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Des Moines armés ? Les jeunes Activistes birmans de plus en plus téméraires

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DES MOINES ARMÉS ? LES JEUNES ACTIVISTES BIRMANS DE PLUS EN PLUS TÉMÉRAIRES [[Traduit de l’Anglais par Hélène LE, pour www.buddhachannel.tv ]]


18.09.2008

La répression de la plus grande manifestation birmane depuis 19 ans l’année dernière, les a incité à essayer de nouvelles tactiques, de l’enseignement des droits de l’Homme au stockage d’armes.

Rangoon, Birmanie – Si Ashin Zawta a sa méthode, la prochaine fois que le gouvernement de Birmanie (Myanmar) réprimera les dissidents, il devra faire face à une nouvelle force : des moines armés.

monk-activist.jpg << Faire front : il y a un an, des moines ici à Rangoun, ont mené la plus importante protestation anti-régime depuis 19 ans. La violente répression par la junte à leur égard a incité de jeunes activistes à envisager des tactiques plus agressives. ap/file

« En septembre dernier, l’armée s’est montrée trop puissante pour nous et elle a défait nos tactiques non-violentes », indique le jeune moine, dont le vrai nom, comme ceux des autres activistes de l’histoire, a été changé pour des raisons de sécurité. « Nous avons besoin d’armes. C’est le seul moyen de renverser ce régime ».

Un an après que les moines ont emmené des milliers de personnes lors de la plus importante protestation anti-gouvernementale birmane depuis 19 ans, des activistes déclarent perdre patience face à un changement trop lent. Contre un régime puissant, ils font appel à des méthodes nouvelles, de l’enseignement des droits de l’Homme au stockage d’armes.

« La frustration des « plus jeunes activistes » grandit. Ils veulent prendre les armes pour la manière si brutale dont ils ont été supprimés en septembre dernier. Ils ont vécu toute leur vie sans voir aucun changement », raconte Win Min, expert en affaires politiques birmanes à l’Université thaïlandaise de Chiang Mai.

Tandis que les activistes qui se tournent vers la violence constituent encore une minorité, les jeunes moines n’ont jamais ouvertement fait appel à la violence avant, et cela pourrait présager une nouvelle phase dans l’évolution de l’opposition politique, explique M. Win.

Le gouvernement militaire birman a tué des dizaines de manifestants et fait au moins 800 prisonniers en août et septembre 2007 après qu’une hausse des prix du carburant a provoqué d’importantes manifestations, emmenées par les très respectés moines birmans. Le total échec du soulèvement – connu maintenant sous le nom de Révolution Safran, pour le rouge foncé des robes monacales – a laissé nombre de jeunes activistes interrogateurs quant à la sagesse politique dominante.

Bien que le bouddhisme soit traditionnellement associé à la non-violence, M. Zawta explique que la junte ne respecte ni la vie ni le bouddhisme, forçant certains moines à prendre ces positions extrêmes.

« Le régime est comme un chien enragé », dit M. Zawta. « Il nous mord et nous transmet le militantisme. Les vieilles méthodes ne marchent pas – la seule solution est d’armer le peuple.

« Des moines anciens prêchent la prudence et nous demandent de nous axer sur la patience et la méthode bouddhiste », poursuit-il. « Mais beaucoup parmi nous réalisent que nous devons sortir et agir ».

Nouvelles tactiques : l’enseignement du droit, l’aide humanitaire

Les jeunes moines sont plus actifs, explique Zawta, ajoutant que de plus en plus apprennent l’anglais de manière à pouvoir communiquer avec les médias internationaux et révéler ainsi les conditions à l’intérieur du pays.

Comme pour de nombreux jeunes moines, les protestations de l’année passées ont politisé Zawta. Il a forgé des liens avec l’Alliance de tous les Moines Birmans (ABMA), un réseau clandestin de moines activistes, formé à la suite de la répression de septembre dernier. L’Alliance, devenue un important groupe d’opposition, donne des sermons politiques et organise une distribution humanitaire dans le sud de la Birmanie, dévasté par le cyclone Nargis en mai.

La plupart des monastères en Birmanie propose une éducation gratuite aux pauvres de la communauté, comprenant des cours d’anglais, de math, et de bouddhisme. Mais Zawta et d’autres moines affiliés à l’Alliance, ont ajouté à leur programme un soupçon de théorie des droits de l’Homme et d’histoire politique. « Beaucoup de jeunes ne savent même rien de 1988 », lance t-il, pour faire référence au soulèvement avorté de cette année là.

Des années auparavant, de tels discours ouvertement anti-régime dans les monastères, auraient été impensables. Mais pour les membres de la génération post-septembre, les moines ne peuvent plus jouer un rôle secondaire dans la politique birmane.

Ce nouveau recentrement a toutefois un coût. Les autorités ont réprimé le mouvement des moines, arrêtant nombre des meneurs des protestations de l’année passée. Plus tôt ce mois-ci, des agents de l’intelligence ont fait un raid sur un monastère de Rangoun, ville principale de Birmanie, et arrêté un moine ancien. Le gouvernement a aussi récemment enlevé le leader de l’ABMA Ashin Gambira et projette de le condamner pour sédition.

