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La Diversité, le Conflit et l’Internationalisation de la Birmanie

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ÉTUDIER LA DIVERSITÉ, LE CONFLIT ET L’INTERNATIONALISATION DE LA BIRMANIE [[Traduit de l’Anglais par Hélène LE, pour www.buddhachannel.tv]]



10 décembre 2007



Par Nehginpao Kipgen



Myanmar.jpgL’Union de Birmanie est formée de 7 états et 7 divisions administratives. Les états sont peuplés en priorité par des minorités ethniques alors que les divisions sont largement dominées par l’ethnie majoritaire birmane.



La Birmanie obtient son indépendance, lorsqu’elle adopte le nom « d’Union de Birmanie » en 1948, changé par la suite en République Socialiste de l’Union de la Birmanie le 23 septembre 1974. Elle reprend « Union de la Birmanie » le 23 septembre 1988. Le 18 juin 1989, le Conseil de la Restauration de la Loi et de l’Ordre d’Etat adopte un nouveau nom : « l’Union du Myanmar ». Les Nations Unies le reconnaissent officiellement sous cette dénomination.



Selon le recensement de la population effectuée par les militaires en juillet 2003, la population serait de 52,4 millions d’habitants (35 442 972). La même source classe les affiliations religieuses en pourcentage, de cette façon : Bouddhisme (89,2%), Christianisme (5%), Islam (3,8%), Hindouisme (0,5%), Spiritualisme (1,2%) et autres (0,2%).



Le régime militaire identifie « 135 races nationales ». Les majoritaires sont les Arakan / Rakhine (7 sous-groupes), les Birmans : Bamar (9 sous-groupes), les Chin (53 sous-groupes), les Kachin (12 sous-groupes), les Karen / Kayin (11 sous-groupes), les Karenni/ Kayah (9 sous-groupes), les Mon (1 groupe), et les Shan (33 sous-groupes). L’appellation « race » est codifiée par des variations dialectales.



Bien que la fiabilité soit discutable, la réactualisation du 15 novembre 2007 par la Central Intelligence Agency World Factbook détaille la composition ethnique de la Birmanie de cette manière : Birmans : 68%, Shan : 9%, Karen : 7%, Rakhine : 4%, Chinois : 3%, Indiens : 2%, Mon : 2%, autres : 5%. Les chiffres varient peu d’une source à l’autre.



La Birmanie a été administrée comme une province de l’Inde de 1886 jusqu’à sa scission avec l’Inde Britannique en 1937. Cette même année voit l’installation des Kuki (aussi connus sous le nom de Chin et Lushai) qui furent divisés entre la Birmanie et l’Inde. Avec la création du Bangladesh en 1972, les Kukis seront plus tard dispersés à travers trois pays.



Un bon nombre de recherches concluent que « Kookies » ou « Kuki » est un nom bengali signifiant « hommes des collines » ou « hommes des hauteurs ». Ces peuples transmettent traditionnellement leur histoire par l’oralité ; aujourd’hui, les chercheurs doivent donc compter sur le travail des écrivains britanniques qui ont beaucoup écrit sur le peuple Kuki, durant l’ère coloniale. Leur gouvernement traditionnel le « système des chefs » a été abandonné en Birmanie, mais il demeure encore en Inde, où il est pratiqué.



Dans le contexte de la Birmanie, Kuki est une terminologie impopulaire, tout comme le terme Chin en Inde. La junte militaire reconnaît « Thado » et « Kaung Saing Chin » sous la nomenclature Chin. En Inde, en particulier dans l’état de Manipur, « Thado » s’écrit couramment « Thadou » et Kaung Saing » s’écrit Khongsai. La connotation peut sembler différente, mais elle se réfère au même peuple. Dans les dialectes locaux, on dit aussi Eimi, Iaimi, Zomi/Mizo, etc.



Avant l’indépendance, le territoire de ethnie minoritaire ne faisait pas partie de la Birmanie. Des efforts considérables ont été concédés pour la matérialisation de l’Union de la Birmanie à Panglong le 12 décembre 1948. L’annulation de cet accord historique de Panglong et la Constitution de 1947 avaient annihilé l’essence de la formation de l’Union de la Birmanie.



La Birmanie était dotée d’une démocratie parlementaire depuis 1948, jusqu’à ce que le général Newin prenne le pouvoir en 1962. Une promesse rompue de l’Accord de Panglong fut un important facteur qui conduisit au soulèvement des mouvements armés. La demande des minorités ethniques consiste en une plus grande autonomie sous la structure fédérée et non la scission ou la désintégration.



Ni le coup d’état sanglant de 1962, ni le soulèvement massif de 1988, ne furent la cause des conflits d’aujourd’hui en Birmanie. Dès 1948, l’Union Karen Internationale, sous sa formation armée de l’Armée de Libération Nationale Karen, avait commencé à se rebeller contre le gouvernement birman.



La lutte en Birmanie comprend 2 niveaux – la restauration de la démocratie et les droits des minorités ethniques. Pour obtenir les derniers, la première doit d’abord avoir lieu. N’importe quelle démocratie excluant ses minorités ethniques, ne peut mettre un terme à des décennies d’imbroglio politique.



En plein statuu quo des états et des divisions, des sous-groupes ethniques revendiquent une autonomie ou une administration séparée. Bien que chaque demande de chaque sous-groupe ne soit pas réalisable, un critère d’éligibilité et de légalité a besoin d’être établi. On ne devrait pas attendre de la Birmanie qu’elle s’en tienne éternellement à 7 états et 7 divisions, ou 8 états comme l’envisagent certains.



