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Des graffitis, du hip-hop et des SMS contre le régime militaire en Birmanie

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29.07.2010

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Des dizaines de jeunes Birmans, regroupés au sein du collectif Generation Wave, mènent des actions souterraines pour inciter les jeunes à se soulever contre le régime militaire au pouvoir. C’est l’un des seuls groupes clandestins encore actifs en Birmanie. Certains sont en prison, d’autres vivent en exil, une poignée résiste encore en Birmanie.

Reportage de Radio France Internationale sur place

Notre voiture s’arrête devant un portail gris, dans une bourgade thaïlandaise à la frontière de la Birmanie. C’est ici que vivent en exil plusieurs militants de Generation Wave, l’un des seuls groupes clandestins encore actif en Birmanie. Tous ont fui lors de vagues de répression contre leur collectif. « Vingt-deux de nos membres sont actuellement en prison. Nous, on a pu s’enfuir et s’installer ici », explique Min Yan Naing, 30 ans. Le militant vit depuis 5 mois dans cette maison-refuge, située dans un lieu tenu secret pour échapper aux autorités birmanes. C’est d’ici que les jeunes de Generation Wave planifient leurs prochaines actions en Birmanie. Le logo du collectif, un pouce rouge levé sur fond blanc, a été tagué en grand format sur l’un des murs extérieurs.

Le mouvement clandestin est né dans le giron du soulèvement populaire de 2007, initié par les moines bouddhistes et réprimé dans le sang par les militaires au pouvoir. Quatre étudiants décident alors de continuer la lutte de manière souterraine. Avec leurs propres économies, ils lancent Generation Wave. « Nous voulons encourager le peuple, particulièrement les jeunes, à se soulever à nouveau quand ce sera le bon moment», indique Min Yan Naing. Pour convaincre les lycéens et les étudiants de l’intérêt de se révolter, le collectif utilise des procédés ciblés : envoi de SMS, graffitis sur les murs de Rangoon, diffusion de prospectus anti-junte ou encore de CD de hip-hop aux paroles militantes. « Cette chanson, par exemple, a été écrite en l’honneur de l’opposante Aung San Suu Kyi, explique le militant. Notre disque a été distribué sous le manteau dans les universités birmanes. Certains artistes locaux nous ont donné un coup de main sans le dire publiquement ».

En ce moment, les militants se concentrent sur les élections qui doivent se tenir avant la fin de l’année. Des milliers d’autocollants avec le signe 2010 barré d’une croix rouge ont été imprimés. « Ce scrutin se base sur une Constitution imposée par les militaires, il sera donc injuste », martèle le secrétaire général du collectif. Rencontré secrètement dans un café de la banlieue de Rangoon, le jeune homme de 24 ans se présente simplement sous le nom de code : COT. C’est l’un des rares militants de Generation Wave à vivre encore en Birmanie. « Je suis recherché par la police. Alors depuis un an, j’ai quitté ma maison, mes amis. Je me suis enfui en Thaïlande quelques mois, mais je suis vite revenu en Birmanie car c’est ici que je peux être utile », glisse-t-il, en jetant régulièrement des coups d’œil nerveux autour de lui. COT vit, depuis, avec de faux papiers d’identité et ne reste jamais longtemps dans la même ville. Il communique avec son collectif uniquement par Internet. «C’’est plus sûr, nos téléphones sont surveillés », assure-t-il.

Peu à peu, les habitants de Rangoon commencent à reconnaître la marque de Generation Wave. « J’ai aperçu un de leur tag sur le mur d’une école. Mais il a très vite été effacé par la municipalité », raconte Min Thu, un étudiant de Rangoon. Mais même si le réseau commence à s’organiser, le collectif reconnaît qu’avec une quarantaine de militants seulement, la moitié en prison, ses chances de renverser le régime sont très minces. En 2008, Generation Wave avait tenté de lancer de nouvelles manifestations, sans succès. « On ne peut pas organiser de révolte pour l’instant. Notre objectif, c’est juste de stimuler les jeunes, de les éduquer en attendant le bon moment pour un soulèvement », confie Min Yan Naing. Le week-end dernier, Generation Wave a tourné un nouveau clip-vidéo « militant » en Thaïlande, avec l’aide d’un groupe de musiciens danois. Il sera bientôt distribué en Birmanie, en toute clandestinité.

L’éditorial de Buddhachannel: Birmanie, la non-violence violentée


Source: RFI

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