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764 jours et 763 nuits depuis l’arrestation de U Gambira

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Ce jour là même, le Washington Post publiait un article [[What Burma’s Junta Must Fear, 4 novembre 2009, Washington post : www.washingtonpost.com ]] que le jeune moine avait rédigé alors qu’il se cachait, traqué par les autorités, et dans lequel on pouvait lire :

«Le recours du régime aux arrestations de masse, au meurtre, à la torture ou à l’emprisonnement n’ont pas réussi à anéantir notre désir de retrouver la liberté qui nous a été volée il y a tant d’années.»

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« Nous sommes non-violents, mais nos dos sont faits d’acier. C’est un point de non-retour. Cela importe peu que ma vie ou celle de mes frères soient sacrifiées pendant ce parcours.

D’autres rempliront nos sandales, et plus encore les rejoindront et les suivront. »

Pour son combat non violent inscrit dans la lignée de celui de la « Dame de Rangoon », U Gambira a été condamné en novembre 2008 à 68 ans de prison. Il fait partie des quelques 2 200 prisonniers politiques qui croupissent en ce moment dans les geôles birmanes.

Amnesty International vient de lancer un appel [[Amnesty International, 3 Décembre 2009 : www-secure.amnesty.org/fr/library/asset/ASA16/008/2009/fr/cc5c8fae-ae37-46b9-9fc0-a9bec48a5bdd/asa160082009fra.pdf ]] pour demander de toute urgence, pour lui et pour d’autres, des soins médicaux. En voici un extrait :

« U Gambira, un moine bouddhiste à l’origine de plusieurs manifestations, a contracté le paludisme. Il est actuellement détenu à la prison de Kale (division de Sagaing), dans le nord du Myanmar, à plus de 1 000 kilomètres de la ville principale du pays, Yangon. On ignore s’il est soigné pour cette pathologie. Il présente un mauvais état de santé général et souffre également d’asthme. Il a déjà été privé de soins médicaux en prison et soumis à des actes de torture et à d’autres formes de mauvais traitements. (…)

Après son arrestation le 4 novembre 2007, U Gambira a été contraint à quitter sa robe de moine et a été condamné à l’issue d’un procès inique à huis clos, qui s’est déroulé à la prison d’Insein, à Yangon. Dans cette prison, il a été privé de soins médicaux alors qu’il souffrait de bronchite et d’asthme. Il a été placé à l’isolement le 13 janvier 2009 et son état de santé a continué à se détériorer lorsqu’il a entamé une grève de la faim pour appeler la junte militaire au pouvoir à libérer Daw Aung San Suu Kyi, grande figure du mouvement en faveur de la démocratie, et tous les autres prisonniers politiques, et pour l’exhorter à amorcer un dialogue et un processus de réconciliation nationale avec les groupes d’opposition.

Peu de temps après, le 18 janvier 2008, U Gambira a été transféré de la prison d’Insein à celle de Hkamti, dans la division de Sagaing. À la prison de Hkamti, il a subi de manière fréquente des actes de torture et d’autres formes de mauvais traitements. Il a été menotté et ses chevilles ont été entravées. Il a aussi été régulièrement passé à tabac et on lui a inséré un chiffon dans la bouche pour l’obliger à se taire. Il a également été privé de nourriture et d’eau pendant plusieurs jours. Lorsqu’il a été transféré à la prison de Kale, le 13 mai 2009, il était si faible qu’il était incapable de parler. »

Depuis, les autorités ont refusé aux membres de sa famille de le visiter.

Cela fait aujourd’hui 764 jours et 763 nuits que le combat d’U Gambira se poursuit au fond d’un cachot.

Du côté international, il y a bien ce nouvel engagement américain, et l’embryon de la reprise du dialogue entre Aung San suu Kyi et le régime, interrompu depuis 2003… Mais l’histoire de la dictature birmane est malheureusement pavée de l’opium de maigres espoirs, qui, paradoxalement, permettent aux tyrans de pérenniser leur règne.

Sophie Alvarez, pour Buddhachannel.


Pour en savoir plus sur les prisonniers politiques birmans, Human Rights Watch a publié en septembre 2009 un rapport de 35 pages intitulé « Les prisonniers oubliés de Birmanie » (« Burma’s forgotten Prisoners ») : www.hrw.org/node/84743

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