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Mourir en Samouraï ou comme Socrate

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harakiri.jpgDe tous temps, des hommes et femmes furent condamnés à mort pour des prétextes non recevables dans d’autres circonstances. Ainsi Sakineh aujourd’hui, Socrate hier. La mort de Socrate impressionne par sa maîtrise des émotions perturbatrices, une attitude proche de l’esprit bouddhiste. A la façon d’un samouraï, le contrôle de Socrate souligne sa liberté totale face à sa propre mort.

Cette maîtrise de soi, appelée Seigyo au Japon, fait partie du code d’honneur du Samouraï, qui enseigne comment mourir. Les samouraïs, guerriers défiant la mort, développent leur code avec l’introduction du bouddhisme durant la période Kamakura (1192-1333). Ces guerriers de l’absolu coupent tous les liens et les désirs, avec leur famille, l’argent, avec eux-même. Chaque nuit, ils imaginent leur mort. La maîtrise des peurs face à la mort s’appuie sur l’abolition de la notion du « moi » . Sans hésitation, un samouraï peut ainsi mourir pour une cause noble. Avec le code d’honneur et l’entrainement, mourir devient un art.

De son côté, Socrate précise qu’un homme a réussi sa vie, seulement s’il réussit à bien mourir.

Retrouvez ci-dessous la mort de Socrate.

Dans ce temps de Toussaint, pensons à tous nos morts.

Qu’ils restent vivants en nous.


Alain Delaporte-Digard pour www.buddhachannel.tv

David. La mort de Socrate (1787)
David. La mort de Socrate (1787)

CONDAMNÉ À MORT, SOCRATE BOIT LA CIGUË

Platon, « Phédon, ou de l’âme » ( Traduction É. Chambry )

Acte d’accusation dirigé contre Socrate :

Mélétos de Lampsaque accuse, sous la foi du serment, Socrate d’Alopèce, fils de Sophronisque, des crimes suivants : Socrate est coupable de ne pas croire aux Dieux reconnus par la Cité et d’en introduire de nouveaux ; il est également coupable de corrompre la jeunesse. Pour ces crimes : la mort.

Devant le Tribunal de l’Héliée,

Socrate irrita les juges qui l’avaient reconnus coupable de ces chefs, en leur disant : « Pour m’être consacré au service de ma Patrie et avoir travaillé à rendre mes concitoyens vertueux, je propose de me condamner à être logé dans le Prytanée et nourri aux frais de l’État ». C’est cette provocation qui entraîna sa condamnation à mort (399 av. J-C.)

Socrate refuse de s’enfuir à l’étranger

A Criton, qui lui propose d’organiser son évasion, Socrate répond en imaginant un dialogue avec les Lois : « Si, enfreignant les lois de ta Cité, tu te rends dans une ville voisine, ses habitants re regarderont comme un rebelle aux lois … Alors, auras-tu encore le front de leur répéter ce que tu nous disais ici ? Que la Vertu et la Justice sont ce qu’il y a de plus estimable en ce monde, de même que la Légalité et les Lois.

Le Phédon s’ouvre par ce dialogue :

Échécrate : Te trouvais-tu toi-même, Phédon, aux côtés de Socrate le jour où il but le poison dans sa prison, ou est-ce un autre qui t’a renseigné ?

Phédon : J’y étais moi-même, Échécrate.

Échécrate : Eh bien, que dit-il, à ses derniers moments, et comment mourut-il ?

– ooOoo –

Phédon : Quand l’heure approcha, il se leva et passa dans une autre pièce pour prendre son bain. Criton le suivit ; quant à nous, Socrate nous pria de l’attendre. Nous l’attendîmes donc, tantôt en nous entretenant de ce qu’il avait dit et le soumettant à un nouvel examen, tantôt en parlant du grand malheur qui nous frappait. Nous nous sentions véritablement privés d’un père et réduits à vivre désormais comme des orphelins. Quand il eut pris son bain, on lui amena ses enfants — il avait deux fils encore petits et un grand — ainsi que ses parentes. Il s’entretint avec elles en présence de Criton, leur fit ses recommandations, puis il dit aux femmes et à ses enfants de se retirer et lui-même revint nous trouver. Le soleil était près de son coucher ; car Socrate était resté longtemps à l’intérieur.

