation alimentaire

Au delà de la réduction annuelle des terres arables disponibles, la perspective de voir de nouvelles terres déforestées (avec les risques d’érosion mentionnés ci-dessus) ou soustraites à la production agricoles pour la production d’agrocarburants entretient les tensions sur la production agricole alimentaire. De fait, « l’image des montagnes de beurre, de viande et de céréales stockées sans espoir de trouver acheteur appartient au passé. » et la Commission européenne étudie la réduction, voire la suppression des quotas et des jachères de la politique agricole commune. Ces mesures semblent insuffisantes pour endiguer la montée des prix alimentaires.

En Indonésie, pour le développement de la production de l’huile de palme pour l’industrie agro-alimentaire et la chimie organique, les forêts millénaires (tourbières) sont brulées (brulant parfois pendant des mois) pour être transformée en terres agricoles (les sols de l’indonésie concentrent 60 % de la tourbe mondiale). En tenant compte de ces rejets, l’Indonésie serait devenue le troisième émetteur de carbone après les Etats-unis et la Chine. Cette situation s’aggraverait encore davantage si cette culture cessait d’être minoritaire dans la production de biocarburants mondiale.

Le prix de la tortilla, aliment de base en Amérique latine, a récemment flambé au Mexique. Le gouvernement mexicain en a fait porter le blâme sur les exportations du maïs vers les USA où il est utilisé pour produire de l’éthanol.

Jean-Marc Jancovici, démontre clairement qu’il est absolument impossible de remplacer ne serait-ce que qu’un tiers du pétrole consommé dans le monde par des biocarburants : si la totalité des surfaces cultivable du monde entier était affectée à la production d’huile de colza, d’huile de tournesol et/ou d’alcool de betterave ou de blé … « … nous obtiendrions 1 400 millions de tonnes d’équivalent pétrole alors que le monde en consomme aujourd’hui … 3 500.

Bref, en ne mangeant plus, nous pourrions faire rouler 40 % de nos voitures au biocarburant ! ». Certains pensent qu’ils peuvent cependant être un des moyens permettant une diminution du recours aux énergies fossiles, que des études prenant en compte d’autres cultures et d’autres modes de production agricoles ont conclu à la possibilité pour la bioénergie d’assurer une part significative de nos besoins en déplacement, et que les conditions nécessaires à ce scénario seraient des mesures importantes d’efficacité énergétique et un passage vers une agriculture locale peu consommatrice d’énergie62. Toutefois, Jean-Marc Jancovici omet d’évoquer le recours à l’algocarburant qui échappe à ces critiques.

Ces deux facteurs entraînent une hausse des prix agricoles

Une hausse importante du prix des productions alimentaires est à l’œuvre depuis 2006. Le Nouvel Observateur, qui parle d’« envolée des prix alimentaires » souligne l’impact du développement des agrocarburants sur cette tendance. Et citant Chris Lupoli, stratège inflation chez UBS, estime que cette tendance haussière est structurelle et devrait donc durer.

Un rapport de la Banque mondiale, dévoilé le 4 juillet 2008 par le quotidien britannique The Guardian analyse l’enchainement des causes ayant amené à l’augmentation des prix alimentaires. Selon ce rapport, portant sur une analyse des prix alimentaires entre 2002 et 2008, près de 75 % de leurs hausses serait imputable aux mouvements financiers spéculatifs utilisant les politique de soutien des biocarburants dans l’Union Européenne et aux Etats-Unis. Ces opérations financières ont effrayé bon nombre de pays en développement qui ont alors interdit les exportations de produits alimentaires, entrainant par la suite une escalade des prix. Le reste de la hausse est principalement imputable à la hausse des prix du pétrole [réf. nécessaire]. Se basant sur le fait que le programme de développement des biocarburants au Brésil n’a pas entrainé de hausse des prix, ce rapport recommande la suppression des politiques d’aides au biocarburant ainsi que celle des barrières douanières empêchant l’importation de biocarburant d’Afrique et d’Amérique du Sud comme moyen de conjuguer culture des biocarburants et stabilité des prix agricoles mondiaux.

Stephan Tangermann, directeur de l’agriculture à l’OCDE tempère cette analyse car il estime qu’il est « très difficile de mesurer le pourcentage de tous les facteurs sur la hausse des prix » cependant il précise que « Ce qui est sûr, c’est que 60 % de la hausse de la demande mondiale en céréales et huiles végétales entre 2005 et 2007 [période sur laquelle les prix ont explosé, ndlr] était due aux biocarburants ». L’utilisation d’une partie des terres agricoles pour produire des agrocarburants (filière alcool ou filière huile) peut être un facteur de hausse des prix des produits agricoles destinés à l’alimentation. Le cours du maïs, utilisé pour produire l’éthanol, a atteint en 2006 son plus haut niveau depuis 10 ans à la bourse de Chicago, du fait d’un déséquilibre de l’offre et de la demande. Cela s’est répercuté sur le coût de la vie au Mexique et dans d’autres pays d’Amérique latine où la farine de maïs est l’une des bases de l’alimentation, même si la hausse des prix de la tortilla mexicaine reste principalement imputable à une décision politique (libéralisation du marché des tortillas auparavant soumis à un prix fixé par l’état) et au contexte économique (position monopolistique du principal producteur de tortillas au Mexique).