Des moines leaders ont fui vers la Thailande, alors que d’autres demeurent dans le pays et travaillent clandestinement, distribuant furtivement des brochures et facilitant le travail des autres activistes. L’Alliance des Moines a abrité des activistes pourchassés par le gouvernement, à l’intérieur de ses monastères.

Les activistes plus âgés : trop prudents?

La rafle de sécurité force certains groupes, tels la semi légale Ligne Nationale pour la Démocratie (NLD), menée par la lauréate du Prix Nobel Aung San Suu Kyi, à opérer avec précaution. Lors des manifestations de septembre, le comité central du NLD a encouragé les membres du parti à éviter les protestations, tout en soutenant verbalement les moines.

« Mais les jeunes ont commencé à aider les moines de toute façon, ils défient les ordres du parti et marchent », lance Nay Shi Shwe, un leader de la branche jeunesse du NLD.

« Il y a décidément une frustration avec la direction », continue t-il. Les jeunes « pensent qu’il s’agit là d’une bonne opportunité pour combattre la dictature, mais les anciens prennent trop de temps. Ils veulent attendre jusqu’en 2010 » – l’année des élections prévues -« mais nous voulons une action maintenant ».

Les activistes plus âgés de la NLD, dont la victoire aux élections a été ignorée en 1990 par la junte au pouvoir, affirment que l’ouverture d’une association avec des groupes proscrits et des manifestations illégales pourrait compromettre le statut semi-légal durement obtenu et les disqualifier aux élections de 2010.

Mais pour certains, le parti semble suspendu, sans politique cohérente pour s’adresser au climat politique actuel. « Le NLD perd lentement de son importance », explique un membre du groupe clandestin, les Etudiants de la Génération 88.

Elle fait encore l’union : Aung San Suu Kyi

Mais alors que le NLD stagne, les jeunes, les moines, et les activistes clandestins s’accordent à dire que Mme Suu Kyi, assignée à résidence pendant 12 ans ces 18 dernières années, est la seule figure qui peut unifier l’opposition et revitaliser le parti.

Lorsque Suu Kyi a refusé de rencontrer l’envoyé des Nations Unies en Birmanie, Ibrahim Gambari, quelques semaines auparavant, les espoirs des activistes frustrés par les Nations Unies et la NLD ont fait un bond.

« L’ONU n’est pas bonne. Ils ne font que parler, et lorsqu’ils viennent ici, ils essayent plus de traiter avec le régime plutôt que de se battre pour la démocratie », regrette Thaw Htun, un sympathisant de l’opposition.

M. Gambari est mandaté pour aider à faciliter la libération de Suu Kyi et à la réouverture des bureaux du NLD, mais en six visites il n’a rencontré que des officiels du gouvernement de rang moyen et personne de la direction de la junte.

L’avocat de Suu Kyi, U Kyi Win, suggère que son refus pourrait être une stratégie pour convaincre les autorités de soulager les conditions de sa détention plutôt qu’une opposition de principe au rôle de l’ONU en Birmanie. Elle aurait aussi refusé de se faire livrer de la nourriture pendant près d’un mois, jusqu’à ce que le gouvernement accepte cette semaine, cède à certaines de ses requêtes, dont le droit de recevoir du courrier régulièrement ainsi que certaines publications étrangères.

Les activistes avec les groupes clandestins affirment qu’ils ne misent pas sur des stratégies légales ou bien des visites de l’ONU. Au lieu de cela, beaucoup sont en recherche de nouvelles opportunités dans le climat politique actuel.

« Ma vision est qu’à travers le développement des ONG locales après Nargis, nous pouvons commencer à fonder des groupes activistes basées sur la communauté », indique Hein Thein, membre de l’opposition de longue date.

M. Thein explique que ces groupes peuvent fonctionner comme les « guerrillas urbaines », se soulevant pour protester lorsqu’il est besoin et se mêlant à la société en temps de répression. Si toute la communauté est impliquée dans une telle œuvre, dit-il, il deviendra très dur pour les autorités de la réprimer efficacement.

Pour d’autres sections de la clandestinité, comme pour les jeunes moines, l’insurrection armée est la clef. « Nous ne pouvons pas reproduire les erreurs de nos prédécesseurs », dit Tha Kay. « Nous devons former de nouveaux leaders et développer une nouvelle vision. Pour exemple, nous stockons des armes. Il est trop tôt pour en faire usage, mais décidément, le temps viendra ».

Se souvenir de la Révolution Safran, 2007
15 Août : Le régime double le prix du carburant
19 Août : 500 personnes protestent lors d’une marche à Rangoun, la ville la plus importante
28 Août : Des moines protestent pour la première fois à Sittwe
5 Août : Tirs préventifs des troupes à Pakokku
18 Sept. : Des milliers de moines marchent à travers plusieurs villes. Des officiels font usage de gaz lacrymogène et de tirs préventifs sur les moines à Sittwe.
23 Sept. : 20 000 moines et nonnes rejoignent la plus grande marche depuis 1988
24 Sept. : 100 000 personnes protestent à Rangoun
Sept. : Les forces de sécurité battent, arrêtent les manifestants; utilisent gaz lacrymogène et tirs préventifs
27 Sept. : Les autorités font des raids sur les monastères, et arrêtent les moines. Au moins neuf personnes sont tuées lors d’une répression violente.

Source: AFP


Par Anand Gopal

Source : CSM

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