Après cela l’entretien se borna à quelques paroles ; car le serviteur des Onze se présenta et s’approchant de lui : « Socrate, dit-il, je ne me plaindrai pas de toi comme des autres, qui se fâchent contre moi et me maudissent, quand, sur l’injonction des magistrats, je viens leur dire de boire le poison. Pour toi, j’ai eu mainte occasion, depuis que tu es ici, de reconnaître en toi l’homme le plus généreux, le plus doux et le meilleur qui soit jamais entré dans cette maison, et maintenant encore je suis sûr que tu n’es pas fâché contre moi, mais contre les auteurs de ta condamnation, que tu connais bien. A présent donc, car tu sais ce que je suis venu t’annoncer, adieu ; tâche de supporter le plus aisément possible ce qui est inévitable. » Et en même temps il se retourna, fondant en larmes, pour se retirer.

Socrate, alors, levant les yeux vers lui : « Adieu à toi aussi, dit-il ; je ferai ce que tu dis. » Puis s’adressant à nous, il ajouta : « Quelle honnêteté dans cet homme ! Durant tout le temps que j’ai été ici, il est venu me voir et il a parlé de temps à autre avec moi. C’était le meilleur des hommes, et maintenant encore avec quelle générosité il me pleure ! Mais allons, Criton, obéissons-lui ; qu’on m’apporte le poison, s’il est broyé, sinon qu’on le broie ».

Criton lui répondit : « Mais je crois, Socrate, que le soleil est encore sur les montagnes et qu’il n’est pas encore couché. D’ailleurs je sais que bien d’autres ne boivent le poison que longtemps après que l’ordre leur en a été donné, après avoir dîné et bu copieusement, que quelques-uns même ont joui des faveurs de ceux qu’ils aimaient. Ne te presse donc pas ; tu as encore du temps ».

Socrate rétorqua : « Il est naturel que les gens dont tu parles se conduisent ainsi, car ils croient que c’est autant de gagné. Quant à moi, il est tout aussi naturel que je n’en fasse rien ; car je n’ai, je crois, rien à gagner à boire un peu plus tard : je ne ferais que me rendre ridicule à mes propres yeux en m’accrochant à la vie et en épargnant une chose que je n’ai déjà plus. Mais allons, dit-il, écoute-moi et ne me contrarie pas. »

Criton, à ces mots, fit signe à son, esclave, qui se tenait près de lui. L’esclave sortit et, après être resté un bon moment, rentra avec celui qui devait donner le poison, qu’il portait tout broyé dans une coupe.

Socrate, en voyant cet homme, dit : « Eh bien, mon brave, comme tu es au courant de ces choses, dis-moi ce que j’ai à faire ». — « Pas autre chose, répondit-il, que de te promener, quand tu auras bu, jusqu’à ce que tu sentes tes jambes s’alourdir, et alors de te coucher ; le poison agira ainsi de lui-même. » En même temps il lui tendit la coupe. Socrate la prit avec une sérénité parfaite, Échécrate, sans trembler, sans changer de couleur ni de visage ; mais regardant l’homme en dessous de ce regard de taureau qui lui était habituel : « Que dirais-tu, demanda-t-il, si je versais un peu de ce breuvage en libation à quelque dieu ? Est-ce permis ou non ? » — « Nous n’en broyons, Socrate, dit l’homme, que juste ce qu’il en faut boire. » — « J’entends, dit-il. Mais on peut du moins, et l’on doit même, prier les dieux pour qu’ils favorisent le passage de ce monde à l’autre ; c’est ce que je leur demande moi-même et puissent-ils m’exaucer ! ». Tout en disant cela, il porta la coupe à ses lèvres, et la vida jusqu’à la dernière goutte avec une aisance et un calme parfaits.

Phédon : Jusque-là nous avions eu presque tous assez de force pour retenir nos larmes ; mais en le voyant boire, et après qu’il eut bu, nous n’en fûmes plus les maîtres. Moi-même, j’eus beau me contraindre ; mes larmes s’échappèrent à flots ; alors je me voilai la tête et je pleurai sur moi-même ; car ce n’était pas son malheur, mais le mien que je déplorais, en songeant de quel ami j’étais privé. Avant moi déjà, Criton n’avait pu contenir ses larmes et il s’était levé de sa place. Pour Apollodore, qui déjà auparavant n’avait pas un instant cessé de pleurer, il se mit alors à hurler et ses pleurs et ses plaintes fendirent le cœur à tous les assistants, excepté Socrate lui-même.