Cette hausse peut se répercuter sur le prix d’autres produits agricoles. Les experts de la Deutsche Bank estiment que cela sera le cas pour la viande bovine (le bétail est nourri au maïs). En Allemagne, où 16 % des surfaces de cultures sont actuellement destinées à la production d’agrocarburants, le prix du malt à doublé en 2006, entraînant une hausse du prix de la bière.

Conséquences de la hausse des prix agricoles

Une des conséquences de la hausse des prix mondiaux de l’alimentaire est prévisible : une instabilité sociale et politique croissante dans les pays aux populations pauvres (l’alimentaire formant déjà et de loin le premier poste du budget de ces ménages). Des émeutes de la faim ont déjà éclatées en Haïti et dans plusieurs pays d’Afrique (Sénégal, Égypte, Côte d’Ivoire, Cameroun, Burkina-Faso, …).

« Les ministres de l’Économie et des Finances des pays africains, réunis à Addis-Abeba les 28, 29 et 30 mars, n’ont pu que constater que « l’augmentation des prix mondiaux des produits alimentaires présente une menace significative pour la croissance, la paix et la sécurité en Afrique ». » précise ainsi Courrier International. Ces émeutes de la faim, annoncées dès 2006, sont amenées à se multiplier, faisant porter sur le développement des agrocarburants un prix géostratégique certain.

Critiques de ces analyses

Alors que les liens entre le développement des biocarburants et la crise alimentaires sont tempérés par certains responsables énergétiques, les corrélations entre crise alimentaire et certaines politiques de développement des biocarburants se multiplient.

Stephan Tangermann, directeur de l’agriculture à l’OCDE, tempère cette analyse car il estime qu’il est « très difficile de mesurer le pourcentage de tous les facteurs sur la hausse des prix » cependant il précise que « Ce qui est sûr, c’est que 60 % de la hausse de la demande mondiale en céréales et huiles végétales entre 2005 et 2007 [période sur laquelle les prix ont explosé, était due aux agrocarburants ».

Dans ces conditions, le discours présentant la politique agricole des pays développés (États-Unis, Europe) comme une réorientation de leur production agricole vers les agrocarburants (via subventionnement) pour éviter d’avoir recours aux exportations massives contestées dans les instances régulant le commerce international est mis en doute. Au sein de l’Union Européenne, le développement des agrocarburants survient de fait parallèlement à la réduction voire la suppression du gel obligatoire d’une part des terres cultivées (ou jachère), mis en place en 1992, dont l’objectif était de lutter contre la surproduction agricole. Par ailleurs, dans la situation antérieure de prix agricoles faibles, l’écoulement à bas prix de produits vers des pays faiblement structurés avait des effets négatifs sur la mise en place ou le maintien d’une production locale de ces pays. La hausse des prix agricoles peut être ressentie durement par les consommateurs des pays en voie de développement, c’est aussi un soutien de fait à leur propres producteurs.

Les pays en développement spécialisés dans une monoculture agricole (Brésil, Indonésie) ont développé des mécanismes économiques permettant de se garantir d’une chute des prix synonyme de crise économique. L’élevage reste le principal consommateur de céréales produites dans les pays de l’OCDE (80 à 90 % de la production), loin devant l’industrie des biocarburants. Les travaux menés pour le compte de l’OCDE et la FAO et présenté dans le rapport Agricultural Outlook 2007 – 201679 confirme cette analyse et impute l’augmentation des prix agricoles à des évènements climatiques exceptionnels (sécheresses), à la faiblesse des stocks existants et à une forte demande liée aux changements d’habitudes alimentaires dans la population mondiale (hausse de la consommation de produits laitiers et de viandes). A long terme cependant, l’impact des modifications structurelles accompagnant le développement rapide des biocarburants pourrait maintenir des prix agricoles élevés dans la prochaine décennie.

Les agrocarburants de deuxième génération (plantes oléifères des zones arides…) et de troisième génération (algocarburants) à vocation purement énergétique – encore à l’état de recherche – pourraient permettre de résoudre ce problème de compétition avec les cultures à vocation alimentaire.

Un objectif de 7 % d’agrocarburants a été fixé pour 2010 en France. Il représente 310 000 hectares de grandes cultures, soit 1 % de la SAU, selon l’Office national interprofessionnel des grandes cultures. L’ADEME estime pour sa part que le même objectif mobiliserait environ 2 millions d’hectares et qu’il faudrait gérer en conséquence les tensions entre production énergétique et alimentaire. Un autre objectif, de 10 % d’agrocarburants semble avoir été prévu pour 2015. Les intérêts fiscaux dont bénéficient les agrocarburants ont récemment été dénoncés par la campagne « Les agrocarburants, ça nourrit pas son monde » initiée notamment par Les Amis de la Terre, Oxfam France-Agir ici, Nicolas Hulot, le CCFD81.


Source : Wikipédia

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