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Matthieu Ricard : « L’inertie constitue un des problèmes de l’environnement »

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Pourquoi vous intéressez-vous à la COP21 ?

Un accord international pour le climat est a priori une affaire complexe, politiquement, économiquement, scientifiquement, stratégiquement. Pourtant cela revient finalement à une seule question, celle de l’égoïsme versus l’altruisme. Si l’on n’a aucune considération pour les générations à venir, on se fiche de ce qui va se passer dans dix ans. Après moi le déluge…
Or pour la première fois, le sort des générations futures est entre nos mains. Il y a 10 000 ans, il y avait 5 millions d’humains, aujourd’hui non seulement il y en a 7 milliards, mais la puissance de leurs outils a été décuplée. Notre impact sur la planète est devenu déterminant. Ce n’est pas un point de vue de Bisounours. Nous sommes entrés dans l’anthropocène et nous sommes un peu dépassés par notre pouvoir sur l’environnement.

Pourquoi est-il si difficile pour l’homme de reconnaître ses responsabilités ?

C’est simple : comme le phénomène est global, il y a une dilution de la responsabilité. Au réveil le matin, je ne me dis pas que je saccage la planète, je n’en ai ni l’intention ni la sensation. Et ces phénomènes sont extrêmement graduels. Si le CO2 était rose et que le ciel devenait chaque jour plus rose, on serait déjà alerté. J’ai été ornithologue dans ma jeunesse. Au Croisic, en Bretagne, il y avait alors des milliers de bernaches, il n’en reste qu’une douzaine, mais leur disparition s’est produite progressivement. L’évolution nous a équipés à juste titre pour réagir à des dangers immédiats. Le futur ne fait pas mal, ou du moins pas encore. Enfin, nous sommes attrapés par l’actualité, qu’il s’agisse d’événements tragiques ou de querelles de clocher comme les élections régionales.

Ces résultats politiques ne vous paraissent pas importants ?

Ils comptent pour les Français, mais au regard de l’histoire cela représente une vaguelette dans un tsunami. Prenons l’immigration censée favoriser le score du Front national. Aujourd’hui, si on recevait 3 millions de migrants en Europe, cela correspondrait à 0,2 % de la population. Quand il y aura 250 millions de réfugiés climatiques qui fuiront pour survivre, une bonne partie arrivera ici. Quand 40 millions de Bengalis, dont beaucoup sont des musulmans, vont se rendre en Inde, un pays hindou, vous imaginez les conflits, les souffrances que cela va créer.
Si l’on néglige les causes qui vont, entre autres dévastations, pousser ces gens sur les routes, il y a vraiment de quoi s’inquiéter. Sans faire preuve d’un alarmisme apocalyptique, il faut avoir la sagesse, la volonté et l’altruisme de faire en sorte d’éviter ces drames. Au premier jour de la COP21, de grands chefs d’État ont prononcé de très beaux discours − dont celui du président français. Je pensais que l’action suivrait, mais nous avons du mal à sortir du court-termisme.

Si le dossier n’avance pas politiquement, n’aurait-il pas besoin d’être davantage relayé par des autorités spirituelles ?

Les problèmes sont créés par des humains, à eux de les régler. On ne va pas se tourner vers un Bon Dieu pour lui demander de les résoudre ! Les religions peuvent jouer un rôle. Il a été question d’organiser une grande réunion à Paris, avant la COP, avec Desmond Tutu [archevêque sud-africain et prix Nobel de la paix], peut-être le pape, le dalaï-lama… C’est tombé à l’eau pour des raisons diplomatiques. Pas question de braquer la Chine dont on attend qu’elle prenne des décisions sages par rapport au changement climatique.

Avez-vous noté des impasses au cours de cette COP ?

On y a très peu parlé de l’océan, qui nous apporte pourtant de l’oxygène. Cependant l’élevage industriel…

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