Après l’indépendance, et ce des années durant, la crise politique de Birmanie est demeurée d’une importance microscopique aux yeux de la communauté internationale – du à la fois à son rôle insignifiant en politique internationale et au trop peu d’importance accordé à l’intérêt et à la sécurité des autres nations. Cependant, ce concept a changé dramatiquement depuis le soulèvement massif de 1988 et les élections générales nationales.



La non-reconnaissance des résultats aux élections de 1990 conduisit à l’intimidation et l’emprisonnement de plusieurs membres des élus du Parlement – ce qui constitua la genèse de plusieurs groupes d’opposition en exil, y compris le Conseil National de l’union de Birmanie et la Coalition Nationale du Gouvernement de l’Union de Birmanie.



L’attaque meurtrière à l’encontre de l’entourage d’Aung San Suu Kyi à Depeyin en 2003 et sa détention continue fut une des raisons de l’approbation par le Congrès des USA, du Burmese Freedom and Democracy Act en 2003. L’acte stoppe les importations des produits birmans et gèle les capitaux actifs des officiels seniors.



Ces dernières années, la Birmanie a capté une attention inédite de la communauté internationale. Le placement réussi de la situation birmane dans l’agenda permanent du Conseil de Sécurité des Nations Unies le 29 septembre 2006 fut un moment historique. Il a été suivi d’une tentative avortée de faire passer une résolution du Conseil de Sécurité le 12 janvier de cette année.



Plus récemment, le soulèvement de 2007 a de manière incroyable, attiré l’attention de la communauté internationale – grands titres dans nombre de journaux du monde, dans le médium électronique et sur les écrans de télévisions. Plusieurs dirigeants dans le monde et des activistes des droits de l’homme à travers le monde ont élevé la voix en soutien au mouvement birman pour la démocratie.



Le monde entier a assisté à la brutalité des militaires sur leur propre peuple. Le succès immédiat de ce soulèvement, fut l’attention qu’il reçut de la part de la communauté mondiale et l’intervention subséquente du bureau du secrétaire général des Nations Unies, à travers son envoyé spécial Ibrahim Gambari.



Les Etats Unis et l’Union Européenne ont vite répondu en sanctionnant sévèrement les généraux militaires et leurs affaires. Même s’il n’y a aucun doute quant au message puissant que cela représente, les sanctions unilatérales semblent n’avoir qu’un impact limité. Le vide crée par les sanctions occidentales a été comblé par les pays voisins de la Birmanie.



Seules des sanctions occidentales sans la coopération des pays voisins asiatiques a donné assez de marge pour les généraux de l’armée, afin de changer d’attitude. Des conflits d’intérêts, opposant les deux approches différentes continueront à prolonger la survie du régime militaire à l’épuisement des ressources naturelles du pays et du dommage collatéral environnemental.



Pendant que les puissances occidentales poursuivent une diplomatie du bâton, les puissances asiatiques optent pour la carotte. En de telles circonstances, la mission déléguée spécialement par les Nations Unies, s’est faite plus que paroles dépourvues de résultats substantiels. La position inflexible des deux vetos tenants du pouvoir (Chine et Russie) au sein du Conseil de Sécurité, désarme la plus haute instance d’application du monde.



La suppression du régime militaire en Birmanie prendrait probablement moins d’un mois. Mais contrairement à l’Irak, les Etats-Unis ne régneraient pas avec ses jets de combat et troupes au sol pour les raisons suivantes :

1- La Birmanie est d’une importance insignifiante pour les intérêts et la sécurité nationale des USA

2- La politique étrangère des USA envers la Birmanie est plus orientée vers la politique que la stratégie

3- La super puissance asiatique avançant à grandes enjambées, réduit le terrain des militaires



Bien qu’il n’y ait presque aucune chance qu’une intervention militaire ait lieu aussi bien du coté des Etats Unis que de celui des Nations Unies, cette action serait la plus rapide. Elle apporterait du changement en Birmanie, si on lui donnait suite. Cependant, cela serait considéré comme une prédiction ou une suggestion naïve, pour un analyste politique, en ce point de la situation.



Pendant ce temps, la communauté internationale pourrait considérer le modèle d’une discussion à six parties en Corée du Nord, portant sur le standoff nucléaire. Six parties impliquant les Etats-Unis, l’union Européenne, l’ASEAN, la Chine, l’Inde, et la Birmanie pourrait briser l’iceberg de la crise politique. A cause de sa proximité géographique, de son énorme influence économique et diplomatique sur la Birmanie, la participation de la Chine est un pivot.



Si la communauté internationale persévère dans ses points de vue diamétralement opposées des sanctions occidentales et de l’engagement asiatique, les militaires continueront à régner sur le pays avec toutes les ressources disponibles. Des sanctions collectives ou un engagement collectif sont nécessaires afin d’amener les militaires à la table des négociations.



En fin de route, les individus coupables dans la bande militaire seront tenus responsables. Les Accords de Paix de Dayton de 1995 sont un lointain exemple qui peut être cité : la diplomatie de la carotte a amené les parties rivales à une négociation dans un plan bien ficelé.



Toutefois, la diplomatie du bâton a son propre avancement et le président autrefois puissant, de la Serbie et de la Yougoslavie Slobodan Milosevic a été jugé pour crimes au Tribunal Criminel International à La Haye, aux Pays Bas.



A la mort de Slobodan Milosevic, dans sa cellule de détention, Richard Holbrooke, l’envoyé américain d’alors qui a rompu les Accords de Paix de Dayton dit alors: « Je ne verserai pas une seule larme ».



Nehginpao Kipgen est le Secrétaire Général du Forum International Kuki basé au USA, il est aussi chercheur spécialiste de la montée des conflits politiques en Birmanie moderne (1947 – 2004)



Source : Asian Tribune

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