« Que faites-vous là, s’écria-t-il, étranges amis ? Si j’ai renvoyé les femmes, c’était surtout pour éviter ces lamentations déplacées ; car j’ai toujours entendu dire qu’il fallait mourir sur des paroles de bon augure. Soyez donc calmes et fermes. » En entendant ces reproches, nous rougîmes et nous retînmes de pleurer.

Quant à lui, après avoir marché, il dit que ses jambes s’alourdissaient et il se coucha sur le dos, comme l’homme le lui avait recommandé. Celui qui lui avait donné le poison, le tâtant de la main, examinait de temps à autre ses pieds et ses jambes ; ensuite, lui ayant fortement pincé le pied, il lui demanda s’il sentait quelque chose. Socrate répondit que non. Il lui pinça ensuite le bas des jambes et, portant les mains plus haut, il nous faisait voir ainsi que le corps se glaçait et se raidissait. Et le touchant encore, il déclara que, quand le froid aurait gagné le cœur, Socrate s’en irait. Déjà la région du bas-ventre était à peu près refroidie, lorsque, levant son voile, car il s’était voilé la tête, Socrate dit, et ce fut sa dernière parole : « Criton, nous devons un coq à Asclépios ; payez-le, ne l’oubliez pas ». — « Oui, ce sera fait, dit Criton, mais vois si tu as quelque autre chose à nous dire ». A cette question il ne répondit plus ; mais quelques instants après il eut un sursaut. L’homme le découvrit : il avait les yeux fixes. En voyant cela, Criton lui ferma la bouche et les yeux.

Telle fut la fin de notre ami, Échécrate, d’un homme qui, nous pouvons le dire, fut, parmi les hommes de ce temps que nous avons connus, le meilleur et aussi le plus sage et le plus juste.

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Socrate n’a rien écrit et son enseignement fut dans la cité Athénienne, purement oral. Nous le connaissons surtout par les textes de Platon, qui fut son ” disciple “, textes comme La République, Le Gorgias, Le Phédon, Le Banquet, ect…, qui mettent en scène un Socrate questionnant, interrogeant ses concitoyens sur des sujets de toutes sortes et donnant naissance ainsi à la rationalité philosophique en Occident. En effet, Socrate dans ses discours, s’oppose à la méthode relativiste des sophistes, professeurs d’éloquence, beaux parleurs et habiles à raisonner, qui prétendent enseigner, contre rémunération, l’art de bien discourir, l’art de persuader par tous les moyens une assemblée, quelle que soit la théorie défendue : les sophistes n’ont donc pas le souci de la vérité mais se préoccupent surtout du pouvoir des mots, de l’art de persuader autrui, de l’efficacité d’un discours. Socrate au contraire, prétend ne rien savoir, et cherche avant tout la vérité et la justice, en examinant le manque de solidité des croyances des hommes de son temps.

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5 Commentaires

  1. Mourir en Samouraï ou comme Socrate
    Soit à notre mort, il y a un après. Dans ce cas, mourir s’apparente à une naissance dans une autre vie. Aucune raison d’être inquiet. D’une vie, on passe à une autre. Amusant de changer un peu.

    Soit après la mort, il n’y a rien. Alors, pourquoi s’en faire puisque c’est la paix éternelle, sans souffrance. Aucune raison d’avoir peur du grand repos.

    En fait la mort est un passage pas du tout effrayant, quand on réfléchit bien.

  2. Mourir en Samouraï ou comme Socrate
    je suis impressionné par l’abolition de la notion du « moi » des Samouraï.
    difficile d’y parvenir..

    • Mourir en Samouraï ou comme Socrate
      Le moi existe malgré tout, l’homme s’en sert tous les jours en société. C’est un mensonge d’affirmer que le moi peut disparaître comme par enchantement.

      • Mourir en Samouraï ou comme Socrate
        Le moi, illusoire, ne disparaît pas par enchantement, mais par le travail…sur soi!
        Imaginez un magicien qui fait apparaître une magnifique femme et dont il dispose. Il sait bien que ce n’est qu’une illusion, mais va tout de même souffrir lorsqu’elle disparaîtra. La souffrance sera réelle, mais pas la femme.

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