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Birmanie: Où sont les Moines?

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11 novembre 2007



OU SONT LES MOINES DU MYANMAR?

BEAUCOUP FUIENT LES MONASTERES POUR ECHAPPER A LA JUNTE [[Traduit de l’Anglais par Hélène LE, pour www.buddhachannel.tv]]




Par AMBIKA AHUJA et RUNGRAWEE C. PINYORAT



Associated Press



BANGKOK, Thaïlande – Les monastères du Myanmar abondaient de moines aux robes safran, révérés comme guides spirituels et autorités morales dans un pays aux griffes du régime militaire répressif.



Puis la junte a dirigé ses troupes sur les moines, les battant dans les rues pour avoir dirigé des manifestations pro-démocratiques. Elles ont assailli leurs monastères, ensanglantant leurs sols, pourchassant quiconque aurait participé aux rassemblements.



A présent, sur plus de 500 000 moines présents au Myanmar, on ne sait combien il en reste dans les monastères.






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Temple de Chaukhtatgyi 24/10/2007



Source photo: The New York Times



La junte n’a pas divulgué le nombre de moines placés derrière les barreaux après le soulèvement des 26 et 27 septembre. Dans son dernier rapport, le 6 novembre, le régime déclare qu’environ 3000 personnes ont été relâchées, tandis que 91 seraient encore en détention. Mais diplomates et dissidents indiquent que ces chiffres ne sont qu’une fraction de la réalité et qu’un nombre inconnu de moines a été détenu depuis lors.



L’image qui en ressort, d’après les interviews de moines, moines supérieurs et autres personnes au Myanmar, sont des monastères dépouillés à travers tout le pays – en particulier dans les plus grandes villes, Rangoon et Mandalay, où les manifestations ont été organisées.



De nombreux moines ont traversé les frontières ou se cachent dans leurs villes et villages d’origine. Afin d’éviter d’être pris lors de raids nocturnes sur leurs monastères, certains demeurent chez des amis, en dépit des règles bouddhistes qui interdisent à un moine et un laïc de dormir sous le même toit.



Dans ce pays dévolu au Bouddhisme, chaque citoyen de sexe masculin doit être moine pour une courte période au moins.



Mais nombre de parents maintiennent leurs enfants en dehors des monastères pour leur sécurité, rapportent plusieurs moines supérieurs lors d’interviews.



La junte a mis fin au couvre-feu cauchemardesque, restauré l’accès à Internet et annulé l’interdiction de rassemblement. Mais les moines n’en restent pas moins la cible. La junte a récemment annoncé qu’elle était encore à la recherche de quatre moines qui ont dirigé les rassemblements.



L’un d’eux, U Kovida, s’est confié à l’Associated Press, de la frontière thaïlandaise où il se trouve. Il a demandé à ce que sa localisation soit tenue secrète, de peur que les autorités thaïlandaises ne le renvoient.



« En ce moment vous trouverez difficilement un moine à Yangoon. Les moines fuient le danger. Ils sont arrêtés et envoyés dans des camps de travail, torturés et tués », rapporte U Kovida, 24 ans.



La junte n’a pas commenté ces allégations.



Kovida est officiellement accusé d’avoir caché 48 blocs de TNT dans son monastère avant de les avoir déplacé. Il a été pourchassé pendant trois semaines par les autorités et a atteint la frontière le 18 octobre. Il soutient que ces allégations sont fausses.



« Chaque fois qu’ils veulent arrêter un moine leader, ils doivent inventer des histoires parce qu’ils savent que le peuple tient les moines et le Bouddhisme en très haute estime », ajoute t-il.



Une garde policière importante reste aux abords de la poignée de monastères à Yangoon, ancienne Rangoon, où quelques uns des plus fameux temples du pays ont connu le point d’orgue de toute cette violence.



Mais une visite de quelques monastères indique qu’il n’en reste que très peu à garder.

« les moines seront toujours une inspiration qui prête sa légitimité au mouvement »


Le monastère de Ngwekyar au Nord de Yangoon est vide. Il abritait auparavant près de 180 moines, explique U Yewata, le père supérieur, à qui on a ordonné de partir. Il précise que 70 moines ont été emmenés loin durant la nuit du 26 septembre, et bien plus ont été arrêtés par la suite.



Un moine supérieur au monastère du village d’Ahlone, à l’Ouest de Yangoon, affirme avoir renvoyé 1200 de ses moines chez eux, de peur de ne plus pouvoir les contrôler. Seuls les plus âgés sont restés.



Les résidents du village Nord d’Okalapa, au Nord de Yangoon, rapportent qu’en l’absence de la procession traditionnelle quotidienne des moines, ils sont allés au monastère, où ils ont été informés qu’une centaine de moines étaient partis, et que quelques dizaines seulement étaient restés.



Les moines ont joué un rôle de pivot dans les manifestations contre les régimes arbitraires, du pouvoir colonial britannique au régime militaire répressif. La dernière fois, les moines sont descendus dans les rues lors des manifestations anti-gouvernementales de 1990, écrasées par la junte.



La junte a longtemps considéré les moines comme une menace potentielle. Elle a tenté de les intimider, de les soudoyer et de les espionner, de gagner le contrôle du comité d’état officiel des moines, en cédant quelques unes de leurs 47 voitures de membres, téléphones portables, appareils TV, réfrigérateurs et autres présents considérés comme des luxes dans ce pays appauvri, autrefois apellé Birmanie.



Mais beaucoup affirment que cette fois, en visant des moines et des monastères, les généraux sont allés trop loin. Dans ce pays qui compte 54 millions de personnes dont 90% de Bouddhistes, les monastères sont sacro-saints.




Au pire de la répression, les informations diffusaient des séquences à travers le monde, des troupes ouvrant le feu sur des moines en pleine marche et démolissant les meubles dans les monastères. Un moine mort a été montré flottant sur l’eau, face tournée vers le sol.



Pour l’instant, il semblerait que les généraux aient réussi à effrayer les moines jusqu’à les soumettre.



Josef Silverstein, professeur retraité de l’Université de Rutgers, qui a étudié le Myanmar pendant plus d’un demi siècle, ne s’attend pas à voir les moines revenir sur le devant de la scène de si tôt.






Mais d’autres experts affirment que le traitement réservé aux moines ne sera pas oublié.




« La prochaine vague de manifestations sera probablement dirigée par des étudiants et activistes politiques », suppose Pornpimon Trichot, spécialiste du Myanmar à l’Université de Chulalongkorn, à Bangkok. « Toutefois les moines seront toujours une inspiration qui prête sa légitimité au mouvement. »



Les correspondants de l’AP Denis Gray et Margie Mason à Mae Sot, en Thaïlande; et Jocelyn Gecker à Bangkok, en Thaïlande, ont contribué à ce reportage.



Source: AP

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