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Nous sommes tous des tibétains

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Nous sommes tous des tibétains

L. Lundroup de l’Université Rimay-Nalanda

Le monde, les responsables politiques et les chefs de gouvernement entendront-ils le cri de détresse humaine, les cris de révolte et de désespoir d’un peuple victime du lent génocide culturel et spirituel qui a lieu depuis des décennies au Tibet occupé par le parti communiste chinois (PCC)?

La Chine, en passe de devenir la plus grande puissance mondiale, s’offre les Jeux Olympiques (8-24 août 2008).

Le symbole moderne de la paix, de la solidarité et de la fraternité universelle vient légitimer avec l’onction de toutes les démocraties du monde, un parti, le PCC, l’un des derniers héritiers vivants des pires atrocités jamais perpétrées par l’humanité contre elle même.

Depuis des mois, le régime chinois était attentif au moindre dérapage susceptible d’obscurcir le climat avant la tenue des Jeux Olympiques de Pékin dont le PCC a fait une opération de relations publiques à sa gloire. Avec pour slogan des JO « One world, one dream », le PCC se veut l’artisan prophète d’un monde meilleur…

Seule une ombre au tableau :

le Tibet et rien de moins que le génocide d’une civilisation porteuse d’un des plus riches trésors du patrimoine spirituel et culturel de l’humanité.

Pour tenter de faire entendre leur cause, les tibétains ont décidé, à raison, d’utiliser la plateforme des JO, en espérant que la pression internationale pourra contribuer à la reconnaissance de leur droit à disposer d’eux mêmes et de leurs libertés les plus légitimes. Mais pourquoi faut-il attendre que le sang coule, que les morts s’amoncellent dans les rues, que la torture sévisse pour se faire entendre ?

Pour rappeler le tragique anniversaire de l’annexion du Tibet par le parti communiste Chinois et l’exil forcé du Dalaï Lama vers l’Inde en 1959,
des manifestations pacifiques sont apparues à Lhassa le lundi 10 mars alors qu’une marche « retour vers le Tibet » était organisée par la communauté tibétaine en Inde. Puis le vendredi 14 mars, les affrontements éclatent à Lhassa entre les forces de l’ordre et les manifestants et c’est la répression sanglante. 80 morts selon le gouvernement tibétain en exil. Sa Sainteté le Dalaï Lama dénonce une répression inimaginable et demande que soit lancé une enquête internationale sous l’égide de l’ONU pour faire la vérité sur le traitement réservé par le régime chinois au peuple tibétain. « La nation tibétaine fait face à un grave danger. Que la Chine le reconnaisse ou non, il y a un problème », a dit le chef spirituel en exil des Tibétains. En outre, la communauté internationale a le « devoir moral » de rappeler à la Chine qu’elle devait être un bon organisateur des Jeux olympiques ; le Dalaï Lama a estimé toutefois que Pékin méritait d’accueillir ces jeux, cet été.

Sa Sainteté n’est pas dans une logique d’affrontement,

il fait parti des grands visionnaires de paix et de justice comme le fut Matin Luther King qui, lui aussi, dit en son temps «  I had a dream… ». Et sans doute le Dalaï Lama, comme nous, est d’accord pour partager le rêve du PCC « One world one dream ». Rêvons donc tous avec le PCC ! Soit, mais alors puisse-t-il revisiter sa mémoire rouge, qui, si elle ne manque pas d’actes héroïques face au colonialisme occidental, résonne encore de l’ahurissant déchaînement de violence de la révolution culturelle ; le peuple chinois s’infligeant entre 1964 et 1978 ce qu’il fera subir à son tour au peuple tibétain colonisé, non pas au nom de la bible et du capitalisme, mais du livre rouge et du communisme.

« One world, one dream »,

oui, nous sommes prêts à partager ce rêve de paix, de justice et de non violence. C’est le rêve d’un monde meilleur qui trouve ses racines dans les valeurs humaines universelles dont témoigne éminemment la civilisation tibétaine et dont la civilisation chinoise traditionnelle, confucéenne, taoïste et bouddhiste est aussi l’un des creusets les plus profonds.

Le président de la Chine et son gouvernement se veulent régnants selon le principe de « l’harmonie », cette philosophie, cette sagesse tout aussi profonde que pragmatique issue de la tradition chinoise.

Cette intelligence est sans aucun doute le plus grand trésor que la Chine soit désormais en mesure d’offrir au monde. Maintenant que le dragon a pris sa revanche sur le plan économique et reconquis sa place de premier plan dans le concert des nations, il devrait pouvoir puiser au fond de son cœur, les joyaux d’intelligence et d’expérience qui ont fait la gloire de son passé. Les modèles politiques de la Chine ancienne, fondés sur l’éducation à « l’homme véritable » garant de l’harmonie universelle et de la bienveillance, première vertu nécessaire à la fonction royale, pourraient être une source d’inspiration pour le monde en plaçant la Chine, le pays du milieu, au centre de la civilisation du pacifique.

Dans cette perspective le Tibet, non seulement grand réservoir d’eau et de matières premières, mais surtout vaste éco-système dont dépend une grande partie de l’Asie et héritier de l’immense trésor de civilisation que constitue la tradition du Bouddha, pourrait être préservé dans l’intérêt de tous. Avec le confucianisme et le taoïsme, la tradition du Bouddha est l’un des trois grands piliers de la civilisation chinoise et elle constitue largement le fond commun spirituel et éthique que partage la Chine avec le Tibet.

Les relations sino-tibétaines pourraient alors renouer avec la tradition de « protecteur- maître spirituel », qui fut l’expression consacrée pendant des siècles pour qualifier les rapports qu’entretenaient les empereurs de Chine avec les grands hiérarques de la tradition tibétaine.

Puissent ainsi les JO de Pékin être ceux de l’harmonie chère au président chinois et non ceux de la honte qui serait celle de tous ses participants.

Et que l’esprit du Tibet, celui de la sagesse et de la compassion universelle du Bouddha anime la grande Chine !

Exprimons par tous les moyens de communication possible notre solidarité avec les tibétains et que flotte partout son drapeau où danse le lion des neiges.

Et que les JO de Pékin soient ceux du Toit du Monde ! Chaque athlète pourra porter haut un message de solidarité au peuple tibétain au nom des valeurs humaines universelles dont, en tant que sportif olympique, il ne peut être qu’un des plus valeureux représentants.

Puissent le lion des neiges dont l’éclat et la magie des réalisations spirituelles règnent sur le toit du monde et la force insondable du dragon de l’empire du milieu, trouver les ressources d’une alliance pacifique pour le bonheur de tous.


Chantons dans la présence du Dalaï Lama,

Emanation de la compassion éveillée,

Les airs du toit du monde,

Chantons de ces voix mélodieuses

Qui apaisent la haine enflammée par l’aveuglement,

Chantons de ces voix riches et profondes

qui nourrissent les coeurs appauvris par l’avidité,

Chantons ces hymnes courroucés

qui subjuguent les maléfices de la toute puissance et du mensonge,

Entonnons ces chants de victoire

qui détruisent impartialement oute les tentatives de manipulations

et tout ce qui fait obstacle à la non-violence fondamentale !

Sarva Mangalam!

L. Lundroup

lhundroup@rimay.net

Université Rimay-Nalanda

Avalon, 18 Mars 2008

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